Parcoursup : les bac pro et bac techno sont ceux "qui sont le plus en difficulté", selon la Fage

Selon Jimmy Losfeld, président du premier syndicat étudiant de France en nombre d'élus aux instances étudiantes, Parcoursup ne règle pas la question des formations sélectives.

La plate-forme Parcoursup (illustration).
La plate-forme Parcoursup (illustration). (STÉPHANIE PERENON / FRANCE-BLEU BOURGOGNE)

Lancée en janvier 2018 à la suite de la loi Orientation et réussite des étudiants, la nouvelle plateforme d'orientation Parcoursup devait résoudre les problèmes de l'ancien système Admission post bac. Cependant, en ce mois de juillet, 80 000 étudiants sont toujours en attente d'une formation, le même nombre que l'année dernière avec APB.

Président de la Fage, le premier syndicat étudiant de France en nombre d'élus aux instances étudiantes, qui a soutenu la réforme, Jimmy Losfeld a concédé sur franceinfo ce mercredi qu'il "n'y a pas beaucoup de mieux", "d'un point de vue technique". Sur les recalés de Parcoursup, il assure que ce sont les bac pro et de bac techno "qui sont le plus en difficulté".


franceinfo. Vous avez soutenu la réforme du dispositif, mais aujourd'hui, ne peut-on pas dire "tout ça pour ça" ?

Jimmy Losfeld. D'un point de vue technique, effectivement, il n'y a pas beaucoup de mieux. Par contre, je tiens à rappeler que nous avons 687 000 candidats qui ont reçu une proposition et qui ont validé un vœu. Nous sommes donc quand même à plus de 85%. On est quand même loin des discours qu'on entendait le 22 janvier, au lancement de la plateforme, où on nous disait que cela allait être la catastrophe. Donc aujourd'hui, la plateforme est fonctionnelle, mais d'un point de vue technique, ce n'est pas satisfaisant. Par contre, pourquoi a-t-on mis en place cette réforme ? Pourquoi est-ce que cette réforme elle était importante ? Parce que on a fait un constat d'échec d'un système, notamment lié à une mauvaise orientation, notamment lié à un échec massif en licence. Donc Parcoursup, la plateforme d'orientation, ce n'est qu'un petit élément de la réforme.

Mais il y a quand même des dizaines de milliers de jeunes qui passent des vacances très peu sereines...

Oui, on en a autant que l'année dernière. Sauf que ce chiffre de 80 000 est à nuancer, parce qu'il faut savoir que sur Parcoursup, pour le moment, il n'y a pas toutes les formations, ce qui fait que des étudiants qui ont été acceptés dans les instituts de soins infirmiers, à Sciences Po ou dans d'autres formations qui ne sont pas sur Parcoursup, et qui ne se sont pas désinscrits de la plateforme, apparaissent dans ces 80 000 là, alors qu'ils ont une formation.

Alors qui sont ceux qui attendent encore, en dehors de ces cas précis ?

À la Fage, on a lancé Sos-Parcoursup.org, une plateforme pour accompagner les candidats qui sont dans le besoin, et on remarque qu'il y a quand même beaucoup de bac pro et de bac techno qui aspirent à s'inscrire en BTS et en IUT, donc des formations sélectives, ou alors qui n'ont subi que des refus. C'est un scénario qu'on avait anticipé parce que malheureusement Parcoursup ne règle pas la question des formations sélectives qui je vous le rappelle constituent 40% de notre enseignement supérieur. Ces jeunes-là sont ceux qui sont le plus en difficulté. (...) On avait apporté une réponse dans la réforme, que la Fage avait proposé, c'est la possibilité d'avoir des commissions d'affectation, présidées par le recteur d'académie qui proposent à ces jeunes en attente ou refusés partout des formations. Elles existent, mais force est de constater, et là c'est un appel que je fais aussi au ministère, qu'elles ne fonctionnent pas assez bien, il y a seulement 14 000 candidats qui sont accompagnés sur les 70 000 que vous évoquiez.

Plusieurs organisations, dont l'autre syndicat étudiant, l'Unef, ont saisi hier le Défenseur des Droits pour demander la transparence sur les algorithmes locaux utilisés par les établissements pour classer les dossiers. Pourquoi ne vous associez-vous pas à cette démarche ?

Si, c'est une démarche que je soutiens fondamentalement.

Mais vous n'avez pas saisi le Défenseur des droits avec l'Unef...

Non, mais s'il y a des doutes, je pense qu'il faut les lever. Il y a eu beaucoup de doutes par rapport à une nouveauté de la réforme, ce sont les quotas de mobilité. Autrefois, il y avait une priorité académique, une priorité au jeune qui s'inscrit dans une même académie. Aujourd'hui on a mis en place la possibilité d'avoir un pourcentage de mobilité, donc un jeune qui est hors académie, qu'il puisse venir dans une autre académie. C'est le cas notamment en Île-de-France et dans le reste de la France par ailleurs. Sous couvert de cet élément-là, on a dit qu'il y aurait une discrimination des jeunes de banlieue qui voudraient changer d'académie, aller dans Paris intra-muros notamment. Mais ce n'est pas vrai, parce que pour la première fois, grâce à ces quotas mobilité, on va pouvoir enfin permettre à des jeunes d'avoir une mobilité donc c'est une nouveauté. Le sujet, il n'est pas sur Parcoursup, cette nouveauté qui est une mesure de justice sociale, il est sur le curseur.