Procès des attentats de janvier 2015 : le dernier cri d'innocence des accusés avant le verdict

Les onze hommes présents à l'audience ont été invités à prononcer leurs derniers mots à l'issue de 54 jours de débats, après la fin des plaidoiries de la défense.  

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Saïd Makhlouf, debout et appuyé sur la barre du box des accusés, le 9 octobre 2020 lors du procès des attentats de janvier 2015, à Paris. (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCEINFO)

Le temps est comme suspendu dans la salle de la cour d'assises spéciale de Paris, à l'issue de cette journée du 14 décembre, la 54e du procès des attentats de janvier 2015. Après leurs derniers mots, les accusés restent dans le box, assommés. Certains échangent quelques mots avec leur famille venue assister à cette ultime audience. Des parties civiles se prennent dans les bras. A l'extérieur, Laurence Cechman, avocate de plusieurs victimes de l'Hyper Cacher, résume l'état d'esprit d'un côté de la barre : "Beaucoup de fatigue, de non-dits et d'espoir dans le verdict", attendu mercredi 16 décembre.

De l'autre côté, derrière les vitres du box, c'est "la peur" qui domine. "Je suis inquiet, je sais qu’aujourd'hui, c’est vous qui avez le reste de ma vie entre vos mains", lance l'accusé Miguel Martinez aux magistrats, avant qu'ils se retirent pour délibérer. "J’ai confiance en la justice française, mais j’ai peur que le côté politique l’emporte. On a les caméras du monde entier sur nous", complète Saïd Makhlouf. "Je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie de la justice de mon pays. Il faut me croire quand je vous dis que je n’ai rien à voir avec ça", enjoint Nezar Mickaël Pastor Alwatik, au bord des larmes, avant de retomber sur son banc.

"Je n'ai jamais donné une arme ni une balle !"

Les uns après les autres, les onze accusés présents à l'audience – trois autres sont jugés par défaut – clament une énième fois leur innocence dans "ce dossier" hors normes, malgré leur "compassion" pour les familles de victimes. 

"Ma compassion est sincère et c’est à cœur ouvert que je vous dis ces derniers mots. Mais je n’ai aucun lien avec les faits dont vous souffrez et j’espère que vous comprendrez que je ne peux pas passer de la compassion aux excuses."

Abdelaziz Abbad, accusé

devant la cour d'assises spéciale

"Je ne peux pas demander pardon pour quelque chose que je n’ai pas fait", martèle à son tour Ali Riza Polat. Le principal accusé présent dans le box, contre lequel le parquet a requis la perpétuité pour "complicité de crimes terroristes", répète ce qu'il a vitupéré pendant tout le procès : "Je n'ai rien à voir dans cette histoire avec des gens que je n’ai jamais vus, les Kouachi, les Belhoucine. Je n’ai jamais donné une arme ni une balle !" Il tient plusieurs feuilles dans ses mains : "On m’a reproché de me défendre mieux qu’un avocat, c’est normal c’est ma vie ! L’avocat général dit que je suis un menteur. Je tombe malade, dans les médias on dit que je simule..." s'emporte celui qui a contracté le Covid-19 pendant plus d'un mois.  

"C'est juste le procès de ces hommes-là"

A l'appel du président de la cour, son avocate, Isabelle Coutant-Peyre, stoppe la démonstration de son client inarrêtable. "Il avait prévu de parler une heure", justifie-t-elle. Amar Ramdani, autre accusé, s'offusque de voir son voisin de box se faire couper la chique. De dépit, il renonce à prononcer ses derniers mots, si ce n'est des remerciements aux avocates de la défense qui ont plaidé un peu plus tôt. 

Parmi elles, Safya Akorri, avocate de Mohamed-Amine Fares, a demandé aux juges de ne pas céder à la "peur", de "ne pas sentir l’odeur du sang qui a coulé". "Vous devez être indépendants, ce procès n’est ni historique, ni politique, ni emblématique. C’est juste le procès de ces hommes-là", assène Safya Akorri. Les avocats généraux ont requis sept ans de prison à l'encontre de son client, reconnaissant qu'il subsistait "des doutes" sur le fait qu'il connaisse Amedy Coulibaly et demandant l'abandon de la circonstance aggravante de terrorisme. "Vous allez l’acquitter parce que monsieur Fares, ce n'est pas juste une figure à l’intérieur d’un box, c’est un être humain, certes avec une tête de menteur qui sourit sous son masque, plaide la pénaliste. C’est un délinquant d’habitude, mais est-ce le trafiquant d’armes qu’on a essayé de vous vendre ? Non."

Absence de charges

Les trois avocats de Nezar Mickaël Pastor Alwatik se sont ensuite employés à pointer l'absence de "charges suffisantes" pour démontrer que cet ancien codétenu et ami d'Amedy Coulibaly avait apporté un soutien logistique dans le transport ou le stockage d’armes. "Le socle de l'association de malfaiteurs terroriste, ce sont les faits matériels. Sans le socle, rien ne tient, tout s’effondre", métaphorise l'avocate Delphine Malapert, reprochant aux magistrats de l'accusation d'"interpréter" "la téléphonie, les témoignages, l’ADN. (...) Ils vous demandent de valider leurs hypothèses pour qu’elles deviennent la vérité judiciaire !" 

"Sans Nezar Mickaël Pastor Alwatik, le destin criminel de Coulibaly aurait été le même. Avec ou sans lui, l’histoire aurait été la même, aussi sanglante et insupportable."

Delphine Malapert, avocate de la défense

devant la cour d'assises spéciale

Quant à la radicalisation présumée de cet homme de 35 ans, contre qui vingt ans de réclusion criminelle ont été requis, ses conseils l'assurent : il "est bien ici dans la vie avec nous. Ce n’est pas Dieu qu’il craint, il a bien peur d’ici et maintenant." A la fin de sa plaidoirie, Marie Dosé s'adresse autant à la cour qu'à son client : "J’ai parlé à cet amoureux inconditionnel de la vie, j’ai parlé à celui à côté duquel vous êtes complètement passés, il vous reste quelques heures encore pour ne pas le manquer." La réponse est attendue dans deux jours.

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