La France 25e du classement Pisa : pourquoi il ne faut pas (trop) paniquer

La France perd trois places dans cette enquête internationale de l'OCDE portant sur les performances des élèves de 15 ans, conduite en 2012.

Des lycéens nantais lors d\'un examen, en janvier 2012.
Des lycéens nantais lors d'un examen, en janvier 2012. (ALAIN LE BOT / PHOTONONSTOP / AFP)

Les résultats s'annonçaient mauvais et la prédiction s'est vérifiée. La France perd trois places et chute au 25e rang du classement Pisa (lien PDF), l'enquête internationale de l'OCDE portant sur les performances des élèves de 15 ans, conduite en 2012 dans 61 pays et 4 villes.

Dans le précédent Pisa 2009, auquel 75 pays et villes avaient participé, la France occupait la 22e place dans le classement global des compétences, à quelques encablures de l'Allemagne, qui la devance désormais, puisqu'elle occupe la 16e place. Soit derrière l'Estonie, la Pologne, le Vietnam, l'Australie, l'Irlande ou encore la Slovénie. 

Ces conclusions étaient très attendues par les gouvernements pour mesurer l'efficacité de leur système éducatif et éclairer leurs choix. Francetv info revient sur des conclusions à prendre avec précautions. Car il faut :

1Nuancer la performance 

L'étude, menée tous les trois ans depuis 2000, est centrée en priorité, dans sa dernière édition, sur l'apprentissage des mathématiques. Et dans ce domaine, la "performance" des élèves français a diminué de 16 points entre 2003 (511) et 2012 (495). La mauvaise note a fait passer la France, en seulement neuf ans, de la catégorie des pays dont la performance est supérieure à la moyenne de l'OCDE à celle des pays dont la performance est située dans la moyenne de l'OCDE (494 dans l'étude 2012). Il y a, note l'étude, "beaucoup plus d'élèves en difficulté (...), ce qui sous-entend que le système s'est dégradé principalement par le bas entre 2003 et 2012".

Or, les petits Français ne sont pas à la peine partout. S'agissant de la compréhension de l'écrit, les résultats de la France sont meilleurs (505 points contre 496 dans Pisa 2009), au-dessus de la moyenne des pays de l'OCDE (496). Une amélioration observée depuis 2009 après un recul sensible dans les études 2003 et 2006.

2 Se remettre en question 

Néanmoins, l'OCDE souligne, comme dans les autres matières étudiées, le creusement du fossé entre "très bons" et "très mauvais" élèves. "Le problème de la France n'est pas sa situation" qui reste "celle d'un pays moyen" mais le fait qu'il y a "énormément d'inégalités", note Eric Charbonnier, spécialiste de l'éducation à l'OCDE. "La corrélation entre le milieu socio-économique et la performance est bien plus marquée que dans la plupart des pays de l'OCDE", s'inquiète l'enquête.

"Lorsqu'on appartient à un milieu défavorisé, on a aujourd'hui clairement moins de chances de réussir qu'en 2003". Réussir son cursus est d'autant plus difficile pour "les élèves issus de l'immigration." 

Fin octobre, Vincent Peillon, le ministre de l'Education, avait déjà affirmé que l'enquête Pisa révèlerait que les "écarts" en France entre les élèves qui réussissent et ceux qui sont en grande difficulté s'étaient "accrus dans des proportions qui sont inacceptables". "(...) C'est terrible pour nous tous, c'est le pays dans lequel les inégalités sociales et scolaires s'accroissent le plus. On laisse sur le côté 25% de notre jeunesse", rapportait-il dans Les Echos.

3S'interroger sur les solutions possibles

"La France décroche totalement, dans les performances de ses élèves. Sur dix ans. Et sur un certain nombre de compétences, ça devient dramatique. Ce n'est pas seulement la lecture. Ce sont les mathématiques. C'est la confiance des élèves en eux-mêmes", déplorait Vincent Peillon, fin octobre. 

Cependant, Eric Charbonnier estime que "la France est en train d'activer des pièces du puzzle". Pour l'expert, "la réforme des rythmes scolaires, cinq matinées de classe au lieu de quatre, ça va dans le bon sens", tout comme la nouvelle formation des enseignants. Lui préconise de relancer la formation continue, de réfléchir à l'accompagnement des jeunes enseignants et de trouver des alternatives pédagogiques au redoublement.

4 Questionner la méthodologie

Comme le préfigurait Pisa 2009, les Asiatiques se distinguent dans le classement de tête. Il faut noter que cette liste des bons élèves n'étudie pas la Chine dans sa globalité, mais isole certaines villes.

Première, la ville de Shanghai accumule 613 points en mathématiques. Derrière elle, la cité-Etat de Singapour (573) et la ville chinoise de Hong Kong (580), suivis de la Corée du Sud, de Macao (également ville chinoise) et du Japon. Les premiers pays européens du classement sont le Liechtenstein (8e), la Suisse (9e) et les Pays-Bas (10e).