Mesures contre les féminicides : "A chaque fois qu'il y a une nouvelle affaire, on nous annonce des mesures pour nous calmer", déplore Osez le féminisme

Le ministre de l'Intérieur a évoqué dimanche soir une série de mesures pour lutter contre les violences conjugales, notamment l'obligation pour chaque commissariat et brigade de gendarmerie de se doter d'un officier spécialisé dans les violences conjugales.

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Radio France
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Un passant devant la maison de Chahinez, victime d'un féminicide, à Mérignac (Gironde), le 7 mai 2021. Le policier qui avait pris sa plainte venait d'être condamné à huit mois de prison avec sursis pour "violences habituelles" sur son ex-conjointe. (STEPHANE DUPRAT / HANS LUCAS / AFP)

"A chaque fois qu'il y a une nouvelle affaire dans laquelle il y a une série de dysfonctionnements, on nous annonce des mesures pour nous calmer, en quelque sorte, pour donner l'impression que le gouvernement agit. Mais en réalité, les effets sont inexistants", commente la porte-parole d'Osez le féminisme Ursula Le Menn lundi 2 août sur franceinfo, alors que le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé plusieurs mesures pour lutter contre les féminicides, dont le traitement prioritaire des plaintes pour violences conjugales et l'augmentation du nombre d'officiers spécialisés.

franceinfo : que pensez-vous des annonces faites par Gérald Darmanin pour lutter contre les violences faites aux femmes ?

Ursula Le Menn : C'est dans la ligne droite de ce que nous propose le gouvernement depuis le début du quinquennat en matière de lutte contre les violences contre les femmes. C'est une série d'annonces de mesures soit qui existent déjà, soit qui ne sont pas accompagnées de moyens ou en tout cas qui n'ont pas de budgets associés, fléchés et propres. Pas de changement d'ampleur, pas de changement structurel comme cela a été fait par exemple en Espagne. A chaque fois qu'il y a une nouvelle affaire dans laquelle il y a une série de dysfonctionnements, on nous annonce des mesures pour nous calmer, en quelque sorte, pour donner l'impression que le gouvernement agit. Mais en réalité, les effets sont inexistants. (…) Par exemple, ça fait très longtemps qu'il est interdit aux forces de l'ordre de refuser la prise de plainte et pourtant, ils le font [en proposant des mains courantes à la place]. Donc, ça ne suffit pas de dire qu'il ne faut pas le faire ou de dire qu'on ne prendra plus de main courante. Il ne faut pas juste le déclarer. Il faut faire en sorte que les choses, dans les faits, soient réelles. On attend le gouvernement au tournant. 

"Les annonces, ça suffit. On veut des faits."

Ursula Le Menn

à franceinfo

Le ministre veut croiser le fichier des auteurs de violences conjugales avec celui des propriétaires d'armes à feu. N'est-ce pas une bonne mesure ?

Ce qu'il faudrait faire, c'est ce qui se passe en Espagne, c'est-à-dire un système de suivi en temps réel des victimes, mais aussi des auteurs. Un système dans lequel tous les acteurs de la chaîne de protection des victimes, que ce soit les médecins, les services sociaux, la police, la justice, les associations d'accompagnement et les associations féministes puissent donner l'alerte. Il y a un niveau de dangerosité qui est mis à jour en temps réel avec des notes qui sont attribuées et en fonction du niveau de dangerosité des mesures de protection s'appliquent. À l'heure actuelle, en France, on n'en est absolument pas là. On est encore dans des délais extrêmement longs. On est encore dans des affaires où on voit que la femme a porté plainte tant de fois et rien ne s'est passé. Donc son système de suivi c'est très bien, mais c'est insuffisant. Si c'est pour croiser, pour que les armes soient retirées, OK, c'est une première étape, mais là, il faut voir beaucoup plus grand.

"Il faut écarter sans aucune équivoque tous les policiers qui sont agresseurs de la prise en charge des femmes victimes de violences."

Ursula Le Menn

à franceinfo

Dans l'affaire Mérignac, le policier qui avait pris la plainte de la victime, avant sa mort, avait lui-même été condamné pour violences conjugales. Qu'est-ce que cela dit de l'organisation de la police ?

Sa hiérarchie était au courant et n'a pas cru bon de le réaffecter pour autant. De toute évidence, c'est une pratique qui est très commune et qui ne les a même pas alertés. C'est bien parce que c'est sorti dans la presse et que l'opinion publique est choquée que l'on a une réaction du gouvernement. On nous parle de formation, de nouveaux officiers de police qui vont être spécifiquement consacrés aux violences contre les femmes. Très bien, mais on ne peut pas former à la prise en charge de femmes victimes de violences quelqu'un qui est lui même un agresseur, quelqu'un qui est lui même sexiste. Il faut faire attention aussi à ça et sanctionner les policiers qui font preuve de pratiques discriminatoires quand ils prennent en charge les plaintes, parce qu'on a des témoignages tous les jours ! Il n'y a pas d'amélioration en la matière. 

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