L'appel au boycott de "Tomboy" et autres coups d'éclat des catholiques intégristes de Civitas

Le film, qui met en scène une petite fille qui se fait passer pour un petit garçon, est diffusé mercredi soir sur Arte. Pour empêcher sa diffusion, l'institut Civitas appelle à harceler la chaîne. 

\"Tomboy\", réalisé par Céline Sciamma, est diffusé mercredi 19 février 2014, à 20h50, sur Arte.
"Tomboy", réalisé par Céline Sciamma, est diffusé mercredi 19 février 2014, à 20h50, sur Arte. (PYRAMIDE DISTRIBUTION)

"Tomboy, film de propagande pour l’idéologie du genre n'a sa place ni à la l’école ni à la télévision". L'institut Civitas, mouvement catholique intégriste et proche de l'extrême droite, qui se dit "engagé dans l’instauration de la royauté sociale du Christ sur les nations" part en croisade contre Tomboy. Ce film français réalisé par Céline Sciamma doit être diffusé mercredi 19 février 2014 à 20h50 sur Arte.

"Tomboy", la "théorie du genre" et l'éducation sexuelle

Tomboy raconte l'histoire d'une fillette qui se fait passer pour un petit garçon dans son nouveau quartier. Laure, 10 ans, dit s'appeler Michael. Michael joue au foot et se bat et tous ses nouveaux amis n'y voient que du feu, y compris la petite Lisa qui tombe amoureuse. Sorti en 2011 et salué par la critique, le film s'intéresse à la question du genre : qu'est-ce qu'être un garçon, qu'est-ce qu'être une fille, à un moment singulier de l'enfance, aux portes de l'adolescence. 


Mais Tomboy révolte Civitas qui appelle "les familles françaises à réagir et à empêcher la diffusion de ce film de propagande pour l’idéologie du genre". "Ce film ne répond pas à la mission d’Arte qui est de 'concevoir, réaliser et diffuser des émissions de télévision ayant un caractère culturel'", écrivent ces catholiques intégristes. Ils appellent à protester "poliment mais fermement ! Par téléphone, par fax ou par e-mail" auprès d'Arte. 
Les traditionalistes du mouvement Civitas refusent également que ce long métrage fasse partie du programme "Ecole et cinéma", proposant aux élèves de troisième cycle (CE2, CM1 et CM2) de découvrir sur leur temps scolaire des œuvres cinématographiques. Des séances spéciales sont organisées dans des cinémas et un travail pédagogique est mené en amont et en aval. 

Le film a été intégré programme "Ecole et cinéma" à la rentrée 2012, sans faire de remous. Mais depuis la mobilisation des anti-mariage pour tous est passée par là. Et au delà de cette contestation est née un mouvement dénonçant l'enseignement d'une prétendue "théorie du genre" dans les écoles. Et le Printemps français, proche de l'extrême droite, s'attaque à des livres pour enfants reflétant, à ses yeux, la "théorie du genre". Dans ce contexte, une pétition a été lancée contre la diffusion de Tomboy auprès des écoliers a été lancée le 28 novembre 2013, sur le site Citizengo (détenu par une fondation espagnole qui se base sur une "conception chrétienne de la personne et de l'ordre social", et notamment opposée à l'avortement ou au mariage entre personnes de même sexe). La pétition rassemble plus 33 000 signatures.

Lundi, Civitas s'est illustré en s'indignant contre "éducation sexuelle enseignée à nos enfants""scandaleuses photos" à l'appui (montrant une formatrice mimant des positions sexuelles avec un sextoy). Problème : ces photos ne proviennent pas d'un cours donné en France, mais d'une conférence sur la sexualité donnée Canada, à des étudiants majeurs. Civitas a reconnu son erreur, tout en se défendant de ne pas disposer "moyens des médias du système" pour vérifier la provenance des images. Or, de simples recherches sur Google suffisaient, comme l'explique Le Monde.fr.

Prières de rue contre le mariage pour tous

Mais au delà du cas de Tomboy et de sa lutte contre la "théorie du genre", Civitas n'en est pas à son coup d'essai. L'institut, proche de la fraternité Saint-Pie X, un mouvement catholique intégriste en rupture avec le Vatican, multiplie depuis quelques années les actions coup de poing. Lors de l'examen de la loi sur le mariage pour tous au Sénat,  les militants de Civitas sont venus manifester leur désaprobation avec force prières et crucifix devant la Haute assemblée, appelant à une "sainte colère" contre le projet de loi du gouvernement.

En marge des mobilisations organisées par la Manif pour tous, Civitas se distinguera aussi par des cortèges aux slogans sans équivoque : "Non à l'homofolie" ; "La France a besoin d'enfants, pas d'homosexuels" ; "Non aux pédés, la famille c'est sacré"... 

Des happenings contre des œuvres christianophobes

Né à la fin des années 2000, Civitas se lance dans l'agit-prop pour contrer la "christianophobie" de la "société laïque" et fédérer un lobby catholique. Proches des milieux nationalistes et identitaires, l'institut s'offre son premier coup de pub en 2010 en protestant contre Golgota Picnic, une pièce de théâtre qu’ils jugent "christianophobe" et en dénonçant en 2011 le Piss Christ, une photographie d'un crucifix plongé dans un bain de sang et d'urine. Civitas pointe à chaque fois des "contenus blasphématoires", organise manifestations et prières.

Manifestation de Civitas contre la pièce \"Golgota Picnic\", jugée \"blasphématoire\", le 11 décembre 2011, à Paris. 
Manifestation de Civitas contre la pièce "Golgota Picnic", jugée "blasphématoire", le 11 décembre 2011, à Paris.  (FRED DUFOUR / AFP)
 

A la tête de l’institut Civitas, Alain Escada explique en 2011 à francetv info : "Notre but, c’est de rechristianiser la France, qu’elle redevienne la fille aînée de l’Eglise". La même année, Alain Escada annonçait aussi l'implication de son mouvement pour les municipales de 2014. "Est-il de peu d’importance que l’administration des communes soit toujours laissée à ceux qui ne sont pas de vrais et fervents catholiques ? Est-il de peu d’importance qu’elles soient administrées, sur toute la France, par des dizaines de milliers d’hommes qui sont indifférents ou hostiles au règne de Notre Seigneur Jésus-Christ ? Il y aura sans doute en 2014 des centaines, voire des milliers de nouveaux élus musulmans qui décupleront l’expansion de l’Islam. Cela n’a-t-il pas d’importance ? N’y a-t-il rien à faire ?", écrivait alors le secrétaire général de Civitas, comme le rapporte le blog Droites extrêmes du Monde.fr. Force est de constater que ce projet a été abandonné au profit d'un lobbying forcené sur les questions de société.