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Clusters, amphis surchargés et fermetures de classes... Face au Covid-19, la rentrée universitaire connaît déjà des tensions

Les cours reprennent à peine que plus d'une dizaine de clusters ont déjà été identifiés au sein de certains établissements d'enseignement supérieur. Le syndicat étudiant Unef pointe du doigt une gestion défaillante de la part du ministère.

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France Télévisions
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Rentrée universitaire sur le campus de Pessac, près de Bordeaux (Gironde), le 9 septembre 2020 (VALENTINO BELLONI / HANS LUCAS / AFP)

Toulouse, Montpellier, Rennes, Lille, Lyon, Strasbourg ou encore Nantes... Partout sur le territoire, les universités et les grandes écoles sont confrontées à la multiplication des cas de coronavirus alors que la rentrée étudiante débute à peine. "Parmi les étudiants qui viennent de rentrer dans nos murs, nous avons eu d'abord quelques cas de Covid-19 déclarés. Puis les autres étudiants se sont mis à faire des tests et nous découvrons que nous avons beaucoup de cas", explique Laurent Champaney, vice-président de la Conférence des grandes écoles et directeur général de l'Ecole nationale supérieure des arts et métiers.

Plus d'une dizaine d'établissements font d'ores et déjà face à une circulation active du virus, comme l'a confirmé la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, Frédérique Vidal, dimanche 13 septembre. Une liste qui s'allonge chaque jour un peu plus. Ces clusters contraignent les chefs d'établissement, sur "ordre du préfet", à fermer certaines classes et à réinstaurer temporairement les cours à distance. En cette rentrée particulière, plus de 2 783 000 étudiants sont attendus, indique le ministère.

"Le problème de la propagation du virus, c'est la sphère privée"

"Notre 'cas zéro' est apparu lors d'une soirée privée entre étudiants à Lyon, deux jours avant la rentrée. Une trentaine de personnes étaient présentes", relate Frank Debouck, directeur de l'Ecole centrale de Lyon (Rhône). Il se dit "convaincu" que la contamination a eu lieu dans la sphère privée puisque, dès fin juin, "toutes les soirées et week-ends d'intégration prévus ont été annulés". Sur les 1 500 élèves que compte le campus, moins de 5% sont actuellement contaminés, selon son directeur.

Ce sont plutôt des deuxième année qui sont touchés. Je pense qu'ils étaient très heureux de se retrouver après une longue période d'isolement et cette joie de vivre provoque de très grandes rencontres.

Frank Debouck, directeur de l'Ecole centrale de Lyon

à franceinfo

Ces clusters n'ont pas entraîné la fermeture totale des établissements concernés mais uniquement celle de certaines classes, comme à la faculté de médecine à l'université Rennes 1 (Ille-et-Vilaine). "Parmi les 35 cas détectés positifs, on trouve essentiellement des étudiants en deuxième et troisième année. Ils ont été placés en isolement sept jours et suivent les cours en distanciel", précise le doyen, Eric Bellissant. Au total, 490 étudiants sont concernés. Ils doivent être dépistés dans la semaine grâce à un partenariat avec le CHU de Rennes, qui a débloqué des places dans un de ses centres de dépistage en drive-in. "La suite va dépendre des résultats", explique Eric Bellissant, qui se montre "relativement serein". "Soit nous réorganisons les cours en présentiel, soit nous continuons pour une semaine les cours en distanciel".

Toutes les directions interrogées par franceinfo indiquent avoir intégré dans leur protocole de rentrée la possibilité d'un retour de l'enseignement à distance. Elles assurent également que les gestes barrières sont respectés au sein de leur établissement. "Le problème de la propagation du virus, c'est la sphère privée", affirme Laurent Champaney. "En résidence, ils sont chez eux et se rassemblent comme bon leur semble dans les chambres. Nous ne pouvons pas intervenir." 

