"Prendre le bus, le train, deux RER, le bus puis marcher" : des étudiants de Tolbiac obligés de passer leurs partiels à Rungis

Les partiels de Tolbiac (Paris) ont débuté mercredi à Rungis (Val-de-Marne) pour environ 2 000 étudiants. Le choix du lieu est particulièrement décrié.

Ici, des examens à Montbéliard, en 2017 (illustration).
Ici, des examens à Montbéliard, en 2017 (illustration). (MAXPPP)

Les partiels du second semestre ont débuté mercredi 2 mai à Tolbiac, mais en raison des dégradations liées à son occupation, la faculté parisienne ne peut pas accueillir les étudiants dans ses locaux. Les différentes antennes de l'université Paris 1 ne pouvant pas accueillir tout le monde, il a été décidé de louer un site sur la commune de Rungis, dans le Val-de-Marne (en plus des 25 autres sites d'examen).

Une heure de retard tolérée

Pendant trois semaines, 18 000 étudiants vont défiler à Rungis du lundi au samedi et du matin au soir, jour de grève des cheminots compris. Seule 1 heure de retard est tolérée. Une situation compliquée pour les étudiants dont certains viennent de loin.

Des partiels délocalisés à Rungis pour les étudiants de Tolbiac : un reportage de Solène Le Hen
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Les parkings autour du centre d'examen Jean Monnet, à Rungis, sont bondés. De nombreux parents attendent leurs enfants dans la voiture pendant que ces derniers passent leur partiel. Ils étaient 2 000 mercredi, au premier jour d'examen. "En transports, ce n'est pas possible, confie Isabelle, une mère de famille venue de Charenton, dans le Val-de-Marne. Il va galérer. Il va perdre du temps. Ce n'est pas le moment."

En effet, ce centre d'examen n'est pas du tout central et y venir en transport est parfois compliqué pour ces étudiants qui habitent dans toute l’Île-de-France. "Il faut prendre le bus, le train, deux RER, le bus puis marcher : 1h45 de route !", enrage l'un d'eux. Jeudi 3 mai, la situation devrait se compliquer en raison de la grève à la SNCF : seul un RER C desservant Rungis sur trois circulera.

"Je dors à l'hôtel"

"J'habite dans le sud de la Seine-et-Marne, j'ai mis à peu près 4 heures et je ne peux pas rentrer chez moi le soir", confie une jeune fille. Sa voisine aussi aurait dû mettre 4 heures en train. "Mon papa m'a emmenée et on a mis 1h30 avec les autoroutes et le périphérique, raconte-t-elle. Ce soir, je dors à l'hôtel. J'ai trouvé un hôtel près d'un aéroport à 61 euros la nuit. C'est mon père qui a généreusement payé." 

Au-delà du problème des transports, les conditions d’examens sont "catastrophiques", selon certains étudiants. Les partiels se font dans d’immenses salles qui résonnent. Les étudiants sont assis sur des chaises en plastique. Et le centre se trouve dans une zone d’activités - avec le va-et-vient incessant des camions - et au bord des pistes de l’aéroport d’Orly. "Dans le hangar, on entend bien, confirme une jeune femme. Là, il fait froid donc, à l'intérieur du hangar, il fait froid et quand il fera chaud, il fera chaud à l'intérieur. Pas les conditions idéales."

"Un seul cours depuis le début du semestre"

Après un mois sans cours et des révisions sur internet à la maison, beaucoup d’étudiants demandent l'annulation des partiels, comme c’est le cas pour d’autres disciplines. D’autant que parfois, ces examens n’ont pas beaucoup de sens : "Vu que notre prof est d'accord avec la grève, il ne faisait pas cours : on n'a eu qu'un cours depuis le début du semestre, raconte une autre étudiante. Le partiel était facultatif." Elle assure que son professeur leur mettrait la note de 15/20 à tous.

Enzo a lui-même bloqué la fac. Il est venu passer son partiel à Rungis et reconnaît que les examens ne pouvaient pas se tenir à Tolbiac : "Les locaux étaient sales, des odeurs affligeantes", raconte-t-il, évoquant aussi des pièces "délabrés". "C'est un peu tout ce qu'on a eu : on est déportés à Rungis au lieu de passer à Tolbiac", dit-il. Si Léa n’en veut pas à ses camarades comme Enzo qui ont bloqué le site universitaire parisien car elle comprend et soutient leur mouvement,  elle en veut à l’université : "On aurait pu réellement trouver une solution meilleure que celle-ci", affirme-t-elle.

200 à 400 000 euros de location

Pour louer ce centre d’examen privé, mais également ceux de Noisy-le-Grand et de Charenton, l’université Paris 1 a déboursé entre 200 000 et 400 000 euros, selon les informations recueillies par franceinfo.