Journée de lutte contre le harcèlement scolaire : même à la campagne, les élèves ne sont pas à l'abri

Jeudi se tient la journée de lutte contre le harcèlement à l'école. Reportage dans un collège du nord de la Creuse, qui mène des opérations de sensibilisation.

Une affiche contre le harcèlement à l\'école dans un collège parisien, le 11 octobre 2016.
Une affiche contre le harcèlement à l'école dans un collège parisien, le 11 octobre 2016. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Libérer la parole. C'est l'objectif de la journée de lutte contre le harcèlement à l'école, organisée jeudi 3 novembre. 700 000 élèves français seraient touchés quotidiennement dans leur établissement par des brimades, des moqueries, des mises à l'écart, voire des violences physiques.

Le phénomène touche tous les établissements, petits ou grands, en ville comme à la campagne. Le collège de Châtelus-Malvaleix, un village du nord de la Creuse, ne compte que 144 élèves. L'ambiance y est familiale. Mais comme tous les adolescents de France, ces élèves peuvent raconter des histoires vécues de harcèlement. "Dans mon ancienne école, on insultait tout le temps ma maman. J'ai changé d'école", témoigne un élève.

Des adultes sensibilisés au problème

D'autres adolescents racontent comment ils se sont mis dans la peau du bourreau en lançant des moqueries à un copain ou une copine, devenu la tête de turc de la classe. "Hier, beaucoup de monde l'insultait. Il n'a même pas voulu manger, il pleurait dans son coin tout seul sous la pluie." Juste avant, les élèves s'en étaient pris à lui en lui disant "qu'il n'aurait jamais de copine, qu'il serait toujours puceau."

La cruauté s'empare aussi du physique. Un nez un peu différent peut engendrer des dizaines de moqueries : "Plein de monde qui disait 'tu as un nez trop gros, tu ressembles à Zlatan'", du nom du joueur de foot au profil imposant. Parfois, il suffit qu'une élève soit considérée comme moins jolie aux yeux des autres. "Cette fille était pas très belle, tout le monde se moquait d'elle. Moi aussi, j'étais parti dedans : 'Tu es moche, t'as pas honte de porter ces habits', des choses comme ça." 

Face à ces moqueries récurrentes, Françoise Connay, la principale du collège, entend toujours la même formule : "C'est pour rigoler, Madame". La dirigeante de l'établissement sait qu'elle n'est pas à l'abri de débordements : "Ce n'est pas parce qu'on est un petit collège rural que nos élèves ne vont pas être capables d'être témoins, victimes ou auteurs, un jour, dans leur scolarité."

Des ateliers pour les élèves de cinquième

Ainsi, l'an dernier, un professeur d'anglais a tiré la sonnette d'alarme après avoir discuté avec l'un de ses élèves harcelé en classe de quatrième. Depuis, l'équipe enseignante a décidé de sensibiliser les adultes à repérer ces cas : "Les agents de la cantine nous signalent par exemple si certains élèves sont font piquer leur dessert ou tremper leur pain dans l'eau un peu trop souvent", explique Françoise Connay. 

Le travail de sensibilisation concerne aussi les élèves. Chaque vendredi après-midi, l'unique classe de cinquième participe à un atelier. Sandrine Fouquet, une juriste du Palais de justice de Guéret, intervient ce jour-là auprès de ces élèves pour leur parler de cyberharcèlement. "Le problème, c'est que le harceleur, parfois, n'imagine pas que ce qu'il fait est grave. Il est derrière son téléphone ou son ordinateur. C'est normal que cela soit sanctionné." 

Du côté des élèves, la leçon rentre progressivement dans les têtes. "Le harceleur risque de payer une amende, d'aller en prison. La victime, elle, risque de se suicider ou de se mettre dans un coin pendant la récréation", résume une élève, comme si elle récitait une leçon. Toute la difficulté pour ces jeunes est  d'évaluer la gravité de leurs actes

"Dénoncer, ce n'est pas être une balance"

"Traiter l'autre de noms d'oiseaux, le menacer de mort, on dit 'C'est pas grave, ce sont des mots, des paroles', rappelle la juriste Sandrine Fouquet aux élèves. Mais non, ça a une qualification juridique. C'est un délit, il y a une sanction à côté" qui peut atteindre plusieurs milliers d'euros et jusqu'à 18 mois de prison"Je ne me rendais pas compte de la gravité au début. Je ne pensais pas que nous, les enfants, on pouvait aller en prison", réagit une élève de cinquième.

Souvent, les élèves touchés par le harcèlement n'ont pas les épaules pour réagir seuls. Pour inciter les adolescents à parler du problème aux adultes, le collège a institué une règle : "Dénoncer, ce n'est pas être une balance". Depuis, Françoise Connay estime que la situation s'est améliorée : "On a mis des mots sur des situations qu'ils n'envisageaient pas, ou qu'ils n'avaient pas envie de voir. Cela a fait beaucoup de bien."

Dans les prochaines semaines, les élèves de cinquième réaliseront un court-métrage sur le harcèlement. En attendant, à l'occasion de cette journée de lutte contre le harcèlement à l'école, ils vont aller au-devant de leurs camarades du collège pour les sensibiliser davantage sur ce sujet.

Reportage de Solenne Le Hen dans un collège de la Creuse
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