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La "veuve noire de l’Isère" libérée : "Pour la famille de la victime, savoir qu’elle est dehors est insoutenable"

Manuela Gonzalez, condamnée pour le meurtre de son mari, a été libérée parce que la justice a jugé que le délai avant son procès en appel était trop long. Elle avait pourtant été condamnée en 2014 à trente ans de prison.

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Manuela Gonzalez a été jugée et condamnée en première instance au tribunal de Grenoble (Isère), en avril 2014.  (JEAN-PIERRE CLATOT / AFP)

La "veuve noire de l'Isère" est sortie de prison. Manuela Gonzalez, condamnée en 2014 à 3trente ans de prison pour le meurtre de son mari, a été libérée, lundi 21 septembre, dans l'attente de son procès en appel. La justice a considéré que le délai de dix-sept mois entre la première instance et son procès en appel, qui n'a pas encore été audiencé, était "trop long", a indiqué le parquet général de Grenoble.

"Présumée innocente" 

Daniel Caro, son mari, est mort en octobre 2008. Sa dépouille a été retrouvée calcinée sur la banquette arrière de sa voiture. L'enquête a conclu à un incendie volontaire. Les examens toxicologiques ont révélé la présence de trois somnifères différents dans l'organisme de la victime. Devant le tribunal de Grenoble, en 2014, la quinquagénaire à la frange noire a été condamnée à trente ans de réclusion criminelle. Face à la lourdeur de la peine, son avocat a immédiatement interjeté appel.

Faute d'audience, son avocat a déposé une demande de remise en liberté en juillet dernier, jugeant que le délai raisonnable pour qu'elle soit à nouveau jugée a été dépassé. "Quand on fait appel, la décision de première instance n'existe plus juridiquement. Ma cliente était donc présumée innocente et était considérée comme étant en détention provisoire", a expliqué Ronald Gallo. Jeudi 16 septembre, un homme condamné à vingt ans de prison pour le meurtre d'un policier a été libéré pour la même raison.

Le fils de la victime "réagit très mal" à sa libération

Pour l'avocat de la partie civile, François Leclerc, cette libération est "une demi-surprise qui suscite beaucoup de colère", "Pour la famille, savoir qu'elle est dehors est insoutenable", indique-t-il à francetv info. Sollicité, le fils de la victime, Nicolas Cano, a refusé de répondre à nos questions. "Choqué", il "réagit très mal" à la décision, confirme Me Leclerc.

"C'est une famille qui fonctionne comme un clan et Manuela Gonzalez a un caractère tel qu'elle a une emprise sur certains de ses membres", affirme l'avocat de la partie civile, qui estime que l'accusée pourrait faire pression sur des témoins de l'affaire. Il craint également qu'elle ne se présente pas au nouveau procès. Aucune date n'est encore fixée pour le moment, mais l'audience aura lieu "au plus tôt", à la mi-2016. "On a une cour d'assises saturée en ce moment", explique le parquet général.

"Pour les autres affaires, soit il y a eu des non-lieux, soit il n'y a même pas eu d'enquête"

"Les juges ne sont pas des irresponsables et ils ont estimé que ma cliente se rendrait à l'audience, car elle souhaite s'exprimer, plaide l'avocat de l'accusée auprès de francetv info. Ma cliente tente d'entretenir une relation harmonieuse avec cette famille. Affirmer qu'elle tente d'exercer des pressions sur eux n'est rien d'autre qu'une réaction vengeresse."

Manuela Gonzalez traîne un lourd passé derrière elle. Ses quatre précédents conjoints ont subi des intoxications suspectes. Deux d'entre eux ont été hospitalisés dans un état grave. Les deux autres sont morts.

"Elle n'a été jugée que pour l'assassinat de Daniel Cano. Pour les autres affaires, soit il y a eu des non-lieux, soit il n'y a même pas eu d'enquête", explique une source proche du dossier. L'avocat de l'accusée précise les faits. Pour la mort de son ancien compagnon, en 1991, Manuela Gonzalez a été mise en examen, mais la justice a prononcé un non-lieu. "Pour les autres cas, des enquêtes préliminaires ont été ouvertes, explique Me Gallo. Mais il n'y a pas eu d'instruction."

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