"La rentrée universitaire a été mal préparée"

Du côté de l'Union nationale des étudiants de France (Unef), désigner les soirées privées comme la seule source du problème ne passe pas. "Ok, nous sommes face à des étudiants qui n'ont pas eu de liens sociaux pendant des mois, comme nous tous d'ailleurs. Mais c'est les infantiliser que de tout reporter sur les soirées privées qui se déroulent en dehors des écoles", tempête Mélanie Luce, présidente de l'Unef. Pour elle, "la rentrée universitaire a été mal préparée""Enormément d'étudiants n'ont pas été informés sur la manière dont allait se dérouler leur rentrée. Et une fois entassés dans les amphis, c'est un peu compliqué de respecter les gestes barrières." 

Mélanie Jaoul, maîtresse de conférences en droit à l'université de Montpellier (Hérault), a soulevé le même problème sur Twitter. Malgré les masques et le gel, il est difficile d'assurer une distanciation dans un amphithéâtre "plein comme un œuf".

Toujours sur les réseaux sociaux, sous le mot-dièse #BalanceTaFac, certains étudiants ont publié des photos d'amphithéâtres bondés.

Selon la présidente de l'Unef, également étudiante en droit à l'université Paris 2 Panthéon-Assas, le ministère n'a pas assez accompagné "socialement" la population étudiante. "Un grand nombre d'entre eux sont précaires et n'ont pas les moyens de respecter les gestes barrières. Il est nécessaire de rendre les masques gratuits et en quantité suffisante car, souvent, l'étudiant garde le même toute la semaine, qui ne protège plus, et le lave uniquement en rentrant chez lui le week-end."

Mélanie Luce affirme également qu'environ 40% de la population étudiante renonce aux soins, faute de moyens, et estime que le ministère n'a pas porté une "attention spécifique" à la question santé chez les jeunes. 

Si les étudiants ne sont pas pris en charge, accompagnés, cela les encourage à ne pas se faire tester ni à faire attention. Il est nécessaire de leur faciliter l'accès à des tests et au médecin.

Mélanie Luce, présidente de l'Unef

à franceinfo

Si l'Unef salue les dispositifs mis rapidement en place dans les établissements ayant des clusters, le syndicat déplore le manque général d'accompagnement pour les étudiants qui se signalent comme des cas contacts ou avérés. "Cela devient anxiogène quand on dit aux étudiants de se signaler mais qu'on ne leur propose aucune mesure pour suivre leurs cours en distanciel", constate Mélanie Luce. "La semaine dernière, j'étais en rattrapage dans ma fac. Pour les cas avérés ou contacts, on leur a répondu de ne pas venir aux rattrapages sans leur proposer d'alternative. Résultat, ils sont obligés de redoubler leur année. Ce n'est pas possible."

Des solutions rapides et concrètes attendues

En attendant la réouverture des classes et le retour des étudiants isolés, les directions des établissements se mettent en ordre de bataille pour sensibiliser les jeunes au risque sanitaire, en s'appuyant sur les associations étudiantes présentes sur les campus. "Cet événement va finalement être un levier pour nous", assure le doyen de la faculté de médecine de Rennes 1. "Nous allons former les présidents de corporation afin qu'ils jouent un rôle de relais, et ainsi faire passer le message qu'en tant que futurs professionnels de santé, les étudiants doivent être exemplaires." 

L'Unef, elle, reste vigilante quant aux futures solutions apportées par le ministère de l'Enseignement supérieur. "Il faut arrêter les mesures de façade. Si, en juillet, on avait communiqué sur les dispositions à mettre en œuvre, nous n'en serions pas là aujourd'hui", analyse Mélanie Luce. Sollicité, le ministère n'avait pas répondu au moment de la publication de cet article.

Reçue lundi avec d'autres organisations étudiantes par le chef de cabinet de Frédérique Vidal afin "de travailler à des solutions", l'Unef a demandé le financement de contractuels pour un dédoublement des classes afin de respecter la distanciation physique en cours, ainsi qu'un cadrage national quand la distanciation ne peut pas être respectée dans les amphithéâtres. Surtout, l'organisation étudiante attend une procédure "claire" de prise en charge des cas avérés et des cas contacts avec la mise en place automatique de cours en distanciel.

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