Vincent Lambert, une vie suspendue à une décision de justice

Ce trentenaire est en état de conscience minimale depuis cinq ans. Ses parents, en conflit avec sa femme et le corps médical, refusent de le laisser mourir. Le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne doit se prononcer mercredi.

Les parents de Vincent Lambert et sa femme s\'opposent sur le fait de laisser mourir ce trentenaire, victime d\'un accident de moto il y a six ans.
Les parents de Vincent Lambert et sa femme s'opposent sur le fait de laisser mourir ce trentenaire, victime d'un accident de moto il y a six ans. (PHANIE / AFP)

Le calvaire de Vincent Lambert va connaître une nouvelle étape mercredi 15 janvier. Le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne doit se prononcer sur un référé-liberté déposé par les parents de cet ancien infirmier aujourd'hui dans un état de conscience minimale. Ils refusent l'euthanasie passive de leur fils.

Cela fait cinq ans qu'il est allongé sur ce lit du CHU de Reims (Marne) après un accident de moto. Selon le corps médical, Vincent Lambert est totalement aphasique et dans un état pauci-relationnel, qui permet une certaine interaction avec l'environnement par la vue notamment, sans pour autant "être sûr qu'il intègre correctement les informations sensorielles". Il est maintenu en vie par une sonde gastrique. 

C'est cette sonde que les parents refusent de lui retirer pour le laisser mourir. Samedi 11 janvier, les équipes médicales avaient informé la famille de Vincent Lambert de la décision d'arrêter les traitements conformément à la loi Leonetti. Elle permet aux médecins de décider de stopper les soins.

Une première tentative en 2013

En avril dernier, alors que Vincent Lambert multipliait des comportements d'opposition aux soins "faisant suspecter un refus de vivre", les équipes soignantes avaient déjà engagé un premier protocole de fin de vie en accord avec sa femme et une partie de la famille, mais sans consulter explicitement ses parents, qui vivent dans le sud de la France.
 
Le 11 mai, la mère de Vincent avait alors saisi le tribunal administratif et obtenu du juge que les médecins reprennent l'accompagnement thérapeutique en rétablissant l'alimentation et l'hydratation du patient.

Une famille déchirée

La femme du jeune homme, comme une partie de sa famille, s'oppose à ses beaux-parents. A plusieurs reprises, avec sa femme, mais aussi avec des collègues, Vincent Lambert avait dit qu'il ne voudrait jamais vivre une vie en état végétatif chronique.

Il y a quelques mois, elle confiait à Libération (article payant) : "J'aimerais que Vincent soit entendu et respecté dans ce qu'il était avant. Et à ceux qui voudraient croire que j'ai intérêt à ce que mon mari parte, je voudrais dire que, malgré son handicap, il est toujours resté mon mari et que la douleur de le perdre sera toujours aussi grande. Je ne le laisse pas partir pour moi, je le laisse partir pour lui." De leur côté, les parents du jeune homme appellent les réseaux catholiques les plus radicaux "à ne pas laisser faire cette mise à mort", note Libération.

Depuis, les conseils de famille destinés à apaiser les tensions n'ont abouti à aucun compromis. C'est désormais aux juges de choisir de laisser vivre ou laisser mourir Vincent Lambert.