Grand oral du bac 2021 : jurys absents, retards, remplacements... Lycéens et professeurs racontent les couacs de la première journée

Les premiers élèves ont passé lundi l'épreuve phare de la réforme de Jean-Michel Blanquer. Mais pour plus d'un, ce grand oral ne s'est pas déroulé comme prévu.

Article rédigé par
Charlotte Causit - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
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Des lycéens passent une épreuve du baccalauréat à Strasbourg (Bas-Rhin), le 17 juin 2021. (FREDERICK FLORIN / AFP)

Les élèves passant le bac ont commencé à faire connaissance avec une nouvelle épreuve qui a déjà fait beaucoup parler d'elle : le grand oral. Du lundi 21 juin au 2 juillet, plus de 525 000 candidats des filières générales et technologiques doivent passer devant un jury composé de deux professeurs pour vingt minutes de présentation et d'échanges.

Néanmoins, à peine une heure après le lancement de ces deux semaines d'oraux, les premières critiques venue d'élèves et d'enseignants sont apparues : jurys absents, convocations de dernière minute, retards conséquents, manque de préparation logistique, etc. La liste des griefs exposés sur les réseaux sociaux s'est allongée d'heure en heure. Si des lycéens ont pu passer leur oral à l'heure convenue et dans la sérénité, d'autres expliquent avoir baigné dans l'incertitude durant toute une demi-journée. Certains affirment même être rentrés chez eux sans avoir pu passer l'épreuve.

"C'était la désorganisation la plus totale"

Arrivée à 7h30 devant les grilles de son établissement à Lambersart (Nord), Célia, lycéenne en terminale générale, dit avoir compris que son examen ne se passerait pas comme prévu "quand l'horloge a sonné à 8 heures et qu'on a vu tous les autres groupes partir, sauf le nôtre". Après environ une heure d'attente, son principal lui a donné la raison du problème. "Il manquait le jury de spécialité dans mon groupe", relate-t-elle à franceinfo. La direction s'est alors démenée pour trouver un remplaçant, extérieur à l'établissement et disponible à la dernière minute, parvenant à "trouver un professeur de philosophie qui est arrivé à 9h20".

Cette situation est loin d'être un cas unique, assure Sophie Vénétitay, professeure de sciences économiques et sociales dans un lycée de l'Essonne : "C'était la désorganisation la plus totale avec des jurys qui étaient incomplets ou non conformes aux textes, car composés de professeurs de même discipline", expose la secrétaire générale adjointe du syndicat enseignant SNES-FSU. Elle dénonce un dysfonctionnement majeur dans l'envoi des convocations : "En Ile-de-France, certaines ont été reçues par mail dans la nuit de vendredi à samedi. Des collègues ont aussi été appelés lundi matin pour se faire dire qu’on les attendait dans tel établissement". 

"On a le droit à la déconnexion quand même !"

"Dans ces conditions, ce sont les jeunes qu’on ne respecte pas", s'agace Vincent Perlot, professeur d'histoire et représentant du syndicat SNES-FSU Lille. L'enseignant ne décolère pas après sa journée d'examen, alors que plus de 100 appels d'enseignants déroutés ont été reçus, selon lui, au standard lillois du syndicat dans la journée. "Qu'on n’aille pas nous dire que le grand oral s'est bien passé. Cela fait trente ans que je fais passer des examens, et je n'ai jamais vu cela. Des convocations envoyées par mail à 15 heures, le samedi, c'est irrespectueux, déplore-t-il. On a le droit à la déconnexion quand même !". 

Lui-même convoqué comme jury à Valenciennes (Nord), Vincent Perlot a connu un problème différent. Son binôme d'examen était bien présent, mais aucun des deux professeurs n'enseignait les spécialités qu'ils devaient évaluer (les sciences et technologies de laboratoire). La direction de l'établissement a donc dû trouver un enseignant spécialiste pour permettre la tenue des oraux. "Je me suis levé à 5h40 du matin pour constater que les jurys n’étaient pas organisés", lâche-t-il avec amertume.

"Un stress énorme"

Grâce aux efforts du personnel enseignant et administratif, la grande majorité de ces oraux a néanmoins pu se tenir, malgré les retards. Lisa*, lycéenne à Berck (Pas-de-Calais), également confronté à l'absence d'un des deux jurys, a finalement pu passer son oral et sourit à l'idée d'être enfin en vacances. Mais elle aurait volontiers évité cet imprévu : "Même si on a été super bien accompagnés par nos surveillants et les professeurs qui étaient présents, on a quand même attendu huit heures sans savoir si on pourrait passer ou si on allait encore attendre. Bien sûr que cela m'a perturbée."

Ces situations ont "créé un stress énorme", déplore Mathieu Devlaminck, président de l'Union nationale lycéenne (UNL). "On sait qu'il s'agit d'une épreuve orale, ce qui est déjà très stressant pour les élèves, et en plus de cela on rajoute par-dessus des problèmes logistiques...". "On a pu voir des élèves à bout de nerfs (...) La gestion de cette journée a été absolument catastrophique", ajoute-t-il.

Les raisons de stresser étaient déjà nombreuses pour cette première génération du "bac Blanquer". Les deux dernières années ont fortement été perturbées par la pandémie et une "impression de flou" entourait ce grand oral, rapporte Martin, lycéen dans les Ardennes, épargné par les couacs lors de son examen lundi matin.

Un effet loupe sur des cas isolés, selon le ministère

Pour les syndicats d'enseignants, il était possible d'anticiper beaucoup mieux ces situations. Ils avaient déjà fait part de leur "vive inquiétude" aux autorités compétentes, rappelle Sophie Vénétitay. Le nombre de professeurs convoqués, anormalement bas, avait notamment mis la puce à l'oreille des établissements et des organisations syndicales. Contacté par franceinfo, le ministère de l'Education nationale a confirmé que certains cas problématiques ont été signalés, mais a souligné qu'il ne disposait pas de remontées suffisantes mardi matin pour évaluer l'ampleur de ces incidents.

Par ailleurs, le ministère a expliqué avoir eu connaissance d'incidents techniques ayant entravé le travail du SIEC (Service interacadémique des examens et concours), plus particulièrement l'acheminement des convocations. Cependant, il met en garde contre un éventuel effet grossissant de ces événements isolés.

* Le prénom a été modifié

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