Crimes sexuels : il faut "un débat public, expliquer pourquoi le rapport adulte-enfant n'est pas permis", affirme un ancien président de Tribunal pour enfants

La majorité souhaite punir toute pénétration sur un mineur de moins de 15 ans, "c'est une avancée importante" estime Jean-Pierre Rosenczveig.

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Jean-Pierre Rosenczveig, l'ancien président du tribunal pour enfants de Bobigny, en février 2018. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

L'ancien président du Tribunal pour enfants de Bobigny Jean-Pierre Rosenczveig réagit à la proposition de loi qui sera discutée pour encadrer plus sévèrement les violences sexuelles commises sur les enfants et les adolescents. Invité de franceinfo mercredi 10 février, il affirme que "le point important, c'est qu'il ne faut pas se contenter de faire la loi. (...) Il y a un débat public à avoir, avec l'opinion. Il ne suffit pas de dire à tout le monde c'est interdit. Il faut expliquer pourquoi le rapport entre un adulte et un enfant n'est pas une relation permise".

franceinfo : La majorité souhaite punir toute pénétration sur un mineur de moins de 15 ans, pour en terminer avec le débat sur la question du consentement, c'est une avancée ?

Jean-Pierre Rosenczveig : C'est une avancée importante, une avancée historique. Nous la demandions de longue date. On a malheureusement loupé le coche avec la loi du 3 août 2018. Et là, il faut sous la pression que le gouvernement reprenne sa copie. On aurait dû le faire plus tôt. Il aurait fallu dire qu'effectivement, le fait pour un adulte d'avoir un acte de pénétration sur un enfant, non seulement c'est un délit, mais surtout un crime et un crime autonome. Et là on ne parle même pas de viol. Le simple fait qu'un adulte ait une relation sexuelle avec quelqu'un qui a moins de 15 ans est un crime, point barre. "Touche pas l'enfant", c'est ce que vient dire ou va dire la future législation.

Ce moment où la parole se libère sur ce sujet si difficile, c'est une opportunité à saisir absolument pour faire avancer tous ces sujets ?

On est en train de toucher les bénéfices d'un travail que nous avons engagé avec Pierre Strauss il y a maintenant 40 ans. Libérer la parole sur l'enfance maltraitée en général, sur les violences sexuelles en particulier. Il ne faut pas confondre les violences sexuelles en général avec l'inceste en particulier. Il faut une législation globale très sévère sur les violences sexuelles et quelque chose aussi de spécifique sur l'inceste.(...) Le point important, c'est qu'il ne faut pas se contenter de faire la loi. (...) Il y a un débat public à avoir, avec l'opinion. Il ne suffit pas de dire à tout le monde "c'est interdit". Il faut expliquer pourquoi c'est interdit, pourquoi le rapport entre un adulte et un enfant n'est pas une relation permise ? Parce qu'elle n'est pas égalitaire, l'enfant n'est pas en situation d'accepter quoi que ce soit, donc on pose le principe de l'interdit. (...) La police nationale et la gendarmerie ont fait de gros efforts pour libérer la parole des enfants, mieux la recueillir et la traiter en bout de chaîne. C'est le débat sur la prescription. Au milieu de la chaîne, c'est aussi ce que personne ne dit : l'accompagnement social, psychologique, parfois psychiatrique de la victime. 

Il y a aussi la question de débattre publiquement de ces questions mais aussi d'éduquer, de former la société. Ce n'est pas le tout de punir ?

C'est toujours le débat que nous avons. On est en réaction à une affaire et on va vouloir punir celui qui est l'auteur. Mais l'important, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait plus de nouveaux auteurs et que ceux qui ont été des prédateurs ne réitèrent pas. (...) On devrait être dans une démarche de prévention et là, pour le coup la loi, peut y contribuer. La loi, par un message très fort, va dire en langage trivial : "(...) Si tu touches à un enfant, c'est une peine criminelle, voire même une peine criminelle encourue pendant 30 ans".

Sur la question de l'inceste, on estime à plusieurs millions le nombre de victimes. Et ça implique des agresseurs. Donc, si on multiplie, cela veut dire toute une société qui est concernée par ce sujet.

Au risque de choquer ceux qui écoutent, moi, je ne crois pas que c'est une telle ampleur. Je ne pense qu'il n'y a pas la référence la plus scientifique qui permette de dire qu'un enfant sur dix aurait été victime d'inceste (...). Mais y en aurait-il moins qu'il en a trop. (...) Ce que vous avez dit sur la caution de la société en général, sur le fait que beaucoup de gens ne comprennent pas pourquoi il y a un interdit, (...) pourquoi on empêche les gens de s'aimer en interne, c'est un processus qu'on a connu dans l'histoire de nos civilisations.

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