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"Performant", "intimidant", "starification"... Comment l'avocat Éric Dupond-Moretti est-il perçu dans les prétoires ?

À l'heure des plaidoiries au procès en appel de Jérôme Cahuzac, des observateurs et acteurs du palais de justice de Paris donnent leur avis sur l'un de ses avocats, le célèbre Éric Dupond-Moretti. Il suscite de l'admiration ou de la critique, mais jamais d'indifférence.

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Radio France
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Maître Eric-Dupond-Moretti, avoact pénaliste, ici à la Cour d'assises spéciale de Paris en octobre 2017. (MAXPPP)

La dernière journée du procès en appel de Jérôme Cahuzac, ancien ministre du Budget, va être marquée par les plaidoiries de la défense, composée notamment du ténor du barreau Eric Dupond-Moretti. Que pensent les habitués du palais de justice de Paris de l'un des plus célèbres avocats pénalistes de France ? Les avis divergent, mais le défenseur ne laisse pas indifférent.  

Un spectateur des audiences impressionné

Comme s'il allait au théâtre, Renaud, facteur de profession, se rend au palais de justice de Paris deux à trois fois par semaine. Il est particulièrement attiré par la voix tonitruante, la gouaille, dit-il, d'Éric Dupond-Moretti, avocat pénaliste de 56 ans. Ce spectateur du judiciaire aime ressentir l'ambiance des prétoires et observer les rituels de la cour. Mardi, il a assisté aux réquisitions dans le procès en appel de Jérôme Cahuzac et aujourd’hui, il va se lever tôt pour tenter d'obtenir une place dans la chambre 5-12 de la cour d'appel de Paris, tout en sachant qu’il n’a "pratiquement aucune chance" de réussir. Il veut entendre plaider Éric Dupond-Moretti, un avocat qu’il a déjà vu cinq fois.

Ce qui m’impressionne, c’est son côté théâtral et son côté monsieur Tout-le-Monde quand il déambule.

Renaud, un passionné des tribunaux

à franceinfo

 Renaud se dit surtout "impressionné par le charisme, le talent de l'avocat pour défendre des cas désespérés, difficilement défendables". 

Des avocats admiratifs ou compréhensifs

Quand on évoque Éric Dupond-Moretti, deux mots viennent à l'esprit de Joël Tchuinté, avocat au barreau de Paris depuis une dizaine d'années : "performance et le courage". Cet avocat voit son confrère comme "une personne qui fait honneur à la profession d’avocat". Maître Tchuinté admire la carrière du pénaliste, entamée à Douai dans le Nord. Avec plus de 120 acquittements en 34 ans d'exercice, celui que les médias ont surnommé "Acquittator" affiche un record. Selon Joël Tchuinté, la défense du frère de Mohamed Merah, Abdelkader, devant la Cour d'assises spéciale de Paris en novembre dernier, est un modèle de pugnacité.

Il a pu déceler les failles de l’instruction.

Joël Tchuinté, avocat au barreau de Paris

à franceinfo

L'avocat, admirateur de son confrère, explique que "cela demande beaucoup de travail d’aller rechercher dans un dossier parfois composé de 20, 25 tomes, de trouver la petite faille et de pouvoir s’appuyer là-dessus pour convaincre les jurés ou faire basculer leur opinion".

À entendre, un autre avocat pénaliste, Éric Dupond-Moretti est comme un boxeur, un poids-lourd qui rend coup pour coup, ne lâche rien, quitte à intimider la cour. Mais il "admire son efficacité". "Il a dû prendre des coups et sans doute doit-il en prendre encore aujourd’hui, puisqu’il écrase, ou en tout cas, essaye d’écraser tous ceux qui se dressent sur son passage", explique ce défenseur. 

Une avocate peu sensible à la méthode 

Une jeune avocate qui exerce depuis cinq ans, croisée devant le tribunal de grande instance de Paris, qualifie son confrère, sous couvert d'anonymat, de professionnel des audiences "imposant, intimidant".

Je connais des magistrats avec qui j’ai pu parler, refusent de siéger dans le même dossier que lui.

Une jeune avocate

à franceinfo

Pour cette avocate, Maitre Dupond-Moretti se met trop avant. "C’est la starification", dit-elle. "On se rapproche de la télé réalité et on peut le voir d’ailleurs puisqu’il est sur tous les plateaux. Et il passe même au cinéma", remarque-t-elle. "C’est ça qui me choque", ajoute-t-elle, persuadée qu'on ne peut pas faire deux choses très bien, à la fois. L'avocate l'avoue aussi, honnêtement : "Il y a peut-être un peu de jalousie dans ce que je vous dis." Elle admet que plaider à ses côtés ou dans la partie adverse serait une chance pour sa jeune carrière.  

Me Dupond-Moretti vu par les habitués du palais de justice - un reportage de Sandrine Etoa-Andègue
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