Parcoursup : "On observe que les bons candidats avec les bons dossiers sont pris partout, ce sont les rois"

Les lycéens sont triés selon "un certain nombre de critères" et "les écoles et les universités peuvent faire ça un peu comme elles veulent", a affirmé, jeudi, sur franceinfo, Guillaume Ouattara, un étudiant qui s'est plongé dans les algorithmes de la plateforme controversée.

Des élèves en train de consulter le site Parcoursup à Mulhouse (Haut-Rhin).
Des élèves en train de consulter le site Parcoursup à Mulhouse (Haut-Rhin). (MAXPPP)

Très critiquée, la nouvelle plateforme Parcoursup a délivré, depuis mardi 22 mai, une proposition de place dans l'enseignement supérieur à plus de la moitié des 810 000 élèves inscrits. Certains l'accusent de mettre en place une sélection à l'entrée à l'université. Guillaume Ouattara, étudiant en 4e année à l'université de technologie de Compiègne, dans l'Oise, et collaborateur au blog Campus sur Le Monde.fr, a travaillé sur les algorithmes de la plateforme. Pour franceinfo, il décrypte ce système. 

franceinfo : De quoi parle-t-on exactement quand on évoque ces algorithmes ?

Guillaume Ouattara : On parle de deux types d'algorithmes. Il y en a qui vont être utilisés localement dans des universités pour trier les candidats, donc on va prendre un certain nombre de critères, notamment les moyennes des élèves et les appréciations des professeurs - c'est une phase de tri par les universités et par toutes les formations - et il y aussi les algorithmes qui sont sur la plateforme Parcoursup. Parcoursup fonctionne en trois phases. Dans un premier temps, les élèves font leurs candidatures à différents établissements. Dans un deuxième temps, les établissements reçoivent ces candidatures et les trient selon des critères qui leur sont propres. Dans un troisième temps, Parcoursup reçoit le tri des différents établissements et vient faire un tri supplémentaire avant de communiquer l'information aux élèves. Ce tri repose sur deux critères : un taux de boursiers minimum qu'il faut avoir dans la formation - donc on va faire remonter dans la liste des boursiers - et, pour les facs uniquement, faire descendre des personnes qui ne sont pas de l'académie dans la liste.

Pour être clair, un algorithme c'est un mécanisme informatique où ceux qui en ont la charge - les écoles, les universités par exemple - entrent eux-mêmes tous les critères qui vont être pris en compte ?

Les écoles et les universités peuvent faire ça un peu comme elles veulent. Elles développent des outils informatiques quand ce sont des écoles un peu sophistiquées. Sinon, ça peut être un fichier excel où on va juste faire du tri de candidats. Et parfois même, dans certaines commissions, les algorithmes c'était simplement des papiers imprimés qu'on venait empiler les uns sur les autres. À chaque fois, c'est la même idée : mettre une procédure automatisée, des critères, qui permettent d'aboutir à une liste de candidats. Cette année, on a dit aux universités : "Faites exactement ce que vous voulez".

Qu'est-ce qu'il en ressort ?

En fonction des universités, les critères vont être très différents. Par exemple, certaines fac ont décidé de regarder le pourcentage de réussite d'un lycée duquel le candidat vient. Donc, plus le lycée a de bons pourcentages de réussite, plus le candidat, même s'il a une moyenne plus faible que les autres, a de chances d'être pris. Et puis, il y a des critères qui ont un peu fait parler d'eux, ce n'est pas généralisé à Parcoursup mais certaines formations ont, par exemple, décidé de pénaliser les personnes qui avaient déjà redoublé.

Peut-on faite confiance à la machine ?

On peut faire confiance à la machine, mais les règles techniques mises en place posent questions. Par exemple, on se rend compte qu'il y a eu, le premier jour, 400 000 candidats sur liste d'attente et ça c'était prévisible. Ce nombre de candidats en liste d'attente, c'est juste une conséquence d'un choix technique qui est tout simple. Avant, sur APB, les candidats triaient les vœux. Ensuite, dès qu'ils étaient pris dans une formation, ils libéraient tous les vœux qui étaient en-dessous. Là, sur Parcoursup, on a dit qu'on supprimait ce tri de vœux et un même candidat peut être pris dans plusieurs formations. Ce qu'on observe aujourd'hui, c'est que les bons candidats avec des bons dossiers, sont pris partout. Ce sont les rois de Parcoursup. Les autres candidats, pas avec des mauvais dossiers mais juste un peu moins bons, sont pris dans moins de formations. Ce qui est très important de dire aux candidats et aux parents, c'est qu'aujourd'hui si vous n'êtes pas pris dans une formation, ce n'est pas parce que vous êtes mauvais, c'est simplement ce choix technique qui pose question. Ce que j'anticipe aussi, c'est que certains candidats, certaines familles, vont en avoir marre d'attendre. Il risque donc d'avoir un pic de décisions aux mois de juillet et août pour pouvoir prendre un logement étudiant et partir en vacances sereinement. Donc, ceux qui attendront le plus longtemps auront le plus de chance d'avoir la formation qu'ils ont envie de faire.