L'augmentation de la tolérance en France n'empêche pas la hausse de l'antisémitisme et de l'islamophobie

Le rapport de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, rendu public jeudi, livre des conclusions paradoxales.

La \"marche républicaine\" organisée à Paris le 11 janvier 2015 après les attentats qui on visé la capitale quatre jours plus tôt.
La "marche républicaine" organisée à Paris le 11 janvier 2015 après les attentats qui on visé la capitale quatre jours plus tôt. (ROLLINGER-ANA / ONLY FRANCE/ AFP)

Passable, mais peut mieux faire. La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) a rendu, jeudi 9 avril, son rapport annuel sur la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie en 2014.

Si elle note une "légère progression" vers plus de tolérance, elle relève le doublement des actes à caractère antisémite, le rejet des pratiques liées à l'islam qui s'intensifie, et un racisme exacerbé contre les Roms. Francetv info fait le point sur ce rapport.  

Davantage de tolérance

C'est un des paradoxes du rapport. La proportion de Français se déclarant "pas racistes du tout", selon la CNCDHest en hausse pour la première fois depuis 2010. Elle atteint 43%, d'après un sondage de l'institut BVA réalisé du 3 au 17 novembre 2014.

Cette légère progression est intéressante, écrivent les auteurs du rapport, "alors que l'année 2014 ne présente pas un contexte favorable" qui pourrait expliquer ce chiffre. Et de conclure : "On peut donc se demander si l'indice n'a pas atteint un "plancher", c'est-à-dire qu'il pourrait indiquer la part de Français qui résistent aux messages racistes ou xénophobes quelles que soient les circonstances".

Doublement des actes antisémites

Le nombre des actes antisémites a doublé en 2014. Soit une hausse de plus de 100%, précise la CNCDH, avec un total de 851 faits délictueux enregistrés par les services de police et de gendarmerie, contre 423 en 2013. Cette augmentation s’avère d’autant plus marquée s’agissant des infractions les plus graves (+130% pour les "actions" antisémites et + 90% pour les "menaces").

Les juifs restent la minorité la mieux acceptée, mais les préjugés antisémites progressent avec notamment des clichés tels qu''ils ont trop de pouvoir", ou "ils ont un rapport particulier à l'argent"...)

Islamophobie en hausse

S'il la proportion de Français jugeant que les musulmans forment un groupe à part, le rejet des pratiques liées à l'islam, lui, s'intensifie. Ainsi, 40% des Français affirment que l'interdiction de consommer de la viande de porc ou de l'alcool (soit une hausse de 24 points par rapport à 2013) pose problème à la vie en société. Et 38% portent le même jugement sur le jeûne du ramadan (+18 points). La religion musulmane concentre près de 45% d'opinion négatives, relève le CNCDH. 

Et si le ministère de l'Intérieur indique une baisse de 41% des actes antimusulmans en 2014, avec 133 actes en 2014 contre 226 en 2013, ce bilan ne reflète que "l'écume des choses", selon la présidente du CNCDH Christine Lazerges. Elle attribue la baisse des actes antimusulmans plutôt à une "difficulté à porter plainte qu'à une chute des menaces".  

En outre, l'année 2015 a mal commencé : les agressions contre les musulmans ont été plus nombreuses en janvier, après les attentats qui ont touché la capitale en début de mois, que pour toute l'année 2014.

Racisme exacerbé vis-à-vis des Roms

Deux groupes sont toujours perçus par les Français comme étant à part dans la société : les Roms (82%), qui souffrent de l'image la plus négative, et les gens du voyage (80%).

S'agissant des Roms, la CNCDH analyse qu'ils "concentrent un racisme répandu et virulent", croisant plusieurs types de préjugés : des stéréotypes propres au statut de migrants qui n'auraient pas "vocation à s'intégrer", rejet de la "précarité sociale", de la différence culturelle ...

Pour la Commission, les évacuations forcées de Roms étrangers voulues par les services publics entraînent une situation d'errance organisée qui renforcent ces préjugés.