Comment le procès Agnelet se transforme en tragédie familiale

Un fils qui accuse son père, un autre qui le défend, une ex-épouse qui soutient son ancien mari contre son aîné... En plein procès, la famille Agnelet se déchire.

Maurice Agnelet, le 9 avril 2014, à Rennes (Ille-et-Vilaine).
Maurice Agnelet, le 9 avril 2014, à Rennes (Ille-et-Vilaine). (JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP)

"Je ne viens pas pour faire la guerre" à la famille lance, mercredi 9 avril, Guillaume Agnelet face à la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine, à Rennes. Depuis lundi pourtant, ses révélations déchirent son clan : il accuse son père du meurtre d'Agnès Le Roux.

Condamné en 2007 en appel à vingt ans de prison pour l'assassinat de cette héritière d'un casino niçois disparue en 1977 qui était sa maîtresse, Maurice Agnelet, 74 ans, est jugé une troisième fois. Francetv revient sur ce nouveau procès qui se transforme en affaire familiale.

Le premier fils accuse

Guillaume Agnelet a fait basculer le procès lundi, en se présentant la veille au parquet de Chambéry (Savoie) pour accuser son père du meurtre d'Agnès Le Roux. Le fils de Maurice Agnelet a "confirmé" ses propos mercredi face au tribunal. Il assure qu'à l'âge de 16 ans, son père lui a confié : "Tant que le corps n'est pas retrouvé, je ne risque rien. Moi, je sais où il est, le corps."

Guillaume Agnelet met également en cause sa mère, qu'il dit avoir "harcelée" au quotidien pour que la "vérité" sorte. "Ton père a tué Agnès", lui aurait-elle déclaré dans les années 90. "Ils sont allés faire du camping dans un coin tranquille près de Monte Cassino. Il aurait, pendant son sommeil, tiré sur Agnès", explique Guillaume Agnelet.

La mère évoque un enfant "en souffrance" puis menace de se suicider

L'ex-femme de Maurice Agnelet, Annie Litas, a dénoncé un récit "irréaliste et rocambolesque" de son fils. "Je n'ai jamais prononcé ces propos", a-t-elle déclaré à la cour, par visioconférence depuis Périgueux mercredi.

"Il s'est éloigné de son père, de son frère, puis de moi-même, il a même eu un geste de violence à mon égard", explique-t-elle, assurant ne pas "comprendre" Guillaume Agnelet. "Cet enfant a sûrement beaucoup souffert. J'ai ressenti ces dernières années qu'il était en souffrance."

Rebondissement quelques heures plus tard : la cour a fait savoir qu'Annie Litas avait menacé son fils de se suicider en lui adressant un message électronique : "Tu vas pouvoir dormir tranquille avec la mort de ta mère sur la conscience", a-t-elle écrit dans ce message adressé à son fils au soir de cette journée de confrontation familiale. 

"Il est urgent que les pompiers se déplacent à son domicile", a aussitôt commenté l'avocat de Maurice Agnelet, François Saint-Pierre.

L'accusé dénonce "les délires" de son fils

Dès lundi, Maurice Agnelet s'est dit "totalement abasourdi" par les accusations de Guillaume, évoquant les "délires d'un fils en pleine dépression", rappelle Nice Matin. Face à ces accusations réitérées, il nie en bloc : "Je partage l'avis de sa mère: il est en souffrance", dit-il.

Le deuxième fils attaque la "schizophrénie" de son frère

A l'opposé de son frère, Thomas Agnelet reste un fidèle soutien de son père, explique Le Figaro. Après avoir découvert les accusations lancées par Guillaume lundi, il dénonce des propos "hallucinants".

"Je ne sais pas quand on va se réveiller, ce n'est pas possible, réagit-il, relate le quotidien. C'est limite de la schizophrénie… Est-ce qu'il lave un certain linge à la barre? Je ne sais pas ce qui se passe dans sa tête, quel règlement de comptes il est en train de faire."

L'autre ex-femme reste pour l'instant silencieuse

La cour souhaite également entendre un autre témoin-clé, Françoise Lausseure, une autre ex-épouse de Maurice Agnelet. Elle avait permis en 1999 la réouverture du dossier en revenant sur l'alibi qu'elle avait jusqu'alors fourni à son amant.

Françoise Lausseure, qui vit au Mexique, a cependant fait savoir qu'elle refusait de se rendre à l'ambassade de France à Mexico pour y être entendue en visioconférence.