Montigny-lès-Metz : Henri Leclaire, le troisième homme

Le procès de Francis Heaulme devant les assises de Metz a été renvoyé, à cause d'"indices graves et concordants" concernant un homme qui n'était que témoin à ce procès : Henri Leclaire. Deux témoins clé sont venus remettre en cause son rôle dans cette affaire, alors qu'il avait été le premier à avouer les crimes en 1986, avant de se rétracter et d'être blanchi par la justice. Qui est-il?

(Maxppp)

C'est l'homme qui a fait basculer le procès de Francis Heaulme, initialement prévu pour se poursuivre pendant trois semaines, et qui n'aura finalement duré que deux jours. La cour d'assises de Meurthe-et-Moselle a indiqué qu'il pourrait exister des charges "contre une autre personne" que le tueur en série Heaulme présent dans le box et accusé du meurtre de deux enfants à Montigny-lès-Metz en 1986. Cette autre personne s'appelle donc Henri Leclaire.

Agé aujourd'hui de 65 ans, l'homme rondouillard, trapu, aux larges épaules et au crâne dégarni, s'est présenté devant la cour muni d'un costume marron à carreaux. Alors qu'il se présentait comme témoin, il a été interrogé comme un accusé, laissant présager l'issue de la journée. La justice a décrit une enfance difficile, une mère morte à sa naissance et des problèmes scolaires. Henri Leclaire vit aujourd'hui seul, et refusait toute interview ces dernières années.

►►► Compte-rendu aux assises de Metz : procès renvoyé 

En 1986 il travaille en face des lieux du crime

A l'époque, en 1986, Henri Leclaire est manutentionnaire aux éditions Le Lorrain, dont l'arrière des locaux donne rue Venizelos, autrement dit en face du talus où le double meurtre a eu lieu. Plusieurs personnes rapportent qu'à l'époque il avait pour habitude de venir les week-ends vérifier l'état des bennes de l'entreprise, situées dans cette rue, pour voir si des enfants jouaient dedans.

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"Il a été surpris à courir derrière les gosses qui foutaient le bordel dans la benne. Il était à l'entretien des locaux et voulait que ça reste propre. Il gueulait quand les gosses venaient sortir les bobines de la benne. Et ça avait l'air de fortement l'agacer ", rapporte un des ses anciens collègues de travail dans l'enquête publiée par le journaliste Emmanuel Charlot (L'affaire Dils-Heaulme ). Plusieurs témoins le qualifient de colérique.

Le premier à s'accuser des faits

Deux mois et demi après le meurtre de Cyril et Alexandre, 8 ans, Henri Leclaire s'accuse du double meurtre lors d'une garde à vue, mais se rétracte ensuite. Il mentionne alors la pression policière : "Je n'avais pas d'alibi, je n'avais pas de témoin, c'est comme ça qu'ils m'ont foutu dans la merde ".

Il dit d'abord qu'il s'est rendu en Vespa l'après-midi des faits à cet endroit, rue Venizelos, avant de dire qu'il n'est pas sorti de chez lui. Lors d'une reconstitution au cours de l'enquête, il avait été incapable de monter le talus menant à la scène du crime. La justice indique qu'il s'était également trompé sur les tenues des enfants. Il dira par la suite qu'il avait raconté "au hasard" une histoire. Il avait finalement été blanchi par la justice, avant l'apparition de ces deux témoins-surprises ces jours-ci.

"Ses aveux sont très difficiles à analyser aujourd'hui" selon son avocat , Me Thomas Hellenbrand interrogé avant le procès
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"J'ai dit n'importe quoi, j'y étais pas"

Mardi matin, devant les assises de Metz, Henri Leclaire a maintenu qu'il n'avait pas effectué sa "ronde" habituelle ce jour-là. "J'y étais pas, M. le président ", a-t-il lancé. Mardi matin, il a même expliqué qu'il était allé à la campagne avec son père, ce qu'il n'avait jamais dit auparavant. "Mon père ne me laissait pas sortir tout seul ", a-t-il affirmé. "A lors que vous aviez 38 ans ? ", a répliqué le président, laissant le témoin mal à l'aise. Puis l'homme se contredit. "J'y étais pas " répète-t-il, avant d'être confronté à la témoin qui le met en cause. Face à elle, il bredouille : "Vous étiez près des bennes ? " demande le président de la cour, "bah oui ". La cour lui repose la question, "j'ai dit n'importe quoi, j'y étais pas ".

La grand-mère d'une des petites victimes, Ginette Beckrick, a elle assuré mardi qu'elle l'avait bien vu passer dans cette rue ce jour-là.

Heaulme l'accuse depuis 2002

En 2002, lors d'une audition, le tueur en série Francis Heaulme prononce son nom et l'accuse du double meurtre. Francis Heaulme explique alors que cet homme "gros, trapu, rouge comme une tomate " lui avait dit "j'ai fait une connerie. Je m'appelle Henri Leclaire ". Par la suite, Francis Heaulme dira qu'il a inventé ce nom. Mardi matin, le tueur en série l'a à nouveau mis en cause : "Faut que ça sorte, j'ai vu Henri Leclaire, descendre du talus. Il était en colère. Il est passé à deux mètres de moi, il m'a dit 'j'ai fait une connerie'. Je suis monté et j'ai vu les deux enfants morts ".

Pour l'avocat d'Henri Leclaire, interrogé avant le procès, Heaulme avait juste retenu son nom, c'est "le café du commerce"
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Les deux hommes se connaissent-ils ?

Et pourtant, le journaliste Emmanuel Charlot qui a enquêté sur l'affaire Dils-Heaulme indique que des témoins lui ont dit qu'à l'époque les deux hommes traînaient ensemble dans les bars de Montigny-lès-Metz. "Les investigations en amont n'ont pas suffisament été approfondies concernant Leclaire ", considérait le journaliste avant même le début du procès.

Les enquêteurs devraient donc à nouveau se pencher sur la question : le procureur de la République devrait ouvrir une information judiciaire et nommer un juge d'instruction qui mènera l'enquête. Celle-ci pourrait aboutir à la mise en examen d'Henri Leclaire, enième rebondissement 28 ans après le début de cette affaire. 

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(Cliquez sur l'image pour accéder au documentaire © Radio France)