Affaire Duhamel : "À chaque fois, les faits sont établis et on nous sert la même soupe du fait de la prescription", regrette la présidente d'une association de victimes

La président de l'Association MoiAussiAmnésie affirme ressentir une "grande colère", alors l'enquête visant Olivier Duhamel a été classée sans suite pour cause de "prescription". 

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Radio France
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Olivier Duhamel le 19 mai 2016.  (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

"160 000 enfants sont violés et victimes de tentatives de viol chaque année en France. Moins de 1% de ces crimes aboutit aux assises", déplore Mié Kohiyama, présidente de l'Association MoiAussiAmnésie, destinée aux victimes d’amnésie traumatique partielle ou totale liée à des violences sexuelles. Elle a regretté sur franceinfo lundi 14 juin la décision qui vient d'être rendue par la justice : un non-lieu dans les accusations d'inceste contre Olivier Duhamel, une affaire révélée par le livre de sa belle-fille Camille Kouchner, La familia grande.

franceinfo : Le non-lieu qui vient d'être prononcé dans l'affaire Duhamel n'est pas une surprise pour vous ?

Mié Kohiyama : Aucune surprise, mais une grande colère. C'est une énième affaire qui révèle le caractère inique de ce type d'affaires. Victor [le prénom d'emprunt du frère de Camille Kouchner] a été violé par son beau-père, c'était un enfant. A 35 ans, il avait refusé de porter plainte pour se protéger. A 45 ans, il a déposé plainte, et la réponse de la justice, c'est cette fameuse prescription pénale, le "droit à l'oubli". Ça veut dire que Victor, comme des dizaines de milliers de victimes, n'aura jamais de justice du fait de ce système.

En 2018, la prescription est passée de 20 à 30 ans. Il aurait fallu aller plus loin, instaurer l'imprescriptibilité ?

Oui. L'inceste touche un Français sur 10. L'affaire Kouchner a entraîné des dizaines de milliers de témoignages de multiples personnes sur les réseaux sociaux, qui avaient témoigné du fait qu'elles-mêmes n'avaient jamais obtenu justice parce qu'elles avaient mis des années et des années à porter plainte. Ce n'est pas comme si on avait eu des Flavie Flament, des Sarah Abitbol, des Vanessa Springora... À chaque fois, les faits sont établis, reconnus et on nous sert la même soupe, c'est-à-dire une non-réponse de la justice du fait de la prescription pénale.

L'affaire Duhamel a-t-elle tout de même changé quelque chose ? Il y a eu une prise de conscience ?

Il y a une prise de conscience, mais le problème c'est qu'il y a une absence de réponse politique à la hauteur de cette prise de conscience dans les affaires de crimes sexuels sur mineurs. On sait bien que ce problème est un fléau énorme : 160 000 enfants sont violés et victimes de tentatives de viol chaque année en France. Moins de 1% de ces crimes aboutit aux assises. L'impunité est une cause majeure de la perpétuation de ces crimes, et on n'a pas de réponse politique à la hauteur. (...) Il faut impérativement aller plus loin, suivre les exemples de sociétés modernes comme la Nouvelle-Zélande, le Canada et la Belgique, qui ont elles-mêmes décidé l'imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs. Il faut aussi reconnaître l'amnésie traumatique : un mécanisme du cerveau qui fait qu'on oublie ces crimes, et qui sert les agresseurs. Cette impunité majeure fait que ces crimes-là se perpétuent. Il faut aller plus loin dans la loi, c'est une évidence et les victimes le réclament.

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