La femme du jour. Isabelle Steyer, une vie à défendre les femmes et les enfants victimes de violences

Chaque jour, Nathalie Bourrus raconte une femme. Un portrait, mais surtout une rencontre. Aujourd'hui, Isabelle Steyer, avocate pénaliste.

L\'avocate Isabelle Steyer photographiée dans ses bureaux à Paris le 17 octobre 2017.
L'avocate Isabelle Steyer photographiée dans ses bureaux à Paris le 17 octobre 2017. (YANN FOREIX / MAXPPP)

Nom : Steyer. Prénom : Isabelle. Âge : 52 ans. Métier : avocate. Pourquoi elle ? Parce qu'aujourd'hui, c’est la journée du Droit, et Isabelle Steyer a passé sa vie à défendre les femmes battues ou violées, ou les enfants maltraités.

La femme du jour. Isabelle Steyer, par Nathalie Bourrus
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Natalie Bourrus : D’où est venu le déclic dans votre vie ?

Isabelle Steyer : Ma mère avait une boutique de dessous féminins, à Antibes, sur la Côte d’Azur. Et quand je rentrais de l’école, je faisais mes devoirs dans l’arrière-boutique. C’était le confessionnal. Cette boutique était très courue, les femmes arrivaient bijoutées, elles venaient de partout. Elles se déshabillaient. Et là, de ma petite cachette, je découvrais parfois des horreurs, je voyais des bleus sur leurs corps (...) Ces femmes, des bourgeoises, vivaient des choses indicibles. Dans ces cabines d’essayage, elles se racontaient. C’était fort. J’ai encore le souvenir de cicatrices de césariennes, faites dans le sens d’une fermeture éclair. Cette violence obstétricienne, dont on parle aujourd’hui, ça m’a marqué à l’époque.

[Elle s’arrête. Son cerveau ratisse dans le passé. Cette pénaliste est une femme méticuleuse, précise, elle cherche sans arrêt les détails.]

La boutique de ma mère était une espèce de volière, avec une belle entente. Puis il y a eu ce stage à Paris, une fois diplômée. C’était chez un grand pénaliste.

[Et hop, on lui colle un dossier dans les bras. Commise d’office, elle se retrouve a défendre une mère, une Guadeloupéenne, se souvient-elle...]

C’était une mule, elle transportait de la cocaïne, pour survivre, elle et ses enfants. Elle a pris 3 ans, mais avec une détention provisoire effectuée, elle a pu sortir libre.

[Dans le prétoire, elle se souvient... son cœur bat fort. Mais sa voix, non. Isabelle Steyer se targue de ne jamais crier devant une cour. Contrairement à ses confrères, le clan des pénalistes. C’est un monde masculin. Le pénal s’accorde avec virilité. Originellement, les pénalistes défendent les auteurs. Elle, est souvent partie civile. Dans sa robe noire, Isabelle Steyer, chevelure toute en blondeur, a su conserver sa féminité]

Dans certaines affaires, des pénalistes n’hésitent pas à m’intimider. Quand ils s’approchent de moi pour me parler, et occuper tout l’espace avec leurs effets de manches, cela peut impressionner.

[Pas elle. Isabelle Steyer a roulé sa bosse, et elle continue. Un mot pour la définir ? Subtile. Et c’est avec son tact féminin qu’elle plaidera dans l’affaire du petit Bastien, mort dans une machine à laver.]


Nathalie Bourrus, grand reporter depuis 20 ans à franceinfo, raconte avec sa plume aiguisée et sa voix chaude les tops et les flops, les rires et les larmes d’une femme. Un portrait, mais surtout une rencontre, du lundi au vendredi à 16h56 et 21h51.