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Violée dans son enfance, une jeune femme attaque l'Etat pour faute lourde après des signalements restés sans effet

Karine J. a été violée à plusieurs reprises par un pédophile qu'hébergeaient ses parents. Délaissée par ces derniers, elle a pourtant été maintenue au domicile familial malgré une dizaine de signalements. Agée de 21 ans, elle demande aujourd'hui des comptes à l'Etat.

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France Télévisions
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Une vue générale du palais de justice de Paris, le 24 mai 2018. (JULIEN MATTIA / NURPHOTO / AFP)

"La justice aurait dû me protéger." Aujourd'hui âgée de 21 ans, Karine J. a attaqué l'Etat en justice pour faute lourde après avoir vécu un calvaire pendant son enfance. Maltraitée depuis sa naissance, elle a été violée au domicile familial entre 2002 et 2005 par un ami pédophile de ses parents, près de Rennes. Pendant toutes ces années, une dizaine de signalements sont restés sans réponse. Lors de l'audience devant le tribunal de grande instance de Paris, le 2 juillet dernier, le jugement a été mis en délibéré au lundi 17 septembre.

"Comment se fait-il qu’on m’ait laissée dans cette famille, alors qu’Anne-Marie [sa mère] avait déjà été condamnée pour un infanticide ?" demande-t-elle dans les colonnes du Parisien. Anne-Marie J. avait en effet été condamnée dans les années 1980 pour avoir tué de plus d'une centaine de coups de couteau son premier bébé. Dès sa naissance, Karine fait l'objet d'un suivi, relate Le Parisien, qui cite la préconisation d'un rapport alors que la fillette a 1 an : "Ne jamais laisser Karine seule avec sa mère."

"Je ne pouvais rien dire"

Deux enquêtes ont bien été ouvertes par la gendarmerie, mais n'ont pas abouti car la fillette était réduite au silence par ses parents. "J’avais tellement peur de René [son père], de leurs violences à tous les deux, que je ne pouvais rien dire, explique Karine J. Je savais que, sinon, j’allais me prendre une bonne gifle en sortant."

Laurence Brunet, sa tante, qui l'a depuis adoptée, se souvient d'avoir signalé une infection gynécologique, alors que l'enfant était âgée de 5 ans. Malgré un courrier au juge des enfants, appuyé par les résultats d'un examen médical, "je n'ai jamais été convoquée, je n'ai jamais été reçue", explique-t-elle à Europe 1. En dépit des stigmates de la fillette, qui adopte des comportements hypersexualisés, personne ne prend en charge le dossier. Mais, début 2005, les services sociaux sont prévenus par téléphone que Roland Blaudy, déjà condamné pour des faits de pédophilie, fréquente la maison de la petite fille. Là encore, l'enquête est classée sans suite, car les parents présentent un certificat médical. Karine ne sera même pas examinée par un psychologue.

La tante de Karine, qui avait signalé les faits, est, elle, poursuivie pour dénonciation calomnieuse. Elle écope d'un rappel à la loi et doit même écrire une lettre d'excuses à la justice. A l'âge de 12 ans, Karine parvient enfin à raconter ce qui lui arrive et à exprimer ses souffrances. Le psychologue qui l'examine à l'époque fait état de "tendances suicidaires envahissantes", relate Le Parisien"[Les services de l'Etat] ont toujours vu que c'étaient des parents défaillants, estime aujourd'hui Laurence Brunet sur Europe 1. Je pense qu'ils les prenaient pour des gens simples."

"Une charge de travail insupportable"

En juillet dernier, Roland Blaudy a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour viols. La mère et le père de Karine ont respectivement écopé de deux ans de prison avec sursis et trois ans dont six mois ferme. "La justice a manqué de clairvoyance au moment du signalement en 2003, a reconnu l'avocat général lors du procès, d'une voix émue. Nous avons des questions à nous poser au niveau de notre responsabilité professionnelle."

Le président du tribunal de Rennes, Ollivier Joulin, a écrit une lettre au Défenseur des droits pour détailler les multiples failles du suivi de Karine pendant son enfance. Il y évoque notamment la rotation importante des effectifs de justice et la "charge de travail insupportable [des juges des enfants], avec une moyenne de 650 dossiers d'assistance éducative chacun, contre 350 à l'échelle nationale", rapporte Europe 1, qui a consulté le document. Avant de lancer un avertissement : "Les juges des enfants ont parfaitement conscience qu’ils ne peuvent, malgré l’intensité de leur engagement, éviter que des situations telles que celle qu’a connue Karine J. se reproduisent."

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