Civitas en croisade pour "que la France redevienne la fille aînée de l'Eglise"

Alain Escada est le secrétaire général de ce mouvement de catholiques traditionalistes. Son objectif : "rechristianiser la France dans tous les domaines". Interview.

Alain Escada, secrétaire général de l\'institut catholique fondamentaliste Civitas, lors d\'une manifestation contre une pièce de théâtre, à Rennes, le 10 novembre 2011. 
Alain Escada, secrétaire général de l'institut catholique fondamentaliste Civitas, lors d'une manifestation contre une pièce de théâtre, à Rennes, le 10 novembre 2011.  (DAMIEN MEYER / AFP)

Ils manifestent derrière des banderoles "La France est catholique et doit le rester". Et prient depuis une semaine devant le théâtre du Rond-Point, à Paris, pour protester contre Golgota Picnic, une pièce qu’ils jugent "christianophobe". Les traditionalistes du mouvement Civitas entendent bien profiter de cette nouvelle notoriété pour faire progresser leur "lobby catholique".

Exit la laïcité, ils veulent "rechristianiser la France" et peser dans le débat public. En ligne de mire, les municipales de 2014, première étape de leur croisade, de leur "reconquête". Entretien avec Alain Escada, secrétaire général de Civitas.

Vous êtes à la tête d’un mouvement intégriste non reconnu par l’église catholique, qui représentez-vous ?

Alain Escada : D’abord, je refuse tous les "istes", "intégriste", "extrémistes"… Nous représentons un courant de plus en plus important de catholiques qui considèrent que ça n’a que trop duré. Que leur foi est moquée, raillée, qu’une forme de laïcité républicaine cherche à brimer l’expression de leur foi.

Mais aussi ceux qui veulent que leur foi soit une source d’inspiration pour les décisions économiques, politiques et culturelles de la France. Nous avons un millier d’adhérents en France et un réseau d’influence de 100 000 personnes, qui sont notamment inscrites à notre newsletter.

Etes-vous républicain ?

Je n’accorde pas d’importance à cette notion. Je ne suis ni républicain ni royaliste ni autre chose. Je suis catholique, attaché à une vision de la France selon la doctrine de l’Eglise. En termes de morale, mais aussi de justice sociale. Je voudrais un chef d’Etat qui respecte la vision catholique de la vie. De la conception de la vie à la fin de vie, qui respecte le modèle familial naturel, à savoir l’union d’un homme et d’une femme.

Mais quel est votre but exactement ?

Notre but, c’est de rechristianiser la France, qu’elle redevienne la fille aînée de l’Eglise. Nous voulons influencer les décideurs des différents domaines pour qu’ils s’inspirent de la doctrine de l’Eglise.

Nous voulons montrer que les catholiques représentent encore en France un groupe significatif. Une part importante du marché, mais aussi un poids électoral. Notre attitude consiste à essayer de peser de plus en plus ouvertement dans la société.

Quelles sont vos méthodes ?

Nous fonctionnons comme un lobby, en occupant tout l’espace public qui peut l’être. Nous rédigeons, tous les mois environ, une lettre envoyée à 40 000 élus, des sénateurs aux conseillers municipaux, qui analyse un point d’actualité dans la perspective catholique : l’euthanasie, le travail dominical…

Nous allons également publier différentes listes noires en janvier 2012. L'une d'entre elles concernera les sociétés commerciales qui contribuent à l’antichristanisme, comme Benetton, Kronenbourg qui finance le festival Hellfest, LVMH et sa politique en matière de mécénat culturel…

Et nous publierons une liste noires d’élus qui ont une attitude qui blesse les catholiques. Nous voulons stigmatiser tous ceux qui ont un comportement christianophobe, qui manifestent une espèce d’arrogance laïciste.

Sur votre site internet, vous parlez des communes et des élections municipales de 2014 comme de la "base d'une future reconquête". Qu’entendez-vous par là ?                                                          

L’espace municipal nous semble le plus intéressant pour amorcer cette rechristianisation. Il est raisonnablement à notre portée, puisque dans la plupart des petites communes on peut se présenter sans étiquette, ce qui est notre démarche. C’est donc une opportunité pour les catholiques de prendre des responsabilités dans un souci de servir le bien commun, d’un point de vue catholique.

Et pour 2012 ?

Je ne souhaite pas que nous soyons associés à un parti. Nous soumettrons, à tous les candidats à la présidentielle, un questionnaire avec les points qui préoccupent tous les catholiques de France, aux alentours du mois de février. Vont-ils tout faire pour conserver la vision traditionnelle de la famille ? Sont-ils, par exemple, pour ou contre le mariage homosexuel ? Nous publierons leurs réponses.

Nous préférons agir en tant que lobby et chercher à influencer tous azimuts. C’est beaucoup mieux pour nous d’avoir 58 députés de l’UMP qui signent notre appel à la dénonciation de la christianophobie que d’avoir un député tout seul qui défend nos idées à l’Assemblée. Cela nous donne plus de poids.

Et la laïcité ? Même de nombreux catholiques y sont favorables…

Je ne crois pas que la majorité des catholiques de France soient pour la laïcité. Au contraire, je pense que beaucoup de catholiques ont eu l’impression d’être isolés, d’être les derniers des Mohicans, et ils se sentent libérés par cette nouvelle visibilité.  Et puis, de plus en plus de catholiques sont déçus par la façon dont le pays est géré, avec ces lois mortifères, antifamiliales … C’est le retour des cathos dans le débat de société.