Victimes d’inceste : l’avocate Marie Grimaud, spécialisée dans l'enfance, dénonce "une justice à deux vitesses"

Selon l'avocate, beaucoup de victimes sont en colère car elles ont le sentiment que les auditions se déroulent plus vite quand on est une personne connue. 

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Radio France
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Marie Grimaud, avocate parisienne spécialisée dans l'enfance, le 29 janvier 2018. (YVES SALVAT / MAXPPP)

Marie Grimaud, avocate parisienne spécialisée dans l'enfance, dénonce sur France Inter mercredi 10 février, une "justice à deux vitesses" dans ces affaires d'inceste, entre ceux qui sont connus et ceux qui ne le sont pas. Un mois après la sortie du livre de Camille Kouchner, La Familia Grande, dans lequel elle révèle l'inceste subi par son frère, les témoignages affluents. Mais les auditions ne sont pas fixées aussi vite que pour les affaires comme l'affaire Kouchner-Duhamel ou Berry. Il ne faut surtout pas créer de "rupture entre victimes", martèle l'avocate.

Certes, "on ne peut que se réjouir que, dans notre société, le terme 'inceste' se propage, car cela permet une prise de conscience, mais la libération de la parole peut avoir des conséquences qu'on n'imagine pas", poursuit Marie Grimaud, avocate notamment de l'association Innocence en Danger. Elle reçoit beaucoup d’appels, depuis un mois, depuis que la parole se libère pour dénoncer des faits souvent anciens. Elle a aussi beaucoup d'appels de victimes en colère qui ont la sensation que les auditions se déroulent beaucoup plus vite et rapidement quand on a un nom connu et qu’on est adulte. "On est submergés par la colère de nos clients qui disent, mais enfin, moi je ne m'appelle pas Camille Kouchner ou Coline Berry et parce que je n'ai pas ce nom-là, on ne réagit pas quand je dépose une plainte, on me dit que les services sont débordés et en même temps, ces femmes-là vont avoir dans les trois jours une audition !"

"La justice ne fonctionne pas pour les petites gens"

"La majorité des dossiers que nous avons, ce sont des enfants de 3 à 7 ans qui ont été capables de dire 'papa me fait ça, grand-père me fait ça, tonton me fait ça'". Mais dans ces cas-là, la justice est beaucoup plus lente pour fixer des auditions. Camille Kouchner et son frère jumeau "Victor" ont été auditionnés peu de temps après la parution du livre. Coline Berry, fille aînée qui accuse son père Richard Berry, doit être entendue prochainement par la brigade de protection des mineurs de Paris. Quand les mineurs dénoncent des faits, mais sont encore aux prises avec leur agresseur présumé, les enquêtes stagnent, et les brigades des mineurs sont débordées, constate Me Grimaud sur France Inter.

Elle dit entendre "la souffrance et l'incompréhension pour beaucoup" et elle a "le sentiment que la justice n'instruit et ne fonctionne que pour ceux qui ont un nom, et pas pour les petites gens". C'est "une violence supplémentaire pour les victimes d'inceste" de ne pas être entendues. Elle demande aux magistrats, qui "croient d'emblée la parole de Camille Kouchner", de croire autant la parole des enfants de trois à sept ans qu'elle accompagne dans son cabinet. Souvent en cas de conflit familial, les enquêteurs ont tendance à penser que les enfants sont manipulés, souvent par leur mère, au détriment du père, assure l'avocate.

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