Les clés pour comprendre la "refondation de l'école"

Le ministre de l'Education nationale, Vincent Peillon, commence à défendre son projet à l'Assemblée nationale, cet après-midi.

Des élèves dans une école primaire de Paris, le 4 septembre 2012.
Des élèves dans une école primaire de Paris, le 4 septembre 2012. (FRED DUFOUR / AFP)

Le ministre de l'Education nationale, Vincent Peillon, commence à défendre son projet sur "la refondation de l'école de la République" à l'Assemblée nationale, lundi 11 mars. Francetv info vous livre les clés pour mieux comprendre le débat.

Que dit le projet de loi ?

Ce texte est issu de la concertation qui a réuni 500 acteurs de l'école, de juin à octobre 2012. En voici les principales mesures :

60 000 postes dans l'Education. C'était une promesse phare de François Hollande lors de la campagne présidentielle. Et elle n'a pas été oubliée puisque Vincent Peillon a lancé, dès décembre 2012, une campagne de recrutement, étalée en deux phases, de 43 000 enseignants, dont 22 000 consacrés au remplacement des professeurs qui partent à la retraite. Sur les 60 000 postes annoncés, 54 000 vont à l'Education nationale (de la maternelle au lycée). Près de la moitié d'entre eux concernent la formation des enseignants. Le primaire, lui, hérite de 14 000 postes, le collège et le lycée de 7 000 postes, et le personnel éducatif de 6 000 postes.

Extrait du projet de loi sur la \"refondation de l\'école\".
Extrait du projet de loi sur la "refondation de l'école". (CAPTURE D'ECRAN / FRANCETV INFO)

Priorité à l'école primaire. Les difficultés traînées par certains élèves tout au long de leur scolarité s'installent dès le primaire. Résultat, 150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans diplôme. En concentrant ses efforts sur le primaire, le gouvernement entend lutter contre l'échec scolaire et le décrochage. Une initiative louable. Mais le blog "L'Instit'humeurs" souligne que le nombre de matières à enseigner en primaire ne cesse d'augmenter et qu'il est nécessaire d'alléger les programmes, alors que Vincent Peillon souhaite instaurer en plus un "enseignement moral et civique".

Revoir la formation des profs. Le texte entend recréer une formation spécifique des enseignants. La formation initiale et continue des professeurs avait quasiment disparu en 2010 sous Nicolas Sarkozy, parachutant des profs débutants devant les classes. En effet, la masterisation avait créé de nombreux problèmes, pouvant entamer la motivation des futurs professeurs des écoles, avait expliqué à France 2 une enseignante à l'IUFM de l'université de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise).

Et les rythmes scolaires ?

Pas abordés directement. La mise en place de la semaine de quatre jours et demi concentre l'essentiel des critiques. Pourtant, cette mesure n'est pas abordée directement par le projet de loi puisqu'elle relève d'un décret pris en janvier. Le texte du projet de loi se contente de créer un fonds destiné à aider les communes pour leurs activités périscolaires jusqu'à 16h30. Qu'importe. La réforme des rythmes scolaires est dans les tuyaux. Elle "sera engagée dès la rentrée scolaire de 2013 et achevée à la rentrée 2014 dans le premier degré", indique le texte dans une annexe qui sera discutée au Parlement.

Pourquoi alléger les journées de travail des écoliers ? Avec vingt-quatre heures de cours en quatre jours actuellement - ce qui représente 7 432 heures pour un écolier entre 7 et 14 ans -, la France est l'un des pays où le temps d'enseignement est le plus important. Si l'on compare avec nos voisins européenns, c'est 18% de plus qu'en Allemagne (6 322 heures de cours) et 30% de plus qu'en Finlande (5 753 heures). Voici les explications de France 5 : 

Cette réforme semble nécessaire dans la mesure où la France a l'une des années scolaires les plus courtes. Avec seulement 35 semaines de cours par an en primaire, le rythme est soutenu. Conséquence : les élèves français donnent des signes d'épuisement, comme le montre ce reportage d'une équipe de France 2 qui avait suivi une classe de CE2 toute une journée.

Un casse-tête. Si les enfants finissent l'école plus tôt, leurs parents, eux, ne pourront sans doute pas venir les chercher tout de suite. Il faudra donc assurer l'accueil des élèves après les cours. La tâche incombera aux enseignants, mais en partie seulement. Les municipalités devront donc organiser des activités périscolaires. Une demi-journée d'école en plus, c'est en outre une cantine qu'il faut ouvrir un jour de plus et une tournée de ramassage scolaire supplémentaire. Autant de dépenses à la charge des communes. En janvier, francetv info avait réalisé un tour de France de ces difficultés.

Des réserves à gauche. Les maires socialistes sont divisés sur l'application de la semaine de 4 jours et demi. Grenoble, Belfort et Dijon ont déjà choisi la mise en place à la rentrée 2013. Mais à Lyon, Gérard Collomb attendra 2014 pour appliquer la réforme. A Lille, Martine Aubry doit indiquer sa décision dans le courant du mois de mars. A Paris, Bertrand Delanoë n'a pas décidé s'il appliquerait la réforme dès septembre. Il a déclaré lundi, sur Europe 1, qu'il souhaitait appliquer la réforme des rythmes scolaires du gouvernement "dès que ça p[ourrait] être une réussite".

Quelle durée pour les vacances ?

Vincent Peillon a annoncé fin février vouloir ramener à six semaines la durée des vacances d'été à l'école dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires, avant de corriger ses propos. L'UMP avait alors dénoncé une "improvisation".

Mais cette proposition, dont les conséquences seraient multiples, ne figure pas dans le projet de loi. Vincent Peillon a précisé qu'elle ne serait pas discutée avant 2015.