Crimes sexuels sur mineurs : "Forcément qu'à 8 ans je n'étais pas consentant", témoigne une victime

Victime d'inceste de ses 8 à 11 ans par son grand-oncle, puis de 12 à 13 ans par deux de ses cousins, Arnaud Gallais, le co-fondateur du collectif Prévenir et protéger, espère "l'unanimité" des députés qui examinent ce lundi après-midi la proposition de loi contre les crimes sexuels sur mineurs.

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Radio France
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Enfant, Arnaud Gallais a été violé par son grand-oncle puis par ses deux cousins. (MAXPPP)

"Forcément qu'à 8 ans, je n'étais pas consentant. Il n'y a pas de sexualité pour un enfant", a déclaré Arnaud Gallais, le co-fondateur du collectif Prévenir et protéger, lundi 15 mars sur franceinfo. Il a lui-même été victime d'inceste de ses 8 à 11 ans par son grand-oncle, puis de 12 à 13 ans par deux de ses cousins. Il espère "l'unanimité" des députés qui examinent lundi après-midi la proposition de loi contre les crimes sexuels sur mineurs qui doit notamment considérer automatiquement comme un viol toute acte sexuel commis par un majeur sur un jeune de moins de 15 ans.

franceinfo : La principale mesure de ce texte est la création d'un âge de non-consentement lorsqu'un adulte a une relation sexuelle avec un mineur de moins de 15 ans. C'est un pas important ?

Arnaud Gallais : C'est fondamental. Aujourd'hui en France, on demande encore en 2021 à un enfant s'il était consentant à une relation sexuelle avec un adulte. C'est le Moyen Âge. C'est une peine supplémentaire qu'on inflige aux enfants. C'est insupportable. Il faut savoir qu'en France, 81% des victimes de viol sont des enfants. Donc, il faut absolument protéger les enfants. Quinze ans, c'est le bon âge pour nous, et 18 ans en cas d'inceste.

Cette question du non-consentement a été importante dans votre cas ?

Mon grand-oncle qui m'a violé a présenté cela dans un premier temps comme une découverte de mon corps puis comme une découverte sexuelle et la question du consentement se posait. J'ai compris bien plus tard, à partir de 19 ou 20 ans, en thérapie avec un psy, que j'étais en dissociation traumatique. Ça m'a perturbé toute mon adolescence. J'avais en quelques sortes des flashs des relations sexuelles mais je n'avais pas conscience de la manière dont les choses s'étaient faites dans le temps. Forcément qu'à 8 ans je n'étais pas consentant. Il n'y a pas de sexualité pour enfant. C'est la psychothérapie qui m'a permis de comprendre tout le mécanisme de l'agresseur. C'est important pour moi de le dire parce que je milite aussi aujourd'hui pour qu'il y ait une vraie prise en charge des victimes qui est extrêmement coûteuse. Je dépense à peu près 300 euros par mois en consultations. Je peux me le permettre mais comment fait une personne au RSA ou au Smic ? Il y a une inégalité des soins. Il n'y aura en revanche pas d'imprescriptibilité des crimes sexuels contre les mineurs mais la prescription de 30 ans sera prolongée si l'agresseur récidive pendant cette période.

Est-ce un bon compromis ?

Non. Il faut quand même se rappeler qu'il y a encore peu de temps, dans l'affaire Preynat, le cardinal Barbarin a eu ces mots forts, chocs : "Dieu merci, les faits sont prescrits." Est-ce que les députés qui vont voter aujourd'hui à l'Assemblée peuvent acquiescer ce type de propos que je trouve abjects ? Par ailleurs, il y a autre chose sur la question l'imprescriptibilité, il y a l'amnésie traumatique. C'est prouvé, c'est reconnu par l'OMS, etc. Moi, dans mon cas, j'ai fait une amnésie traumatique parce que j'ai également été violé par des cousins à l'âge de 12 ans. J'ai fait une amnésie traumatique de 15 ans. A qui profite le temps, si ce n'est à mes agresseurs ? Il faut qu'à un moment donné la loi protège les victimes et non l'inverse.

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