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Breivik, un tueur provocateur et insaisissable

Jugé depuis lundi, le terroriste qui comparaît pour la mort de 77 personnes en Norvège en juillet 2011 demeure un personnage difficile à cerner. FTVi revient sur les interrogations qui l'entourent. 

Article rédigé par Gaël Cogné
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min
Anders Behring Breivik au tribunal d'Oslo (Norvège), le 19 avril 2012. (STIAN LYSBERG SOLUM / SCANPIX / REUTERS)

Quatre jours que le procès à Oslo (Norvège) d'Anders Behring Breivik a commencé et le terroriste multiplie les déclarations provocatrices. Depuis lundi 16 avril, le Norvégien qui comparaît pour avoir tué 77 personnes le 22 juillet 2011 reste insaisissable et inquiétant. A la fin de la première semaine d'un long procès qui doit s'achever par l'analyse psychiatrique du trentenaire, retour sur neuf mois d'interrogations autour de l'auteur de la tuerie d'Utoya et de l'attentat d'Oslo qui déroute jusqu'aux médecins

Un après-midi d'été

C'est un jour d'été, mais il fait gris. Le 22 juillet 2011, la rue qui passe devant le Regjeringskvartalet, le siège du gouvernement norvégien, est jonchée de débris. De la fumée s'élève du bâtiment situé au cœur d'Oslo. Les secours tentent de soulager les blessés. Huit personnes sont mortes dans l'explosion d'un van bourré de 950 kg d'explosifs confectionnés à partir d'engrais chimiques. Il était 15h26 quand la déflagration a eu lieu, l'heure de sortie des bureaux. Deux cents personnes sont blessées.

Le terroriste n'est plus sur les lieux. Il se dirige déjà vers Utoya, à une trentaine de kilomètres. La petite île d'une dizaine d'hectares est située sur le lac Tyrifjorden. Elle appartient au Parti travailliste. Des jeunes militants y organisent leur habituel camp d'été. Quelque 600 personnes sont coincées sur l'île quand un homme blond, d'environ 1,90 mètre, en uniforme de policier, ouvre le feu. Le journal Verdens Gang rapporte un échange, que relaie Europe 1, entre Julie Bremnes, 16 ans, et sa mère, Marianne. La jeune fille alerte sa mère de la présence d'un "homme fou qui tire" et lui demande de prévenir la police. Elle est cachée derrière un rocher. D'autres tentent de fuir en se jetant dans l'eau glacée.

"Nous avons peur de mourir", écrit la jeune fille dans un SMS. Les hélicoptères des médias vrombissent au-dessus de l'île. Des bateaux de touristes recueillent les rescapés gelés. Les forces de l'ordre se font attendre. "La police est ici, rédige Julie. "L'homme qui tire a visiblement un uniforme de police. Fais attention !", lui répond sa mère. Une autre jeune fille explique sur Twitter que, pour survivre, elle se cache sous les cadavres, selon Le Monde

Un terroriste d'extrême droite

Après 75 longues minutes d'une tuerie méthodique durant laquelle, muni d'un fusil et d'une arme de poing, le terroriste a abattu 69 personnes, il se rend à la police d'élite. C'est la pire attaque en Norvège depuis la seconde guerre mondiale.

Rapidement, on découvre le nom du tueur : Anders Behring Breivik. Ce n'est pas un terroriste islamiste, comme les commentateurs ont pu le penser dans un premier temps, mais un extrémiste de droite de 32 ans. Il se présente comme un "conservateur" et "chrétien" dans un pavé de 1 500 pages qu'il diffuse sur internet le jour des attentats.

Un personnage aux deux visages

Des photos commencent à circuler. On retient d'abord celle de son profil Facebook : un jeune homme policé au large front, sourire de publicité pour dentifrice et regard translucide. Des amis le décrivent plus tard aux enquêteurs comme "'obsédé par son apparence physique, ses tenues, sa coiffure", écrit Libération. Sur une autre image, il apparaît vêtu d'une combinaison, l'œil dans le viseur d'un fusil d'assaut à la manière d'un membre de commando.

