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Affaire Merah : "des défaillances objectives" mais pas de fautes

Le rapport sur l'affaire Merah, rendu public mardi, pointe plusieurs loupés dans l'enquête sur l'évaluation et l'opération contre le tueur au scooter. Le texte de 17 pages fait aussi plusieurs recommandations pour éviter ces "défaillances objectives". L'une des avocates des familles de victimes estime n'être "pas beaucoup plus avancée", le Crif salue la publication du rapport.
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
 (PHILIPPE ROUAH Maxppp)

Il
y a bien eu "plusieurs défaillances
objectives
" dans le dossier Mohamed
Merah. Voilà la conclusion des deux rapporteurs de l'Inspection
générale de la police nationale. Le texte de 17 pages, rendu
public mardi par le ministère de l'Intérieur, synthétise des entretiens
passés avec la plupart des acteurs du dossier Merah, de la surveillance à
l'intervention des policiers du RAID.

Quelles
sont "les défaillances objectives " ?

Le

risque Merah minimisé de fait 

La
surveillance. Mohamed Merah a été repéré par les services de renseignement en

  1. Mais ces derniers passent à côté de la radicalisation du jeune homme. Un
    passage passé inaperçu, d'après l'IGPN, en raison d'un séjour en prison et de la
    désactivation "inopportune " de sa fiche "S" (comme sûreté de
    l'Etat).
    Le
    nom du jeune islamiste toulousain réapparaît en 2010 à son retour d'Afghanistan.
    Une enquête datée de mi-2011 le présente comme un islamiste méfiant.
    L'évaluation qui s'ensuit est également pointée du doigt par le rapport. "Délai de réaction de la
    centrale
    " liée à "la charge de travail ", "attentisme du service
    toulousain
    ", et des agents "mal préparés " lors d'un entretien avec Mohamed Merah. En
    janvier 2012, le profil de Merah n'est plus "une priorité d'action pour les
    services de renseignements
    ".

Des cloisonnements persistants

La procédure judiciaire s'ouvre en mars 2012 et les
deux rapporteurs expliquent manquer de recul sur ses conclusions. Mais une chose est sûre pour eux, c'est le sentiment " que des cloisonnements
persistaient entre services, notamment entre police judiciaire et renseignements
intérieur
" .

L'opération du RAID

Le 20 mars dernier, les
policiers en observation manquent la sortie et " le retour tardif " de Mohamed Merah
à son domicile. Et ce, en raison de " la fréquentation du quartier " et "des
conditions météorologiques
" . Quand ils interviennent, les hommes du RAID pensent
donc que le tueur au scooter dort. Ce qui n'est pas le cas. Ils l'apprendront au
moment des premiers coups de feu. Un moment qui " déstabilise le dispositif " .
D'après le texte, cette " défaillance objective pose plusieurs questions, tant en
termes de pilotage et de coordination du dispositif de surveillance, que de
choix des équipes à engager
".

Que propose le rapport ?

 La surveillance

Il faut revoir la procédure de fichage. Notamement sur la procédure de radiation de ces fiches "S". Le texte réclame par ailleurs la mise en place " d'une détection pérventive dans le domaine financier " .

Les voyages à l'étranger

Les deux rapporteurs réclament que le suivi des voyages de Français vers les 31 destinations jugées sensibles soit renforcé. Notamment pour les voyages qui se font de façon indirecte. Pour cela, il faudrait un système pour analyser les données de voyageurs.

Intention terroriste individuelle?

Pour éviter la radicalisation via les sites et les forums sur Internet, le rapport préconise la mise en place d'un cadre juridique pour la surveillance du web. " Faut-il aller plus avant en essayant de trouver une incrimination qui s'approche au plus près de l'intention terroriste individuelle? "

Améliorer l'éfficacité du Renseignement intérieur

Pour éviter le loupé lié au débriefing de Mohamed Merah, le rapport demande des recrutements d'analystes, de juristes et de psychologues pour mieux cerner les cibles potentielles. L'IGPN souhaite aussi la mise en place d'un véritable outil d'audit des services de renseignements.

Les réactions

A la lecture de ce rapport, Samia Maktouf, l'une des avocates des familles des militaires tués par Mohammed Merah, avoue n'être "pas beaucoup plus avancée" . Elle explique, "ce que veulent nos clients, c'est qu'il y ait un jour un procès" , et pour que ce soit le cas, rappelle l'avocate, "il faut que l'incrimination et l'implication de (...) Merah, de la fraterie, de la maman de tout l'entourage de Mohammed Merah soient clarifiées" .

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