Agressions sexuelles dans le cinéma : Il faut que "les pouvoirs publics se positionnent aux côtés des femmes"

"On se rend compte que cela ne se passe pas qu'aux États-Unis", constate Mikaël Gluschankof, secrétaire général d'une association qui agit pour l'égalité homme-femme dans le cinéma. Il demande des "outils" aux pouvoirs publics pour que les victimes puissent agir.

Les victimes d\'agressions et de harcèlement sexuels doivent avoir \"des outils\" pour agir, réclame l’association Le Deuxième Regard.
Les victimes d'agressions et de harcèlement sexuels doivent avoir "des outils" pour agir, réclame l’association Le Deuxième Regard. (LIONEL VADAM / MAXPPP)

Il faut que "les pouvoirs publics se positionnent aux côtés des femmes pour que les victimes de harcèlement puissent être en mesure d'agir sur leur situation", a réagi jeudi 30 août sur franceinfo, Mikaël Gluschankof, secrétaire général de l’association Le Deuxième Regard, après la plainte déposée lundi dernier pour viols et agressions sexuelles par une comédienne française de 22 ans à l'encontre de Gérard Depardieu. L'association Le Deuxième Regard agit pour l'égalité entre les femmes et les hommes dans l'industrie du cinéma et de l'audiovisuel. Mikaël Gluschankof souligne que "la parole se libère" depuis l'affaire Harvey Weinstein aux États-Unis et le mouvement MeeToo en France, et que "ces prises de paroles sont de plus en plus écoutées".

franceinfo : Que souhaitez-vous ?

Mikaël Gluschankof : Ce qui nous intéresse, c'est de prendre de la hauteur quand une affaire comme cela sort. Il y a bien sûr une résonnance avec l'affaire Weinstein.
Nous, on se rend compte que cela ne se passe pas qu'aux États-Unis. C'est aussi un moment pour questionner les rapports de domination, en particulier dans l'industrie du cinéma. Il y a eu des enquêtes qui ont été menées. C'est aussi positif que les médias se saisissent de ces questions pour donner la parole aux femmes qui ont été victimes de ces violences, mais aussi pour leur donner une place où elles peuvent prendre la parole.

Est-ce que cela reste difficile d'exprimer ces agressions dans le cinéma français ?

Dans n'importe quel milieu, c'est difficile de faire ressortir une affaire d'agression. Il faut des faits avérés, un avocat, être solide psychologiquement. Notre travail, c'est de travailler avec les institutions qui soutiennent l'industrie pour permettre que les affaires existantes puissent arriver devant le tribunal et que les personnes puissent être reconnues en tant que victimes. Et faire en sorte qu'il y en ait de moins en moins qui se produisent. En France, les pouvoirs publics sont très présents dans la structuration de l'économie du secteur. [On souhaite que] les pouvoirs publics se positionnent aux côtés des femmes et des victimes de harcèlement pour mettre en place des outils pour que les victimes de harcèlement puissent être en mesure d'agir sur leur situation.

Est-ce que la parole se libère plus ?

La parole se libère à partir du moment où l'on crée la possibilité de la libération de la parole. On travaille avec les professionnels du cinéma. Ce qui change, ce sont les contextes dans lesquels la parole se libère. Ce sont des choses qui étaient sues mais qui étaient dites de manière informelle ou dans des cercles privés, qui étaient évidemment généralement délégitimées ou dédramatisées. Le milieu du cinéma est un milieu où la réputation compte beaucoup. Les choses étaient dites, mais il n'y avait pas de suite. L'affaire Weinstein et le mouvement MeeToo en France font que ces prises de paroles sont de plus en plus écoutées.