Violences envers les directeurs d'école : "Les parents ne reconnaissent plus notre autorité"

Une étude affirme que les tensions entre les directeurs d'école et les parents d'élèves augmenteraient. Francetv info a interrogé des responsables d'établissements scolaires sur le sujet.

Selon une étude, près d\'un directeur d\'école sur deux a été victime d\'agressions lors de l\'année scolaire 2012-2013.
Selon une étude, près d'un directeur d'école sur deux a été victime d'agressions lors de l'année scolaire 2012-2013. (MICHEL CLEMENTZ / MAXPPP)

"Si ça continue, je te casse la gueule." La scène ne se déroule pas dans un bar un samedi soir arrosé, mais à la sortie des classes dans une école rurale. "Quand vous entendez ce genre de phrases, psychologiquement, c'est dur", confie Bertrand Subsol, directeur pendant dix ans d'un établissement dans les Landes et membre du SE-Unsa.

"Des parents qui viennent tous les jours vous dire que ça ne va pas, que vous ne faites pas comme il faut, au bout d'un moment, ça mine", abonde Elisabeth Jaccard, directrice depuis trois ans de l'école privée catholique Saint-Sauveur, à Périgueux (Dordogne), sous contrat avec l'Etat.

Les directeurs et directrices d'école qui ont accepté de nous répondre n'ont pas été étonnés des résultats de l'étude rendue publique ce mardi par Le Parisien : sur 4 000 directeurs d'école interrogés, 49% disent avoir été victimes de violences verbales ou physiques lors de l'année scolaire 2012-2013. Une étude que l'Education nationale conseille de prendre avec des pincettes. 

Pourtant, sur le terrain, les tensions semblent exister. Si aucun des responsables d'établissements contactés par francetv info n'a subi de violences physiques, tous reconnaissent que l'agressivité fait partie de leur quotidien avec les parents d'élèves. 

"La place de l'enseignant est fragilisée"

Le sentiment que l'enseignant et l'école ne sont plus respectés par certains parents, que l'autorité n'est plus reconnue, est une réelle source de malaise. "Pour une histoire entre deux enfants dans une cour de récréation, des parents vont directement porter plainte à la gendarmerie", raconte le directeur d'une école primaire rurale de la région Centre, qui n'a pas souhaité révéler son identité. "Cela devient aberrant, poursuit-il, ils ne vont même plus chercher les explications auprès de nous. Ils ne nous reconnaissent plus comme étant l'autorité."

Pour Bernard Subsol, la "place de l'enseignant est fragilisée, elle n'est pas reconnue dans la société", et cela engendre, selon lui, un mal-être dans le corps professoral. "Aujourd'hui, on 'consomme' de l'école. On lui demande tout et on lui reproche tout", affirme-t-il. Et quand les parents sont mécontents, la désapprobation peut être violente, surtout quand elle est rendue publique. En désaccord avec l'école Saint-Sauveur de Périgueux, une mère de famille a contacté la presse locale et un article est paru. "La situation a été difficile à vivre. On se remet en cause, on se dit qu'on est nul et que l'on doit faire autre chose", avoue Elisabeth Jaccard.

"Les parents ont du mal à reconnaître notre mission éducative"

Dans l'étude de Georges Fotinos, ancien inspecteur académique de l'Education nationale, les punitions et sanctions seraient la première cause des différends entre les parents et l'école. "Quand on parle de punition, on n'est plus uniquement dans le domaine de l'enseignement, explique le syndicaliste Bertrand Subsol, les parents ont du mal à reconnaître notre mission éducative qui va au-delà des enseignements. Or je ne travaille pas à l'Instruction nationale, mais bien à l'Education nationale."

La situation est parfois plus paradoxale que cela. "Pour certains parents, en matière d'éducation, on devrait se substituer à eux tout en se pliant à leurs volontés", constate Elisabteh Jaccard. En clair, l'enseignant devrait se charger des missions éducatives, mais en le faisant à la manière des parents. Or "dans une école il y a des règles et elles doivent être respectées par tous", explique la directrice.

Le contenu même des enseignements est parfois discuté par les parents. Une situation difficile à accepter : "Une année, on a fait une sensibilisation à l'environnement avec un ramassage des déchets sur une parcelle. Une enfant n'est pas venue à l'école ce jour-là, car sa mère estimait que sa fille n'avait pas à faire cela. Alors que, dans ce cas, on est dans le programme", relate le directeur de l'école de la région Centre.

"L'école concentre le mal-être"

Ce dernier se souvient également s'être retrouvé au cœur de drames familiaux. "Un parent me harcelait pour avoir un papier qui justifiait que son enfant n'était pas présent à l'école, alors qu'il était sous la garde de sa mère", témoigne-t-il. Elisabeth Jaccard a été confrontée à des cas similaires. "Un père m'envoyait sans cesse des e-mails vindicatifs, se souvient-elle. Il était sous le coup d'une injonction et ne pouvait plus entrer en contact avec sa femme. En fait, il reportait sur l'école les soucis qu'il avait avec elle."

Selon Hubert de Traversay, qui va reprendre des fonctions de directeur à l'école privée Saint-Jacques de Bergerac (Dordogne) à la rentrée prochaine, "les problèmes viennent souvent de parents en détresse qui attendent beaucoup de l'école. Et le décalage entre leurs attentes et la réalité provoque des déceptions et parfois des violences verbales."

"L'essentiel, c'est d'être soutenu" par l'équipe éducative

Les directeurs que nous avons interrogés soulignent la difficulté d'établir avec les parents une discussion régulière et un lien de confiance. "Il faut arrêter avec le mythe du directeur qui parle avec les parents d'élèves à la sortie de l'école, s'emporte le directeur de la région Centre. 50% de mes élèves prennent le bus, on ne voit pas les parents. Et c'est parfois compliqué de gérer les conflits avec les parents car je suis encore chargé de classe et il y a aussi les tâches administratives", renchérit-il.

Pour faire face à ces tensions, tous ont le même remède : le soutien de leur hiérarchie et de l'équipe enseignante dans son ensemble. Bertrand Subsol explique : "Quand on se sent en danger et qu'on doute du bien-fondé de ce que l'on fait, l'essentiel, c'est d'être soutenu."