Photos d'Anders Berhing Breivik diffusées après ses attentats en juillet 2011. (AFP / MONTAGE FTVI)

Deux photos pour deux visages. D'un côté, un type banal et sans histoire, fils d'un diplomate qui vit désormais en France et d'une mère infirmière qui s'occupe de lui après un divorce. Classe moyenne, enfance ordinaire. "J’ai eu une éducation privilégiée avec des personnes responsables et intelligentes autour de moi", écrit-il.

Un homme obsédé par l'islam

De l'autre, se dessine l'itinéraire d'un homme obsédé par l'islam et le multiculturalisme qui a voulu mener "une attaque préventive contre des traîtres à la patrie", comme il le confie aux enquêteurs. Breivik dit avoir pris conscience très tôt du problème posé par l’islam en Norvège. Il parle à ses avocats d’un "gang de jeunes Pakistanais qui terrorisait son quartier". Il se plaint aussi des enseignants, qui "tentent de l’endoctriner" avec leurs théories "marxistes et multiculturalistes".

Son père coupe les ponts quand il était gamin. D'après Libération, il quitte "le lycée avant d’avoir terminé ses études. Il voulait gagner de l’argent, devenir riche. Mais toutes ses entreprises échouent les unes après les autres".

Chez sa mère, il devient "bizarre" et ne parle plus que de politique, selon le journal. Ensuite, "il achète des armes, s'entraîne 'comme Rambo'".  En 2006, il affirme avoir pris une "année sabbatique" pour jouer, jusqu'à 17 heures par jour, au jeu vidéo World of Warcraft. Ce qui lui aurait permis, dit-il, de se préparer au massacre "mentalement".

Un nouvel ordre templier

En 1997, il rejoint le mouvement jeune du Parti du progrès (FrP). La formation de droite populiste et xénophobe est en pleine ascension. Il en claque la porte une dizaine d'années plus tard, déçu par l’immobilisme des cadres. Il se met alors à fréquenter des forums extrémistes sur internet. C'est là qu'il affirme avoir été contacté par un inconnu, en 2001, avant de se rendre au Liberia pour rencontrer un nationaliste serbe. La presse norvégienne avance le nom de Milorad Ulemek, comme le relève le site du Courrier des Balkans. Ulemek, un ancien commandant de la police secrète qui purge une peine de 40 ans de détention pour l'assassinat d'un Premier ministre serbe, a démenti connaître Breivik depuis sa prison.

Cette rencontre, le Norvégien l'évoque dans son manifeste intitulé "2083, une déclaration d'indépendance européenne". Il lui a fallu trois ans pour rédiger ce texte effarant, comme l'écrit alors Le Monde. Il s'y présente comme le "commandeur d'un nouvel ordre templier" qu'il dit avoir fondé en 2002 à Londres. Il est censé combattre pour "les droits des peuples autochtones d'Europe" et "contre le jihad européen en cours". Si les voyages ont bien eu lieu, les enquêteurs n'ont jamais trouvé la moindre preuve de l'existence de l'organisation.

Est-il sain d'esprit ?

"J'ai compris que vous allez essayer de me 'délégitimer'", confie Breivik à la procureure, mercredi 18 avril. L'accusé la suspecte de vouloir mettre en cause la réalité des rencontres. Au tribunal, il multiplie les provocations : sourire en coin, il fait des saluts bras tendu poing levé, affirme avoir voulu tuer Barack Obama, le gouvernement norvégien et tous les jeunes de l'île d'Utoya, menace la Norvège de nouvelles attaques menées par deux autres "cellules". Il n'exprime pas de remords, dit qu'il le "ferait de nouveau", se montre incapable d'empathie envers ses victimes, mais pleure devant son film de propagande.

 

Le terroriste est-il crédible et sain d'esprit ? Dans un premier temps, les psychiatres l'ont jugé pénalement irresponsable, mais une contre-expertise a conclu l'inverse. S'il est déclaré pénalement irresponsable au terme des dix semaines de procès, il risque l'internement psychiatrique à vie. S'il est considéré comme responsable, il encourt 21 ans de prison. Lui réclame la peine de mort (abolie en Norvège) ou la liberté. Quant à l'hôpital psychiatrique, "c'est pire que la mort".

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