Manque d'enseignants : "La qualité des candidats recrutés" pour occuper les postes "pose question"

Face au risque de pénurie d'enseignants en septembre prochain, les académies pourraient repêcher les candidats recalés aux concours. Une situation qui inquiéte le professeur des Sciences de l'Éducation à l'université de Rennes 2, Pierre Périer.

Photo d\'illustration d\'une enseignante dans une classe.
Photo d'illustration d'une enseignante dans une classe. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)
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franceinfoRadio France

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L'Éducation nationale risque de manquer d'enseignants à la rentrée prochaine. Tous les postes n'ont pas trouvé preneurs faute de bons candidats. Les résultats des derniers concours le prouvent. Il va manquer d'abord des enseignants en maternelle et à l'école élémentaire. Selon le syndicat d'enseignants majoritaire SNUIpp, 573 postes ne seront pas pourvus. Les académies pourraient donc repêcher les candidats recalés aux concours.

Pierre Périer, professeur des Sciences de l'Education à l'université de Rennes 2, auteur d'une étude pour le conseil national d'évaluation du système scolaire sur l'attractivité du métier de l'enseignement, a estimé samedi 8 juillet sur franceinfo que "la qualité des candidats recrutés" pour occuper les postes "pose question".

franceinfo : Les bas salaires expliquent-ils le manque d'attractivité du métier d'enseignant ?

Pierre Périer : Il y a toute une série de facteurs qui interviennent et qui se combinent. Le salaire en est un, c'est évident, et dès qu'on regarde les débuts de carrières comparativement à d'autres pays d'Europe, on voit que les enseignants débutants français sont plutôt mal classés même si cela s'améliore au cours de la carrière, et finalement, ils terminent plutôt bien par rapport à leurs homologues à l'étranger. Mais ce qui est vrai pour l'affectation des professeurs débutants, dans le secondaire notamment, c'est qu'ils vont dans des académies souvent éloignées de leur domicile où il y a des frais induits de logement et de transport, donc le niveau de salaire n'est sans doute pas attractif.

En fait, on ne manque pas de candidats mais de candidats compétents ?

On manque quand même de candidats par rapport à des ratios entre le nombre de candidats inscrits aux concours et le nombre de postes. Les postes à pouvoir ont augmenté extrêmement vite ces cinq dernières années en raison de la promesse du candidat Hollande à l'époque, qui pourrait être tenue, c'est-à-dire recréer environ 54 000 postes d'enseignants dans l'Éducation nationale. On a eu une croissance très rapide mais du coup les effectifs des candidats n'ont pas suivi parce qu'il faut les former, il faut le temps qu'ils s'orientent vers ces métiers avant d'avoir les viviers suffisants pour avoir les concours. Pour pouvoir occuper tous les postes, ils sont obligés de recruter avec une assiette de niveau plus large, ce qui fait que des candidats plus moyens, voire justes, sont recrutés. On sait ce qui en a été avec ces candidats qui ont été recrutés avec [une note de] moins de 6 dans l'académie de Créteil. Cela pose question sur la qualité des candidats recrutés.

Va-t-on recruter des candidats recalés aux concours cette année ?

On voit bien que, dans les rapports et les études d'inspections, les plus faibles enseignants sont ceux qui viennent temporairement, au dernier moment, et sur des postes vacants, c'est-à-dire les plus difficiles. Même si ce n'est pas satisfaisant, il vaut mieux recruter des enseignants plus faibles qu'on va pouvoir former derrière mais la formation continue est terriblement absente.