Meurtre de Magali Blandin : le procureur de Rennes répond aux accusations de laxisme après le classement sans suite d'une plainte déposée en septembre

Cette Bretonne de 42 ans a été tuée par son mari quelques mois après un dépôt de plainte pour violences, classée sans suite. Plusieurs responsables politiques et associatifs ont dénoncé cette décision du procureur.

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Le procureur de la République de Rennes (Ile-et-Vilaine), Philippe Astruc, le 20 mars 2021. (DAMIEN MEYER / AFP)

"Il y a eu une réponse judiciaire mais qui n'est pas passée par une poursuite". Le procureur de Rennes a justifié, mardi 23 mars, le classement sans suite d'une plainte déposée en septembre par Magali Blandin contre son mari, qui a avoué l'avoir tuée en février à coups de batte de baseball. Le féminicide conjugal de cette femme de 42 ans a suscité un vif émoi dans l'opinion et plusieurs responsables politiques et associatifs ont pointé du doigt la justice, comme les anciennes ministres Laurence Rossignol et Ségolène Royal.

Le procureur de Rennes, Philippe Astruc, qui dit ne pas vouloir "polémiquer avec quiconque", a toutefois souhaité expliquer à l'AFP les raisons du classement de cette plainte le 4 septembre. Le 2 septembre au soir, lors d'une discussion animée avec son mari, Magali Blandin "dit qu'il soulève le banc et qu'elle tombe sur les fesses en arrière" et décide de quitter le domicile. Le lendemain, elle dépose plainte à la brigade de Montauban-de-Bretagne et le mari, qui n'a pas d'antécédent judiciaire pour violences, est placé en garde à vue, tandis que les quatre parents du couple sont entendus.

Des faits insuffisant pour justifier un renvoi en correctionnel

Magali Blandin "passe le protocole, va à l'IMJ (institut médico-légal). Un certificat médical ne constate pas de lésions physiques mais évoque une tachycardie importante", liée au stress, explique Philippe Astruc. "Elle évoque aussi des faits en 2005, 2013, 2019, 2020 et le caractère autoritaire de son mari, et dit : 'Généralement, les violences, ce sont plus des bousculades, des insultes en tout genre, des dénigrements'."

Le mari, qui reconnaît avoir soulevé le banc, "dit qu'il est victime de violences physiques de la part de sa femme, ce que madame Blandin reconnaît et ce que dans la procédure civile, les enfants confirmeront". Aussi, le magistrat, qui décide du classement de l'affaire, considère que "l'intensité de ce fait-là ne justifie pas un renvoi devant le tribunal correctionnel". "Étant donné une approche égalitaire du droit (...), il aurait fallu naturellement poursuivre Mme Blandin pour les violences, reconnues, qu'elle a pu exercer sur son mari", dit Philippe Astruc.

"Le choix qui a été fait a été plutôt de mettre en place un accompagnement social", explique le procureur, avec entretien avec un psychologue, saisie de deux associations d'aide aux victimes et accompagnement de l'intervenant social en gendarmerie. "J'ai fait mon examen de conscience et voilà pourquoi cette décision a été prise. J'en assume sa responsabilité", a dit le procureur. Il a souligné que 1 414 plaintes pour violences conjugales ont été traitées au tribunal de Rennes en 2020 (contre 720 en 2018), avec 330 déferrements l'an passé, contre 100 deux ans plus tôt. "Dire que la justice ne fait pas son travail et que rien ne change, c'est très injuste", a-t-il estimé.

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