Des vacances d'été plus courtes, ça changerait quoi ?

Le ministre de l'Education nationale a évoqué le raccourcissement de ces vacances scolaires à six semaines, qui serait discuté à partir de 2015. Francetv info a listé les conséquences d'une telle mesure.

Bain de soleil sur une plage de Marseille (Bouches-du-Rhône), le 16 août 2012. 
Bain de soleil sur une plage de Marseille (Bouches-du-Rhône), le 16 août 2012.  (GERARD JULIEN / AFP)

Six semaines au lieu de huit. Le ministre de l'Education nationale, Vincent Peillon, a proposé de raccourcir les vacances scolaires d'été, dimanche 24 février sur BFMTV. Une proposition qui suscite de nombreux commentaires chez les syndicats d'enseignants et de parents d'élèves, mais qui ne sera pas discutée avant 2015, a toutefois précisé le ministre.

L'idée n'est pas neuve. "C'est en France que la scolarité dans l'année est la plus courte et les heures de la journée les plus longues", avait déclaré François Hollande en mars 2012, lors de la campagne présidentielle. La réduction des vacances d'été avait encore été évoquée lors des négociations entre les syndicats et le ministère menées dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires. Cette arlésienne éducative aurait de nombreuses répercussions.

Quelles conséquences pour le rythme des élèves ?

"Pour mettre les enfants dans de bonnes conditions, étalons les jours de vacances dans l’année", estime René Clarisse, chronopsychologue, maître de conférences à l’université de Tours et coauteur d'une étude (PDF) sur le sujet. Favorable à la mesure, il rappelle que les congés d'été sont très longs pour des raisons historiques (les moissons nécessitaient des bras), qui n'ont plus cours aujourd'hui.

"Que les vacances durent six ou huit semaines ne change pas le temps nécessaire à l'enfant pour réintégrer le rythme de l'école. En revanche, cela permet d'assouplir le rythme", explique le spécialiste. Selon lui, le débat est brouillé par des considérations économiques et politiques qui n'ont pas lieu d'être. "La seule chose qui compte, c'est l'intérêt des enfants ! Il faut veiller à la rythmicité des temps de repos et de travail." Mais d'après lui, l'urgence est avant tout de remettre l'école le samedi.

Quelles conséquences pour les familles ?

Une demande sociale. Jean-Jacques Hazan est président de la FCPE, la principale organisation de parents d'élèves. Contacté par francetv info, il soutient la mesure. "Personne ne sait quoi faire pendant les vacances d'été, elles sont trop longues", d'autant que "les pratiques de vacances ne sont plus les mêmes aujourd'hui. Aucun parent n'est censé prendre plus de trois semaines de vacances l'été." En clair, la mesure évoquée par Vincent Peillon ne changerait rien "pour ceux qui partent trois semaines". Et pour les 3 millions d'enfants (5-19 ans) qui ne partent pas en vacances, cela réduirait le temps passé à traîner "dans les cités, les cages d'escalier", faute d'argent pour profiter de centres aérés ou d'activités culturelles.

Un zonage qui réduit le temps des retrouvailles. Les réserves des parents d'élèves concernent surtout le zonage des vacances. Au micro de LCI, Valérie Marty, présidente de la Peep, l'autre principale fédération de parents, souligne que les vacances d'été sont "le seul moment, avec les vacances de Noël, où l'on peut se rassembler" et "que les familles y tiennent beaucoup". En imposant deux zones, le temps commun serait réduit, limitant les possibilités pour les familles de se retrouver. "Les parents n'ont jamais été demandeurs du zonage, confirme Jean-Jacques Hazan, mais nous sommes prêts à accepter deux zones."

Quelles conséquences pour le secteur du tourisme ?

Didier Arino est directeur du cabinet de conseil Protourisme. Il explique à francetv info qu'"un mauvais calendrier scolaire, c’est un impact sur 8 à 10 millions de nuitées", soit "2% des nuitées de l'été". Il envisage deux scénarios. 

Si les vacances sont concentrées dans le temps. Première hypothèse, une concentration des vacances du 10 juillet au 20 août, qu'il juge "catastrophique pour l’emploi, catastrophique pour les enfants". Une telle mesure pourrait faire augmenter les prix dans le secteur, puisque les offres seraient ramassées dans un temps très court. De quoi décourager certains clients et miner le moral des professionnels, déjà échaudés par la hausse de la TVA à 10%. Contacté par francetv info, Didier Chenet, président du Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs (Synhorcat), estime que "la période de vacances d'été doit s'étaler du 15 juin au 15 septembre".  

Si les vacances sont étalées. Sur ce dernier point, Didier Arino est du même avis que Didier Chenet. Il estime qu'"un calendrier scolaire harmonieux" permettrait de vendre 10 à 12 millions de nuitées supplémentaires pendant l'été. "Il y a eu l'exemple des vacances de février ou de Pâques où l'industrie du tourisme a bénéficié du zonage en étalant l'activité", le tout avec "des tarifs plus abordables". Mais cela ne fonctionne pas à tous les coups. "Cette année est assez mauvaise, puisque les vacances de printemps tombent tard en avril, quand il n'y a plus de neige", explique Didier Chenet.

Quelles conséquences pour les enseignants ? 

Travailler plus pour gagner autant. Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, première fédération de l'éducation, a lancé un avertissement au ministre, dimanche sur France Info. "Si on rallonge de manière importante le temps d'enseignement, il faudra pouvoir dire aux enseignants qu'il va y avoir des contreparties." Quant à Sébastien Sihr, secrétaire national du SNUipp, principal syndicat d'enseignants du primaire, il a déjà sorti la calculatrice, lundi dans Le Parisien : en "passant à la semaine de quatre jours et demi avec des journées raccourcies, on passe déjà de 144 jours d’école à 180 par an (...). On va finir par avoir davantage de jours de classe que la moyenne des pays de l’OCDE !"

Des problèmes d'organisation. Dimanche, le ministre a concédé la nécessité de "revoir les examens, et en particulier le fameux baccalauréat, qui occupe les locaux d’un certain nombre d'établissements très tôt dans le mois de juin". Ce qui a le don d'agacer Sébastien Sihr, interrogé cette fois dans Les Echos. "Il ne faudrait pas que nos collègues se retrouvent avec quatre semaines de vacances l'été !"