Réforme des rythmes scolaires : tour de France d'un casse-tête

Le rétablissement de la semaine de quatre jours et demi à la rentrée 2013 divise. Il y a les communes qui y sont favorables et celles qui hésitent.

Un élève dans une salle de classe à Strasbourg (Bas-Rhin), le 4 septembre 2012.
Un élève dans une salle de classe à Strasbourg (Bas-Rhin), le 4 septembre 2012. (FREDERICK FLORIN / AFP)

Le gouvernement veut aller vite. Pour réformer les rythmes scolaires, il ne passe pas par la loi, mais par décret. Le ministre de l'Education nationale, Vincent Peillon, doit le présenter, vendredi 11 janvier, en comité technique ministériel. Le texte prévoit que, dès septembre, les écoles primaires vont adopter la semaine de quatre jours et demi, avec cours le mercredi matin ou le samedi matin sur dérogation. Si cette réforme est un casse-tête pour les enseignants qui réfléchissent à un nouvelle organisation des journées de classe, elle l'est aussi pour les mairies.

Si les enfants finissent l'école plus tôt, leurs parents, eux, ne pourront sans doute pas venir les chercher tout de suite. Il faudra donc assurer l'accueil des élèves après les cours. La tâche incombera aux enseignants, mais en partie seulement. Les municipalités devront donc organiser des activités périscolaires. Une demi-journée d'école en plus, c'est en outre une cantine qu'il faut ouvrir un jour de plus et une tournée de ramassage scolaire supplémentaire. Autant de dépenses à la charge des communes. 

Afin de les inciter à passer à la semaine de quatre jours et demi, François Hollande a annoncé un "fonds spécifique de 250 millions d'euros", destiné à faire face au surcoût occasionné. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a détaillé cette aide : elle sera de 50 euros par élève, une somme qui s'élèvera à 90 euros par enfant dans les zones en difficulté. Mais l'Association des maires des grandes villes de France estime qu’il faudrait plutôt 150 euros par enfant et par an, soit 600 millions d'euros pour l'ensemble des enfants en année pleine.

Le gouvernement espère que la moitié des élèves et le plus possible de communes adopteront la semaine de quatre jours et demi dès septembre. Mais rien n’est moins sûr. Les communes ont jusqu’au 1er mars pour demander un report de l’application de cette réforme en 2014. Et pour l’heure, elles sont encore divisées. 

Les villes pionnières

"Les communes qui s'engageront dès cette année sont celles qui ont déjà une expérience en matière d'aménagement des rythmes", pronostique Anne-Sophie Benoit, la présidente de l'Association nationale des directeurs d'éducation des villes (Andev), dans Les Echos. C’est le cas de Brest (Finistère), où le ministre de l'Education s'est rendu jeudi 10 janvier pour défendre sa "difficile" réforme, rapporte Le Nouvel Observateur. L’école Sanquer expérimente depuis quatre ans la semaine de quatre jours et demi. Les journées y sont écourtées et il y a classe le mercredi matin. Il a fallu un temps d'adaptation, mais désormais tout le monde est satisfait.

Les grandes villes qui s'engagent

Treize grandes villes, la plupart dirigées par des socialistes, sont prêtes à mettre en œuvre la réforme dès la rentrée de septembre : Angers, Aubervilliers, Bourges, Brest, Dijon, Grenoble, Montreuil, Nantes, Rennes, Rouen, Saint-Denis, Strasbourg et Toulouse. Elles ont été rejointes par Paris. D'abord réservé, le maire PS Bertrand Delanoë a finalement affirmé, jeudi 10 janvier, que la mairie "mettra les moyens nécessaires"

Il y a aussi des maires très pragmatiques. "Pourquoi ne pas faire en 2013 ce que nous serons obligés de faire en 2014 ?" fait mine de se demander le socialiste Jean-Paul Bret, qui dirige Villeurbanne, en banlieue lyonnaise. Lui appliquera la réforme dès 2013. S’il mesure les "contraintes financières", il voit surtout la compensation offerte par le gouvernement à ceux qui sauteront le pas en 2013. Un cadeau qui ne sera peut-être pas fait à ceux qui traîneront des pieds jusqu’en 2014, glisse-t-il.

Celles qui freinent

Plusieurs grandes villes – dont certaines socialistes – restent cependant réticentes et font valoir l'argument financier. "Les collectivités locales ayant des budgets assez serrés, il est compliqué de mettre en œuvre cette réforme tout de suite", argue au micro d'Europe 1 Pierre-Alain Roiron, maire PS de Langeais, en Indre-et-Loire, vice-président de l'Association des maires de France et membre du conseil national de l'Education. Ainsi, à Lyon, le surcoût de la réforme est estimé à 5 millions d’euros pour les 35 000 élèves. Le socialiste Gérard Collomb a déclaré qu'il "essaiera" d'appliquer la réforme, mais en 2014. Et selon lui, cela va nécessiter l'embauche de "1 300 agents".



A Nice, l’UMP Christian Estrosi a assuré qu'il n'appliquera pas, en 2013, la réforme, à laquelle il est opposé. Un geste politique. A Bordeaux, Alain Juppé n’a pas encore pris sa décision. Sa municipalité explique qu'elle cherche l’emploi du temps le mieux adapté. Elle doit surtout trouver 6 millions d’euros supplémentaires pour ses 15 000 écoliers. Car s'ils ne veulent pas que les activités périscolaires se résument à une garderie, mais soient sportives, culturelles ou pédagogiques, les maires devront recruter des employés compétents (des animateurs titulaires du Bafa, par exemple), souligne Le Figaro.

Les villages ruraux qui s'inquiètent

Pour les communes rurales, le poids financier de la réforme est encore plus lourd à porter. A Montagnieu, un petit village de l’Isère de 950 habitants, le maire a sorti sa calculette. Pour financer une demi-journée d’école supplémentaire, il devra trouver 8 000 euros par an, au minimum. Il faudrait augmenter de 13% la taxe d’habitation. "Pas possible", tranche-t-il. 

A Orbais-l’Abbaye, une petite commune de la Marne, la réforme implique une hausse de 5% du budget municipal. Son maire, Pierre-Yves Jardel, fait également valoir que, pour les élus ruraux comme lui, le personnel nécessaire à l'application de cette réforme sera plus difficile à trouver. A la campagne, ce sont parfois aussi les infrastructures qui manquent. Rapporteur à la commission éducation-culture de l'Association des maires de France, il reste cependant favorable à la semaine de quatre jours et demi.