Education : le rapport de deux députées reste en travers de la gorge de plusieurs enseignants

Aurore Bergé est l'une des rapporteures d'une mission parlementaire sur les relations entre écoles et parents d'élèves. Ses recommandations ont suscité la critique de nombre de membres du corps professoral sur Twitter. 

La députée La République en marche des Yvelines Aurore Bergé, le 17 octobre 2017 au palais de l\'Elysée, à Paris. 
La députée La République en marche des Yvelines Aurore Bergé, le 17 octobre 2017 au palais de l'Elysée, à Paris.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

Les enseignants sont-ils trop déconnectés de la réalité sociale de leurs élèves ? Sont-ils trop éloignés des familles de ces jeunes ? En tentant d'apporter des réponses à ces questions, les députées Aurore Bergé (La République en marche) et Béatrice Descamps (UDI, Agir et indépendants) ont provoqué une vive polémique dans le milieu éducatif. Depuis la publication de leurs recommandations, mercredi 31 janvier, les messages de critiques et de dénonciation se multiplient sur Twitter.   

Des professeurs trop éloignés des réalités des élèves et de leurs parents 

L'un des constats présentés, mercredi, par Aurore Bergé et Béatrice Descamps à l'issue de cette mission est celui d'un "éloignement sociologique croissant entre le personnel enseignant et les familles les plus modestes""Les jeunes enseignants sont, plus qu'auparavant, issus des classes les plus favorisées de la population française", assurent les rapporteures de la mission.

Lorsqu'ils sont affectés dans des quartiers difficiles, ils n'en sont le plus souvent pas originaires, ils n'en connaissent pas les spécificités et vivent de moins en moins là où ils enseignent.Aurore Bergé et Béatrice Descamps, députées

Les élues préconisent ainsi, pour les professeurs débutants, d'avoir une meilleure connaissance de "la sociologie du quartier" dans lequel ils enseignent. Car ces différents facteurs d'"éloignement sociologique" "conduisent à un éloignement croissant entre enseignants et parents, qui ne facilite pas la compréhension des uns et des autres et un traitement d’adulte à adulte", martèlent Aurore Bergé et Béatrice Descamps. 

Elles invitent les enseignants à éviter un "vocabulaire qui donne très vite l'image d'une 'boîte noire'", une "opacité involontaire" qui entraînerait la méfiance des parents, ou encore des remarques "stigmatisantes".

Il reste crucial d’accueillir à l’école tous les parents à égalité, sans risque de stigmatisation même en voulant bien faire (...) Les familles ne peuvent plus être considérées comme suspectes.Aurore Bergé et Béatrice Descamps, députées

"La misère sociale, c'est vous, les politiques, qui la fabriquez"

Parmi leurs préconisations, les députées LREM et UDI-Agir et indépendants suggèrent la formation de tout enseignant commençant un poste dans une nouvelle école "à la communication à destination des parents", ou encore des "rituels positifs" pour inclure davantage les parents, tels qu'une "semaine du goût"  à l'école, permettant à "chaque parent d'apporter une spécialité culinaire de son pays"

Des recommandations qui ont rapidement suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, en particulier de la part de professeurs. Avec le hashtag #RapportBergé, nombreux sont ceux qui ont pris la parole pour répondre à l'idée qu'ils seraient "éloignés" sociologiquement de leurs élèves et des quartiers défavorisés où ils peuvent enseigner. 

L'un d'entre eux a raconté sur Twitter sa semaine d'enseignant et les réalités sociales auxquelles il est confronté au quotidien. Son message a été retweeté et liké plus de 1 700 fois. 

L'enseignant évoque ainsi l'histoire de "S.", "arrivée en France quand elle avait 6 ans". "Dans une rédaction, l'an dernier (je l'avais aussi l'an dernier), elle avait écrit un très beau texte qui racontait sa bataille pour apprendre à lacer des chaussures." "J'espère que demain (...) je pourrai passer vingt minutes avec elle pour reprendre deux points précis. Mais elle a 27 condisciples : ce sont les budgets que vous votez", écrit-il à Aurore Bergé et Béatrice Descamps. 

D'autres, ironiques, n'ont pas manqué d'humour pour répondre aux remarques d'Aurore Bergé et de Béatrice Descamps.