Fiché à tort comme terroriste : "Tout d'un coup, vous n'êtes plus fréquentable"

Un habitant de Niort réclame 1,4 million d’euros à l’Etat pour avoir été fiché à tort comme terroriste du PKK pendant 25 ans. Bekir Gunes sera fixé sur son sort cette semaine.

(Bekir Gunes a été fiché comme terroriste du PKK jusqu'en 2008 (illustration) © maxPPP)

Alors que le projet de loi sur le renseignement doit faire l'objet d'un vote mardi à l'Assemblée nationale, un habitant de Niort dans les Deux-Sèvres se bat pour obtenir un dédommagement pour avoir été considéré à tort comme terroriste pendant 25 ans. Bekir Gunes, 52 ans, citoyen français d'origine kurde, a été fiché comme activiste au sein du PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan, inscrit dans la liste des organisations terroristes.

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Suspect aux yeux de tous

Békir Gunes, né au Kurdistan turc, est arrivé en France en 1978 où il va être fiché de 1983 à 2008 par les renseignements généraux. Ce service le soupçonne alors d’être un proche du PKK du fait de ses origines mais aussi de ses actions associatives en faveur des migrants et notamment des migrants kurdes. Ce n'est qu'en 1995 qu'il apprend par hasard qu'il est fiché, lors d’une  conversation avec le maire de Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines, la ville où il habite à cette époque.

"Tout d’un coup ", dit-il "vous n’êtes plus fréquentable ". Bekir Gunes explique avoir perdu son emploi. Il a ensuite été convoqué à plus de 250 entretiens d’embauche en deux ans, sans jamais trouver un travail. Il finira par rebondir professionnellement dans la région de Niort.

"Tout un système vous condamne. Ce système est utile, mais détruire la vie de quelquun, vie professionnelle, affective, morale, c’est injuste."

"Quand elle appris ça, mon amie a commencé à douter " : Bekir Gunes, fiché à tort comme terroriste sur France Bleu Poitou
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Il faudra attendre 2008 et une dizaine d'actions en justice pour que son nom soit effacé des terroristes potentiels. Le Conseil d'Etat annule alors toutes les anciennes informations. Et Bekir Gunes obtient enfin l’autorisation d'accéder à son dossier. Il demande à présent des dommages et intérêts à l’Etat à hauteur d’1,4 million d’euros. Le tribunal administratif de Poitiers rendra sa décision cette semaine.