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Les "bénéficiaires" de l'affaire sont à "l'Elysée"

La défense de Dominique de Villepin a plaidé mercredi sa relaxe et a ciblé Nicolas Sarkozy
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Dominique de Villepin et un de ses avocats, Olivier Metzner (© AFP/MARTIN BUREAU)
La défense de Dominique de Villepin a plaidé mercredi sa relaxe et a ciblé Nicolas SarkozyLa défense de Dominique de Villepin a plaidé mercredi sa relaxe et a ciblé Nicolas Sarkozy

"A l'Elysée, là, vous en trouverez des bénéficiaires collatéraux de l'affaire Clearstream", s'est indigné Me Olivier d'Antin, un des avocats de l'ancien Premier ministre.

A l'issue des plaidoiries de la défense, le tribunal correctionnel de Paris va se donner plusieurs mois pour délibérer et arbitrer d'ici début 2010.

Dominique de Villepin est victime d'un "préjugé" judiciaire et l'accusation a retenu contre lui les déclarations des autres protagonistes de l'affaire alors qu'il est avéré qu'ils ont constamment menti, a estimé un autre de ses avocats, Me Brossolet. "Le préjugé est le chemin le plus court, le plus sûr vers l'injustice". Me Brossolet a aussi mis en cause le témoignage du général Philippe Rondot, rappelant que ce dernier avait reconnu avoir détruit des preuves.

Deux autres avocats recrutés juste avant le procès par Dominique de Villepin , Olivier Metzner, considéré comme un des meilleurs spécialistes français de la procédure, et Henri Leclerc, ancien président de la Ligue des droits de l'homme, ont pris la parole pour défendre leur client. D'emblée, "Me Metzner se lance dans une plaidoirie très politique, avec comme cible Nicolas Sarkozy", a souligné Amaury Guibert, qui suit le procès pour France 2, sur Twitter.

Une fois la justice rendue, Nicolas Sarkozy, partie civile, pourra "nommer les magistrats qui ont jugé et les procureurs qui ont requis"

Pour le ténor du barreau, dont la plaidoirie était très attendue, Nicolas Sarkozy n'est "pas une partie civile comme les autres". Il dispose en effet, a-t-il souligné, du soutien du secrétaire général de l'Elysée et de celui du conseiller Justice de l'Elysée. "Une fois que la justice sera rendue", il continuera à pouvoir "nommer les magistrats qui ont jugé et les procureurs qui ont requis".

Il a aussi estimé que c'était "un dossier que l'on a construit à rebours: on part du mobile pour arriver au départ". "On a une cible, on en déduit l'origine, on essaie de tracer un fil entre les deux, de créer ce lien de culpabilité à l'égard de Dominique de Villepin. Et le mobile suffit en soi, c'est la preuve de sa culpabilité", a ajouté l'avocat. "Je n'ai jamais vu une ordonnance de renvoi consacrer autant de pages à un mobile", "cette rivalité ou cette pseudo-rivalité" politique entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, a-t-il poursuivi.

Me Metzner : si Villepin a péché par abstention, MAM et Sarkozy aussi
Si, comme l'affirme le parquet, Dominique de Villepin s'était rendu complice de l'affaire Clearstream par "abstention", Michèle Alliot-Marie et Nicolas Sarkozy seraient tout aussi coupables de ce chef, a aussi estimé Me Metzner. "Si je (Me Metzner s'identifie alors à son client Dominique de Villepin) l'avais commis", ce délit de complicité par absention, "je ne serais pas le seul: il y aurait aussi Michèle Alliot-Marie (alors ministre de la Défense), (son directeur de cabinet) Philippe Marland, le général Rondot -car s'il y en a un qui en sait plus que moi, c'est bien lui-, la DST et même Bercy".

Or, poursuit-il, "qui est ministre de l'Economie alors? Nicolas Sarkozy. Qui en juillet sait (qu'il ne détient pas de compte en Italie, et donc que les listings sont faux). Et pourtant il ne dit rien jusqu'en 2006". "Mme Alliot-Marie s'est abstenue. Nicolas Sarkozy s'est abstenu", a dit l'avocat, avant de poursuivre: "Bien sûr, ils ne sont pas poursuivis et c'est normal car il n'y a pas d'infraction pénale qui leur soit reprochable".

"Le parquet a forcément beaucoup réfléchi dans ce dossier", s'est amusé Me Metzner, en jetant un oeil au procureur de Paris par-dessus ses lunettes. Pourtant, a-t-il ironisé, "jamais personne en France n'a été condamné pour avoir omis de faire quelque chose. On imagine: 'j'ai été condamné pour n'avoir rien fait".

Les deux avocats ont déjà remis leurs conclusions écrites au tribunal, où ils soutiennent que l'accusation de "complicité de dénonciation calomnieuse" n'est pas juridiquement constituée, et que leur client est victime d'une procédure politique que Nicolas Sarkozy utilise pour l'éliminer.

Le procureur Jean-Claude Marin a demandé mardi 18 mois de prison avec sursis pour Dominique de Villepin


Mardi, le procureur de Paris Selon lui, il n'a été ni l'instigateur ni l'organisateur d'une manipulation contre Nicolas Sarkozy, mais son complice "par abstention". Le procureur estime que Dominique de Villepin n'avait rien fait alors qu'il aurait dû mettre fin à l'affaire à partir de juillet 2004, sachant que les listings remis au juge Renaud Van Ruymbeke étaient faux et que ce dernier poursuivait pourtant ses investigations.

La notion de "complicité par abstention" existe en droit mais elle est très rarement utilisée et difficile à démontrer. Les juges d'instruction avaient de leur côté soutenu que Dominique de Villepin avait un rôle d'instigateur du complot dès avril 2004. L'avocat de Nicolas Sarkozy a même soutenu lundi qu'il avait commencé à conspirer dès janvier 2004.

-> A suivre aussi en direct sur le fil twitter d'Amaury Guibert

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