Manque de parité dans les médias : "C'est aussi une question de stéréotypes et de confiance en soi", pointe Lauriane Delanoë du site Les Expertes

Selon la cheffe de projet de l'annuaire d'expertes en ligne, les femmes s'interrogent plus souvent que les hommes sur leur légitimité. Elle enjoint les journalistes à prendre le temps de "les rassurer".

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Radio France
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Illustration de la présence des femmes à la télévision. (LIONEL VADAM  / MAXPPP)

Les femmes n'ont représenté 41% des personnes présentes à la télévision et à la radio en 2020 et ont occupé 35% du temps de parole, selon un rapport publié jeudi 4 mars par le CSA. Ce manque de parité dans les médias "est aussi une question de stéréotypes" et de "confiance en soi", explique sur franceinfo Lauriane Delanoë, cheffe du projet des "Expertes", un site internet qui répertorie les femmes ayant une expertise dans un domaine. "Les femmes sont dans la société à peu près à parité avec les hommes. Pourquoi d'un coup dans les médias on ne les voit pas ?", s'interroge Lauriane Delanoë.

franceinfo : Qu'est-ce que c'est "les Expertes", c'est un lobby ?

Lauriane Delanoë : C'est un service d'utilité publique, c'est un site internet, un annuaire d'expertes, on a 4 450 expertes recensées. Et l'intérêt pour les journalistes, c'est qu'il y en a sur tous les sujets, en une simple recherche ils ont accès aux coordonnées de ces expertes pour pouvoir les contacter, les interviewer.

Votre message c'est de dire aux femmes "n'ayez pas peur, vous aussi pouvez dire n'importe quoi sur les plateaux comme les hommes" ?

Après tout, oui on pourrait dire ça comme ça. Moi j'ai été journaliste et on le constate.

Souvent on appelle des femmes et elles répondent : "Bah non, je ne suis pas sûre d'être la mieux placée", alors qu'un homme va moins se poser la question en général.

Lauriane Delanoë

à franceinfo

Alors que moi je vois passer les fiches de ces expertes et je vous assure qu'elles sont légitimes. C'est une question aussi de confiance en soi et aussi peut-être dans le rapport des journalistes et des équipes de programmations. Quand on contacte une femme pour l'inviter, si on sent qu'elle dit "peut-être que je ne suis pas la mieux placée, expliquez-moi un peu plus", on va se dire qu'elle n'est pas sûre d'elle et on va aller voir ailleurs. Alors que moi je pense qu'il faut prendre le temps d'expliquer peut-être une ou deux minutes en plus, et la rassurer aussi pour qu'elle se dise si, ça rentre dans son champ d'expertise et elle peut répondre à cette interview.

Une expertise plus féminisée c'est un enjeu de pouvoir ?

Il y une réalité en France : dans les postes de décisions, de direction, les présidences, dans les directions d'hôpitaux les syndicats etc, c'est encore majoritairement des hommes qui sont aux responsabilités, donc forcément quand les médias cherchent une personne pour parler avec une position légitime on va plus facilement parler à des hommes parce qu'ils sont majoritaires dans ces postes-là. Mais il y a aussi la question des représentations sociales et des stéréotypes. S'il y a cette idée que la parole d'un homme est plus crédible et que l'homme a plus confiance en lui et donc va plus facilement dire "oui", un homme va alors être invité sur un média et les autres journalistes d'autres chaînes vont voir qu'il parle bien et vont l'inviter aussi.

Est-ce qu'il y a une façon féminine ou masculine de parler d'une crise sanitaire ou d'une épidémie ?

L'idée n'est pas que toutes les femmes vont avoir la même parole, pas du tout. L'idée c'est qu'elles ont mené des recherches, elles savent de quoi elles parlent, soit par leurs recherches soit par leur exercice en tant que médecin par exemple. Elles ne diront pas toutes la même chose et pas de la même manière. C'est juste que les femmes sont dans la société à peu près à parité avec les hommes. Pourquoi d'un coup dans les médias on ne les voit pas ?

Faut-il aller jusqu'à imposer une parité des interlocuteurs interrogés dans les médias ?

Il me semble qu'il y a déjà cet objectif par exemple à Radio France d'ici fin 2022 et dans autres médias aussi. Il faut en tout cas mesurer et prendre conscience qu'on n'est pas encore à l'égalité.

L'égalité ça ne se décrète pas avec des grandes phrases, il faut avoir des outils de mesures, et avoir une politique volontariste dans le choix des personnes qu'on contacte, c'est vrai pour les femmes et les hommes, c'est vrai sur tous les sujets, sur la question de l'âge, sur l'origine sociale.

Lauriane Delanoë

à franceinfo

C'est une question de diversité pour représenter la société dans les médias. Et que le débat public s'enrichisse des paroles des uns et des autres et des unes et des autres.

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