Antibiotiques pour "guérir" l'autisme : le parquet de Paris ouvre une enquête pour "mise en danger de la personne d'autrui"

L'Agence du médicament "déconseille formellement ces utilisations pour lesquelles ces médicaments n'ont fait aucune preuve de leur efficacité, et qui exposent ces enfants à des risques, en particulier lors d'une utilisation prolongée". 

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L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 15 mai 2020.  (HUMBERT / BSIP / AFP)

Le parquet de Paris a ouvert une enquête après avoir été saisi par l'Agence du médicament (ANSM) cet été. En cause : des médecins qui prescrivent des antibiotiques ou des substances censées éliminer les métaux lourds à des enfants autistes, a appris l'AFP auprès du ministère public. 

Le pôle santé publique du parquet a ouvert cette enquête le 11 septembre, pour "mise en danger de la personne d'autrui" et "infractions tenant à la réalisation de recherches impliquant la personne humaine". Les investigations ont été confiées à l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (Oclaesp).

Mardi, l'ANSM avait annoncé avoir saisi cet été le procureur de Paris de ces pratiques de prescriptions dangereuses. L'agence en avait elle-même été informée fin 2019, via sa procédure de lancement d'alerte. La présidente de l'association SOS Autisme, Olivia Cattan, l'avait alerté. Elle a depuis recueilli des témoignages de parents et des ordonnances faisant état de ces prescriptions.

Une cinquantaine de médecins concernés

L'ANSM "déconseille formellement ces utilisations pour lesquelles ces médicaments n'ont fait aucune preuve de leur efficacité et qui exposent ces enfants à des risques, en particulier lors d'une utilisation prolongée", a-t-elle souligné dans un communiqué. 

Les pratiques incriminées concernent la prescription "sur de longues durées (plusieurs mois)" de "médicaments anti-infectieux" (des antibiotiques, antifongiques, antiparasitaires et antiviraux), mais aussi de "chélateurs de métaux lourds", des substances censées éliminer les métaux lourds de l'organisme, dont l'utilisation n'est recommandée qu'en cas d'intoxication avérée, détaille l'Agence du médicament. Selon Olivia Cattan, qui s'apprête à publier un livre sur ces pratiques, une cinquantaine de médecins seraient concernés, dans la mouvance de l'association Chronimed fondée par le controversé professeur Luc Montagnier. Ces médecins auraient traité quelque 5 000 enfants depuis 2012.

Cette année-là, Luc Montagnier, prix Nobel de médecine pour avoir participé à la découverte du virus du sida, défendait l'idée d'une "piste infectieuse" pour expliquer l'autisme. Il affirmait, vidéos à l'appui, que les antibiotiques pouvaient améliorer l'état de la majorité des enfants concernés. Ces propos avaient provoqué une prise de distance immédiate de l'Académie nationale de médecine, qui hébergeait sa conférence.

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