Affaire Bygmalion : ce que révèle déjà l'enquête

L’affaire Bygmalion a fait exploser l’UMP, poussant son président Jean-François Copé à présenter sa démission ce mardi. Ces coups de théâtre risquent de faire passer l'enquête à la vitesse supérieure.

(© Maxppp)

Les évènements de ces dernières heures vont sans doute donner un coup d'accélérateur à l'enquête judiciaire. Le parquet de Paris a ouvert il y a quelques semaines une enquête préliminaire sur l’affaire Bygmalion. Pour rappel, la société de communication, fondée par deux proches de Jean-François Copé, est soupçonnée d’avoir établi de fausses factures à l’UMP. Elles auraient servi à financer la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012.

La loi française obligeant les candidats à ne pas dépasser un certain montant de dépenses (un peu plus de 22 millions en 2012 dans ce cas), cette fraude présumée aurait permis de dépasser le plafond. D'après le journal Libération , Bygmalion aurait facturé près de 80 événements, dont "55 conventions thématiques" pour 12,7 millions entre janvier et juin 2012.

La justice va-t-elle ouvrir une information judiciaire ? D’après le procureur de la République, rien n’est encore décidé mais l'option est dans l'air. Cela signifierait que des moyens d'enquête beaucoup plus conséquents seraient débloqués, avec la désignation d'un ou plusieurs juges d'instruction. Le rythme des auditions pourraient s’accélérer.

Que reste-il à éclaircir ?

La justice s’intéresse à l'ampleur du système mis en place entre la société Bygmalion et l'UMP. A-t-on affaire, comme le prétendait lundi le directeur de cabinet Jérôme Lavrilleux, à des manipulations comptables limitées ? Ou bien est-ce un système plus "industriel", à partir de factures sur-gonflées pour des prestations comme des conventions ou des diner-débats alors que l'argent allait au financement de la campagne 2012 de Nicolas Sarkozy ? Il existe des suspicions de prestations totalement fictives.

Les enquêteurs s’interrogent également sur la chaine de décision au sein de l'UMP. Qui savait qu'un tel système de fausses factures était en place ? Qui l’a décidé ? Qui le gérait auprès des dirigeants de Bygmalion ?

Pour le moment, Maitre Maisonneuve, l'avocat de Bygmalion, ne se prononce pas sur cet aspect. Il précise seulement que Jean-François Copé ne s'est pas enrichi sur un plan personnel et que Bygmalion a été soumise à "un chantage économique ". Jérôme Lavrilleux a, de son côté, affirmé que ni Jean-François Copé ni Nicolas Sarkozy n'étaient au courant. Il faudra recouper ces déclarations pour démêler le vrai du faux.

Les auditions se poursuivent

Les perquisitions ont été entamées lundi au siège de l’UMP et dans les locaux de Bygmalion. Elles se sont terminées au petit matin, ce mardi.

Les auditions continuent. L’ancien ministre UMP Pierre Lellouche a été entendu en tant que témoin ce lundi. Il a déclaré ne pas avoir participé à une "convention" alors que sa présence était mentionnée sur une facture. Le député UMP a promis une plainte pour usurpation d'identité. 

C’est désormais au tour de Dominique Dord d'être entendu ce mardi soir.  L’ex-trésorier de l’UMP avait démissionné en novembre 2012 au plus fort de la guerre entre Jean-François Copé et François Fillon pour la présidence de l'UMP. Arnaud Robinet, le député-maire de Reims, va lui aussi être interrogé. Son nom est associé à une réunion du 21 mars 2012 facturée près de 300.000 euros. 

Dans L'Express, récemment, il confiait avoir fait part de ses doutes à Nicolas Sarkozy : "Tu es sûr que tu ne laisses pas les copains de Jean-François (Copé) se gaver?  Il m'avait répondu: 'Non ! Les surfacturations ? C'est improuvable!'"

Sentant sans doute l’affaire arriver jusqu’à lui, le directeur de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2012, Guillaume Lambert, a tenu à déclarer ce mardi après-midi, via son avocat, qu’il était "totalement étranger " aux fausses factures imputées à l'UMP par Bygmalion. Me Ingrain a ajouté que son client, désormais préfet de Lozère, avait appris "avec stupéfaction " ces "allégations ".

 

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