Harcèlement scolaire : "Combien faudra-t-il de Marie, de Nicolas, de Lindsay ?", dénonce la mère d'une ado qui s'est suicidée

La fille de Stéphanie Mistre s'est donnée la mort il y a deux ans à Cassis (Bouches-du-Rhône), après avoir été harcelée sur les réseaux sociaux pendant des années. Elle réclame une "réelle prise de conscience".
Article rédigé par franceinfo
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Une première plainte d'une famille de harcélement déposée contre TikTok en France. Photo d'illustration (JAAP ARRIENS / NURPHOTO)

"Je n'ai pas l'impression qu'il y ait une réelle prise de conscience", a estimé ce mardi sur franceinfo Stéphanie Mistre, mère de Marie, adolescente qui s'est suicidée il y a deux ans à Cassis (Bouches-du-Rhône) après avoir été harcelée sur les réseaux sociaux pendant des années.

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La famille a porté plainte contre TikTok, une première en France, le 8 septembre dernier pour "provocation au suicide", "non-assistance à personne en péril" et "propagande ou publicité des moyens de se donner la mort", a révélé franceinfo lundi.

"Circuit infernal"

Le 16 septembre 2021 à Cassis (Bouches-du-Rhône), Marie est retrouvée morte par ses parents. Comme beaucoup d'adolescents, Marie utilisait souvent TikTok. Quelques semaines avant de mettre fin à ses jours, elle avait publié une vidéo pour évoquer son mal-être, son ras-le-bol d'être harcelée pour son poids. La publication va automatiquement engendrer, sur son compte, l'arrivée d'autres vidéos sur le même thème. Depuis le suicide de Marie, une enquête est ouverte sur les faits de harcèlement scolaire dénoncés. Le parquet de Toulon précise que la plainte de ses parents contre TikTok mérite une analyse approfondie. 

La mère de Marie a décidé de porter plainte contre le réseau social chinois après avoir découvert l'influence néfaste du réseau social sur sa fille. Elle pointe notamment les algorithmes : "C'étaient des choses qui l'incitaient au suicide. Il y avait des propos de mutilation, c'étaient toutes les choses qui la remettaient dans ce circuit infernal et de se dire que, peut-être" le suicide "est la meilleure solution", a-t-elle expliqué sur franceinfo.

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L'an dernier au Royaume-Uni, après le suicide de Molly, une adolescente de 14 ans, une décision de justice a clairement mis en cause pour la première fois les algorithmes des réseaux sociaux dans le passage à l'acte de cette jeune fille. Molly s'est suicidée en 2017. Pour ses parents, les contenus qu'elle avait consultés sur les réseaux sociaux y sont pour quelque chose. La jeune fille avait notamment reçu par mail des recommandations de Pinterest lui suggérant d'aller lire "10 posts sur la dépression que tu pourrais aimer". La justice britannique a donné raison aux parents de l'adolescente le 30 septembre 2022. 

"Une prise de conscience"

Plus récemment, Nicolas, un adolescent de 15 ans victime de harcèlement scolaire, s’est suicidé le 5 septembre dernier à Poissy dans les Yvelines. Le nouveau ministre de l'Éducation, Gabriel Attal, a réuni lundi tous les recteurs d'Académie après la révélation d'un courrier menaçant adressé par le rectorat de Versailles aux parents de Nicolas. "Ce courrier est une honte", a estimé le ministre.

"On a l'impression que ça se débloque avec ce pauvre Nicolas. Mais il faudra combien de Marie, combien de Nicolas, combien de Lindsay ? Il faut qu'il y ait vraiment une prise de conscience qu'on n'en est plus au harcèlement d'il y a 20 ans", a expliqué Stéphanie Mistre.

Côté politique, le projet de loi pour sécuriser et réguler l'espace numérique est examiné à partir du 19 septembre à l'Assemblée nationale. Selon le ministre délégué chargé du Numérique, Jean-Noël Barrot, "Oui", ce texte va permettre d'éviter des drames comme le suicide de Marie. Sur France Inter, il assure que, "c'est l'Europe qui va imposer à TikTok [entre autres], grâce à ce texte de loi, le fait de faire auditer ses algorithmes, de partager ses données avec les chercheurs, d'imposer les processus de signalement simples et accessibles pour les enfants, le retrait des contenus qui sont signalés et cette nouvelle obligation, qui est pour la plateforme d'analyser et de corriger les risques sur la santé des utilisateurs".

En cas de manquement à ces obligations, "une application comme TikTok pourra être sanctionnée à hauteur de 6% de son chiffre d'affaires mondial", soit "600 millions d'euros". 


Si vous avez besoin d'aide, si vous êtes inquiet ou si vous êtes confronté au suicide d'un membre de votre entourage, il existe des services d'écoute anonymes. La ligne Suicide écoute est joignable 24h/24 et 7j/7 au 01 45 39 40 00. D'autres informations sont également disponibles sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé.

Pour signaler toute situation de harcèlement ou de cyberharcèlement, que vous soyez victime ou témoin, il existe des numéros de téléphone gratuits, anonymes et confidentiels : le 3020 (harcèlement à l'école) et le 3018 (cyberharcèlement), joignables du lundi au samedi, de 9 heures à 20 heures. D'autres informations sont également disponibles sur le site du ministère de l'Éducation nationale.

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