Allongement du délai de l'IVG : "Cette proposition de loi, c'est lutter contre les inégalités", assure la députée écologiste Albane Gaillot

L'Assemblée nationale examine en deuxième lecture lundi la proposition de loi pour l'allongement du délai d'avortement à 14 semaines au lieu de 12 actuellement.

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Albane Gaillot, députée écologiste du Val-de-Marne à l'Assemblée Nationale. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

"Cette proposition de loi, c'est lutter contre les inégalités", affirme la députée écologiste du Val-de-Marne Albane Gaillot lundi 29 novembre sur franceinfo. Sa proposition de loi pour l'allongement du délai pour recourir à un avortement à 14 semaines au lieu de 12 est examinée en deuxième lecture lundi après-midi par les députés.

franceinfo : Pourquoi voulez-vous allonger le délai pour recourir à un IVG de deux semaines ?

Albane Gaillot : Il y a plusieurs milliers de femmes chaque année qui sont obligées de partir à l'étranger parce que les délais en France sont trop contraints. Douze semaines, c'est trop court. Il y a plusieurs types de femmes, des trop précaires, des femmes éloignées de la contraception, des femmes victimes de violences conjugales et oui, dans ces cas-là, elles sont obligées de partir à l'étranger mais seules les femmes qui le peuvent financièrement vont partir. C'est une injustice sociale donc on ne peut pas maintenir ça. Cette proposition de loi, c'est lutter contre les inégalités, dès lors que le droit à l'avortement ne s'applique pas partout et pour toutes sur le territoire français. Aujourd'hui, on souhaite passer d'un droit formel à un droit réel. L'allongement des délais permettra à ces femmes qui arrivent tardivement dans le parcours d'IVG de mener une grossesse à leur terme si elles ne veulent pas la mener ou de partir à l'étranger quand elles en ont le besoin.

Est-ce que la durée de 14 semaines est dans la moyenne européenne ?

Ce serait enfin dans la moyenne européenne, parce qu'on est assez bas par rapport aux autres pays ! Le Royaume-Uni va jusqu'à 24 semaines, la Suède jusqu'à 18, l'Espagne 14 semaines et l'Autriche 14 semaines également, donc en France on n'est pas vraiment en avance. Je pense qu'à l'heure où la France va prendre la présidence de l'Union européenne, ce serait intéressant et elle pourrait être fière de porter un message progressiste pour dire qu'il n'y a pas de fatalité. Il y a beaucoup d'attaques au droit à l'avortement, donc je pense que ce serait bien qu'on montre qu'une voie du progrès est possible.

Les gynécologues s'inquiètent de perdre leur clause de conscience. Le comprenez-vous ?

C'est un souci pour les gynécologues mais il faut les rassurer. Ils auront toujours leur clause de conscience générale, donc ils pourront toujours refuser de pratiquer l'IVG. Je leur propose d'être acteurs en quelque sorte du parcours de soins des femmes et je propose qu'ils aient l'obligation d'orienter les femmes vers un praticien ou vers un établissement de santé qui, lui, pratique l'IVG. J'en appelle à la responsabilité des professionnels de santé. Je comprends que les médecins peuvent, pour certains, avoir des peurs, peut-être des questionnements et je pense qu'il y a un vrai sujet sur la formation des médecins. J'appelle les médecins aussi à faire un pas de côté. On parle du droit des femmes à disposer de leur corps et je pense que c'est important que chaque médecin ait bien conscience de ça. L'avortement est une solution pour les femmes, vraiment.

Votre proposition de loi est examinée en deuxième lecture par les députés seulement cinq mois avant la présidentielle de 2022. Les sénateurs vont sûrement s'y opposer. Compte tenu de la durée de la navette parlementaire, pensez-vous que la loi ait une chance d'être adoptée avant la fin du quinquennat ?

Il y a une chance. Il faut savoir que le gouvernement a ce qu'on appelle la maîtrise de l'ordre du jour donc il peut inscrire un texte, quand il le veut, au moment où il le veut, dans l'ordre du jour du Parlement. Je l'invite à se saisir de ce sujet-là, d'accélérer et poursuivre la navette. Si le gouvernement souhaite que cette proposition de loi arrive à son terme et soit votée, il peut l'inscrire dans l'ordre du jour du Sénat. Le Parlement décide, il est élu par le peuple et le peuple soutien cette mesure. Il y a eu une étude l'année dernière du cabinet Kantar qui disait que 80% de la population soutenait l'allongement des délais donc je pense qu'il y a aussi une responsabilité du gouvernement à écouter les attentes et les aspirations des Français pour plus de progrès en la matière.

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