Bilan du dédoublement des CP/CE1 : positif dans les classes concernées, mais les autres souffrent

Le dédoublement des classes de CP et de CE1 en réseau d'éducation prioritaire permet une plus grande disponibilité des enseignants avec les élèves, mais les syndicats regrettent que la réforme ait "déshabillé Paul pour habiller Jacques".

La classe de CE1 de Carole, dans l\'école du Tour de la ville à Soissons, ne comporte que 13 élèves.
La classe de CE1 de Carole, dans l'école du Tour de la ville à Soissons, ne comporte que 13 élèves. (ALEXIS MOREL / RADIO FRANCE)

C'est la réforme phare de Jean-Michel Blanquer depuis son arrivée rue de Grenelle : le dédoublement des classes de CP et CE1 en réseau d'éducation prioritaire. Un peu plus d'un an et demi après la mise en place de la mesure, le ministre de l'Éducation a dressé un premier bilan, mercredi 23 janvier.

"Les élèves concernés ont fait des progrès importants, plus vite qu'ailleurs et on a réussi à monter le niveau de ceux qui sont dans la plus grande difficulté", a-t-il affirmé sur le plateau de TF1. Il se base sur l'étude des services statistiques du ministère, selon laquelle les dédoublements en CP ont permis une baisse du nombre d'élèves en très grande difficulté de 8% en français et de 12,5% en mathématiques, sur un total de 15 000 enfants participant à l'étude. En tout, 190 000 élèves de CP et CE1 sont scolarisés en classe dédoublée en France. Ils seront 300 000 à la rentrée 2019.

Calme, attention et motivation

Dans cette classe de CE1 de l'école du Tour de la ville, dans les quartiers populaires de Soissons (Aisne), il y a beaucoup de place : 13 élèves seulement. "C'est bien quand on n'est pas nombreux, comme ça il y a du calme et on n'énerve pas la maîtresse !", se réjouit une enfant. Le calme, c'est ce qui frappe effectivement d'emblée. Ces petits CE1 vivent leur deuxième année en classe dédoublée, après le CP, l'an dernier. Les résultats sont flagrants, selon Carole, la maîtresse : "J'ai l'exemple de l'addition à retenue. Je suis allée beaucoup plus vite sur ce sujet cette année, j'étais en avance de deux ou trois mois. On va dire que les trois quarts de la classe étaient prêts."

Classe de CE1 de l\'école du Tour de la ville à Soissons.
Classe de CE1 de l'école du Tour de la ville à Soissons. (ALEXIS MOREL / RADIO FRANCE)

Pour Carole, moins d'élèves, c'est surtout beaucoup plus d'attention pour chacun d'entre eux : "Cela permet de faire aussi des remédiations plus rapidement qu'avec une classe classique de 26 ou 30 élèves." Autrement dit, l'enseignante peut réexpliquer, de manière plus personnalisée.

Cela permet de cerner tout de suite la problématique de l'enfant, ses difficultés.Carole, enseignanteà franceinfo

Des difficultés plus vite repérées, des progrès plus rapides, du mieux aussi pour les enseignantes elles-mêmes, à en croire le directeur, Philippe Culem. Les dédoublements ont remotivé les troupes : "C'est flagrant ! Elles sont beaucoup plus en recherche d'innovations pédagogiques par rapport aux années précédentes. Il y a une motivation totalement différente, parce qu'elles sentent que tous les enfants sont en situation de réussite. Elles essaient de trouver du matériel pour le bien-être des élèves, beaucoup plus qu'elles ne le faisaient précédemment."

Des classes chargées et des fermetures ailleurs

Bilan clairement positif donc pour ces enseignants. Mais attention, les dédoublements, c'est un peu l'arbre qui cache la forêt depuis un an et demi, selon Héléna Sampaio. Pour cette représentante locale du SNUIPP (premier syndicat du primaire), les autres écoles du département, hors éducation prioritaire, ont bien souffert : "Les dédoublements ont nécessité 64 postes qui ont été pris sur un dispositif existant qui était 'plus de maîtres que de classes', qui bénéficiait à toutes les classes. Il y a également eu beaucoup de fermetures notamment dans le milieu rural. Par exemple, il y a une école à Pommiers qui est à 28 élèves par classe en moyenne avec des triples niveaux."

Il n'y a pas assez de postes créés, selon le SNUIPP. Le syndicat maintient que pour dédoubler, dans l'Aisne comme ailleurs, on a déshabillé Paul pour habiller Jacques.