"Il a sorti son sexe et s'est collé à ma cuisse" : une élève agressée sexuellement pendant une épreuve de sport du bac

Une lycéenne de Marcq-en-Barœul (Nord) dénonce l'agression qu'elle a subie pendant une course d'orientation, au mois de mai, ainsi que la réaction d'une professeure qui encadrait l'épreuve. L'enseignante a reçu "un rappel à ses obligations de sécurité", selon l'académie.

Une affiche placardée par Léa dans son lycée à Marcq-en-Barœul.
Une affiche placardée par Léa dans son lycée à Marcq-en-Barœul. (DR)

L'épreuve du bac a été traumatisante pour Léa*. Cette élève au lycée Kernanec de Marcq-en-Barœul (Nord) participait à une épreuve de course d'orientation pour son diplôme, vendredi 18 mai, dans le parc du Héron, à Villeneuve d'Ascq (Nord), lorsqu'un homme l'a agressée sexuellement. Au moins une autre élève a croisé, dans le même parc, "un mec qui lui a demandé une fellation en échange d'indications pour trouver des balises", raconte Léa, vendredi 1er juin. Des informations confirmées à franceinfo par le directeur académique du Nord, Jean-Yves Bessol. "Des jeunes filles ont rencontré des individus masculins qui ont tenu des propos à caractère sexuel" et il y a eu, selon ses informations,"exhibition sexuelle".

"Ce n'était pas de l'exhibition, c'était une agression sexuelle, il ne s'est pas juste montré, il m'a touchée", insiste pourtant Léa, en racontant le déroulement de cette journée d'épreuve du bac. Chaque élève pouvait choisir une carte correspondant à un parcours pour s'orienter dans une zone du parc, à la recherche de balises numérotées. "Moi j'avais choisi la forêt, parce que même si les balises sont mieux cachées, elles sont plus proches", se souvient Léa. Mais certaines balises lui semblent introuvables. Elle décide alors de s'allier à une autre élève pour chercher ensemble. "On sait que parfois, les gens nous aident, alors on n'hésite pas à demander aux passants s'ils ont vu des balises fluo", explique-t-elle.

"J'ai eu peur, je n'ai même pas pu crier"

"A un moment, on a vu un homme, qui avait peut-être 20 ou 30 ans, je ne sais pas, et il nous a demandé ce qu'on faisait, et notre âge, détaille-t-elle. Je ne le sentais pas, alors on s'est éloignées." Les jeunes filles changent de direction, mais l'homme les rappelle pour leur signaler une balise fluo. Sa camarade s'approche, trouve en effet une balise, poinçonne sa carte et s'éloigne. Arrive le tour de Léa. "Le mec était vraiment tout près de moi, il a sorti son sexe et s'est collé contre ma cuisse", décrit-elle.

La jeune fille est sous le choc. "J'ai eu peur, je n'ai même pas pu crier, je suis partie en courant", se souvient-elle. Elle retrouve alors sa camarade, qui fait prévenir, via une autre élève, une enseignante qui les encadre. "Elle nous a dit de nous débrouiller pour retrouver notre chemin avec la carte", assure Léa. Mais les jeunes filles se perdent. "Quand on a enfin retrouvé les profs et le groupe, j'étais essoufflée, épuisée, raconte-t-elle encore. Je courais depuis 30 minutes. J'ai fait un malaise."

Quand j'ai repris mes esprits, j'ai fait une crise de panique, j'arrivais juste à dire 'un homme nu, un homme nu'.Léa, lycéenneà franceinfo

Une autre élève revient vers les enseignants et raconte qu'un homme lui a "demandé une fellation en échange de balises", sans savoir s'il s'agit de la même personne. Le groupe d'élèves refuse de continuer l'épreuve, mais la professeure menace l'une d'elles : "Tu vas courir, sinon c'est zéro !" Puis, toujours selon Léa, elle minimise la scène : "Ce n'est quand même pas la première fois que vous voyez un homme nu !" Une réaction que Léa ne juge "pas convenable pour un adulte".

"Un rappel à ses obligations" pour l'enseignante

"On m'a aussi rapporté les propos de l'enseignante", confirme Jean-Yves Bessol à franceinfo. Le directeur académique assure "prendre la mesure de la gravité des faits". Il affirme que "l'enseignante a été reçue par le chef d'établissement pour un rappel à ses obligations de sécurité", estimant que sa réaction "n'a pas été appropriée". "Mais l'autre professeur a très vite mis les élèves en sécurité, et le proviseur, une fois alerté, a fait rentrer les élèves au lycée", poursuit Jean-Yves Bessol. La semaine suivante, "le proviseur et son adjoint se sont rendus dans toutes les classes, notamment pour assurer les élèves qu'ils ne seraient pas pénalisés dans leur notation pour le baccalauréat".

Il est en principe fortement recommandé que les élèves aient des sifflets, en cas d'accident, ce qui n'était pas le cas, ou le numéro de téléphone d'un enseignant.Jean-Yves Bessol, directeur académiqueà franceinfo

"L'encadrement de deux professeurs pour deux classes était réglementaire et adapté", précise le directeur académique"La logique voudrait que les élèves ne soient jamais seuls, car dans la course d'orientation, en extérieur, on les perd forcément de vue", conclut-il.

De son côté, Léa a déposé une pré-plainte en ligne contre son agresseur, qu'elle n'a pas encore signée. Encore très en colère, elle estime que la réaction du lycée "n'est pas à la hauteur". "Aucun prof n'en a parlé en classe et on n'a même pas été prévenus que l'infirmière était disponible pour ceux qui voulaient se confier", assure-t-elle. Elle a donc décidé de faire du bruit dans le bahut, en placardant partout des affiches : "BAC SPORT = AGRESSION SEXUELLE""Je ne le fais pas pour moi, je le fais pour les classes d'après. Mais j'ai vu la CPE et une prof arracher mes affiches", regrette la lycéenne, qui espère briser le silence.

* Le prénom a été changé.