Le "Notre Père" modifié : "Cette traduction est plus fidèle au message"

Une nouvelle version de la Bible fait évoluer le "Notre Père" pour les catholiques. Un léger changement qui modifie pourtant la signification de cette célèbre prière. Francetv info a demandé son avis au prêtre Pierre Amar.

Veillée pascale à Porto-Vecchio (Corse-du-Sud).
Veillée pascale à Porto-Vecchio (Corse-du-Sud). (AFP)

La nouvelle traduction de la Bible, qui contient une version remaniée du "Notre Père", a été validée par le Vatican, a indiqué la Conférence des évêques de France (CEF) lundi 14 octobre, confirmant une information du Progrès. Elle sera présentée lors de l'assemblée plénière de la CEF, à Lourdes, et diffusée à partir du 22 novembre.

Le "Notre Père", la prière la plus récitée par les chrétiens, qui figure dans les Evangiles selon saint Matthieu et saint Luc, évolue. La phrase "Et ne nous soumets pas à la tentation" devient "Et ne nous laisse pas entrer en tentation". Mais Rome doit encore valider la traduction du missel, le livre de messe, avant que la nouvelle prière ne soit utilisée dans les paroisses.

Pourquoi cette modification ? Que va-t-elle changer pour les millions de catholiques francophones ? Francetv info a interrogé l'abbé Pierre Amar, prêtre du diocèse de Versailles et rédacteur sur Padreblog.fr.

Francetv info : Pourquoi changer maintenant le "Notre Père" ?

Pierre Amar : Tout le monde s'accordait à dire depuis longtemps que la formulation était maladroite et ambiguë à cause des imprécisions de la traduction depuis le texte hébreu. Même les enfants m'interrogeaient sur le sens de cette phrase. La formulation "Et ne nous soumets pas à la tentation" laisse penser que Dieu puisse pousser à la tentation, alors que ce n'est pas du tout le message. Dieu ne pousse pas au péché. Il ne nous donne pas d'épreuve ou d'obstacle, mais il nous accompagne dans l'épreuve et la traverse avec nous. Ainsi, "Et ne nous laisse pas entrer en tentation" est bien plus fidèle au sens initial. 

Mais il existe d'autres exemples maladroits. On utilise notamment la formule "sacrement de réconciliation" pour la confession. Mais la "réconciliation" implique des torts partagés, alors que Dieu n'a pas de torts, il n'y a donc pas besoin de se réconcilier avec lui.

Pourquoi la hiérarchie catholique a-t-elle laissé perdurer cette ambiguïté ?

La formule "Et ne nous soumets pas à la tentation" a été le fruit de longues discussions avec les orthodoxes et surtout avec les protestants, après le concile Vatican II (1962-1965). Il y a eu, au moment du concile, une volonté de réformer la liturgie et le dialogue avec le monde. Il s'agissait d'aboutir à un texte commun aux trois religions. 

Pour cette nouvelle traduction, il a fallu dix-sept années de travail à une équipe de traducteurs. C'est très long. Ils sont partis des textes originaux et non des traductions déjà existantes. La difficulté est bien souvent de rendre compte avec un seul terme de la plénitude de ce qui est exprimé.

Qu'est-ce que cela change concrètement pour vous et vos paroissiens ?

Nous accueillons la nouvelle traduction avec gratitude et joie, mais cela va nous demander un grand travail de pédagogie auprès de nos paroissiens, qui se sont habitués à l'ancienne formulation. Toutefois, cette traduction est plus fidèle au message et plus compréhensible. "Et ne nous laisse pas entrer en tentation" sous-entend que Dieu nous aide à tenir bon dans l'épreuve. Dieu n'est pas piégeant, il est aimant.

Ce changement va permettre de reparler de ce qui fait le cœur de notre religion, de redire que Dieu n'est pas un chef, ni un despote, ni un patron, mais un père qui aide ses enfants.