Parcoursup : une conseillère d'orientation pointe "beaucoup de trouble" chez les lycéens par rapport à "la réforme du bac"

Sylvie Amici, présidente de l’Association des conseillers d'orientation-psychologues de l'éducation nationale explique sur franceinfo que les lycéens de terminale qui ont jusqu'à ce jeudi soir pour faire les vœux d'orientation expriment "beaucoup d'inquiétudes".

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Des lycéens assis sur les marches de leur lycée, à Colmar, le 16 septembre 2020. (VANESSA MEYER / MAXPPP)

"Plus que d'être perdu par rapport à la plateforme de Parcoursup, ce qui ajoute beaucoup de trouble, c'est la réforme du bac et le fait d'avoir peu de visibilité" par rapport à la sélection par l'enseignement supérieur, a souligné jeudi 11 mars sur franceinfo Sylvie Amici, présidente de l’Association des conseillers d'orientation-psychologues de l'éducation nationale. Les lycéens de terminale qui ont jusqu'à ce jeudi soir pour faire les vœux d'orientation ne posent "pas que des questions techniques, il y a beaucoup d'inquiétudes", souligne-t-elle, notamment parce que certains ont décroché ou raté des cours à cause de l'épidémie de Covid-19.

franceinfo : Etes-vous plus consultée que d'autres années par des lycéens qui ne savent pas ce qu'ils doivent choisir pour l'an prochain ?

Sylvie Amici : Les questions sont multiples dans le sens où, en tant que psychologues, ce qui nous occupe, c'est bien sûr la question du conseil en orientation, mais aussi le lien à la période d'adolescence qu'ils vivent et à la question de leur réussite scolaire. Et là, plus que d'être perdu par rapport à la plateforme de Parcoursup et à ses vœux, ce qui ajoute beaucoup de trouble c'est aussi la réforme du bac et le fait d'avoir peu de visibilité par rapport aux enseignements de spécialité qu'ils et elles ont pu choisir et comment l'enseignement supérieur va les accueillir, va les sélectionner ou pas. Cela a un retentissement aussi sur leur réussite et sur leur investissement scolaire. Des questions comme celles-là viennent renforcer ou provoquer du décrochage, même si on sait que le décrochage est causé par la situation du Covid.

Avez-vous davantage de questions que d'habitude de la part des élèves de terminale ?

Pas davantage de questions, mais des questions qui sont plus complexes, plus lourdes, même pour les élèves qui auraient des profils où d'habitude ça se passe assez tranquillement. Mais là, il n'y a pas que des questions techniques, il y a beaucoup d'inquiétudes. C'est plus par rapport à la façon dont ils vont être sélectionnés et dont l'enseignement supérieur va comprendre qu'ils ont peut-être eu des absences, parce que eux-mêmes, ils ont été malades du Covid, ou ils ont été cas contacts et ils n'ont pas pu aller en cours, ou leur professeur a été absent et n'a pas été remplacé. C'est tout ça qui les inquiète.

Cette année, plus que les autres années, les familles ont été mobilisées autour des lycéens autour de Parcoursup, est-ce que ça ne risque pas de renforcer une forme d'inégalité des familles qui maîtrisent moins cet outil ?

Je pense que toute personne qui a un ado et qui s'est penché sur Parcoursup se rend compte du nombre d'heures qu'il faut passer pour saisir les voeux, même si ce n'est pas forcément la phase la plus longue. C'est toute une phase de réflexion qui est assez complexe. Les fiches d'informations sont très complètes, elles expliquent ce que font les formations, mais du coup, il y a beaucoup à lire si on veut le faire sérieusement. Et ensuite, il y aura le projet motivé, il y aura la partie activité et intérêts. Il faut s'imaginer ce que vivent beaucoup d'adolescents qui ne sont pas accompagnés à la maison, même s'ils ont leurs professeurs, mes collègues psys, les professeurs documentalistes, les CPE, on est tous mobilisés pour les aider au mieux. Mais ce n'est pas pareil parce que beaucoup de choses se passent aussi à la maison et sur Internet, c'est-à-dire que les jeunes sont confrontés à leurs écrans. C'est une grande difficulté. Certains jeunes se retrouvent seuls et ça peut provoquer des inégalités. A cela on peut ajouter les modalités de sélection qui vont être plus ou moins bienveillantes avec le fait qu'on a des jeunes qui, par la situation familiale, économique, la maladie, des décès, vont avoir décroché ou qui n'auront pas de notes à cause des professeurs absents. Ça, c'est une réalité.

Les filières sélectives comme les prépas ne vont pas prendre plus de monde l'an prochain que les autres années, cela restera aussi sélectif ?

Vous posez la question des capacités d'accueil et des places et donc de la sélection qui se fait par rapport aux places. On sait que ces dernières années, il y avait déjà une tension qui était assez forte dans toutes les structures de l'enseignement supérieur. C'est aussi la question des moyens qui vont être donnés à l'enseignement supérieur, et notamment à l'université, pour accueillir des jeunes qui eux-mêmes se rendent bien compte qu'ils viennent d'avoir deux années entre la première et la terminale où ils ont eu des cours en pointillés, où ils ont peut-être perdu des méthodes de travail, même pour les meilleurs élèves. La question, c'est vraiment quels moyens les établissements de l'enseignement supérieur vont avoir pour accueillir dans de bonnes conditions des jeunes qui ont déjà eu un parcours sur deux années qui a été assez entamé.

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