Journée internationale de l’hygiène menstruelle : Les règles "encore vues par plus de la moitié des Français comme un tabou", selon l’association "Règles élémentaires"

La directrice de cette association pionnière dans la lutte contre la précarité menstruelle estime que la douleur et le besoin d'équipement ne sont pas suffisamment pris en compte dans les milieux scolaires et professionnels.

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Radio France
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Photo d'illustration. (JEAN-FRANCOIS FORT / HANS LUCAS)

"Les règles sont encore vues par plus de la moitié des Français comme un tabou ou une honte", regrette sur franceinfo, samedi 28 mai, journée internationale de l'hygienne menstruelle, Maud Leblon, directrice de l’association Règles élémentaires qui lutte contre la précarité menstruelle. L’association organise ce week-end le 1er Festival Sans gêne à Paris afin de mettre en avant les défis écologiques liés aux règles et d'informer sur la perception des règles à travers l’histoire.

>> Une femme sur cinq a déjà été confrontée à la précarité menstruelle, selon une étude

franceinfo : Près de 500 distributeurs de serviettes et de tampons ont été installés dans les universités, sur les 1 500 promis par le gouvernement. Est-ce que vous demandez à ce que ce déploiement s'accélère et peut être au-delà des universités ?

Ce qu'on demande c'est d'apporter une solution aux deux millions de femmes qui sont en situation de précarité menstruelle en France. Une grande partie concerne les étudiants et les étudiantes, mais aussi des femmes précaires, des collégiennes, des lycéennes. Ce qu'on souhaite c'est une mise à disposition massive et gratuite pour toutes les personnes qui en ont besoin et donc principalement dans les lieux publics, les centres d'hébergement et les collèges, lycées, universités.

Est-ce qu'il y a d'autres moyens d'aider ces femmes ? Plus d'une étudiante sur dix a déjà dû choisir entre des protections pour les règles et des produits de première nécessité. Comment les aider au-delà de ces distributeurs ?

Effectivement, il y a d'autres solutions, et notamment pour les étudiantes, ce qu'on encourage c'est l'utilisation, la mise à disposition, de protections réutilisables. C’est une solution à la précarité menstruelle et une solution écologique plus acceptable. Après, c'est un budget, donc on essaie de mettre à disposition ces produits, en partenariat avec des entreprises qui nous les donnent. On essaie aussi d'informer, de sensibiliser sur l'utilisation de ces produits, notamment auprès des femmes en situation de précarité.

On en vient à cette question de l'égalité femmes-hommes dans cette affaire. Ce sont des dépenses contraintes, uniquement pour les femmes, c'est une question d'égalité ?

C'est tout à fait une question d'égalité. La question des règles en elle-même est une question à prendre de manière plus large puisque les discriminations ne sont pas uniquement sur la précarité menstruelle. Elles sont aussi, par exemple, sur le fait que les règles sont encore vues, pour plus de la moitié des Français comme un tabou et comme une honte. C'est le baromètre qu'on a sorti sur notre site internet. Aujourd'hui, il y a des conséquences très concrètes sur la vie des Français et des Françaises.

Par exemple, une jeune fille sur deux a déjà raté l'école à cause de ses règles. Ça recouvre beaucoup de réalités, la précarité menstruelle, mais aussi le fait que les infrastructures ne sont pas adaptées pour avoir ses règles. Les maladies que recouvrent les règles sont aussi parfois très douloureuses et empêchent les jeunes filles d'aller à l'école et les femmes d'aller travailler quelquefois.

Maud Leblon, directrice de l'association Règles élémentaires

à franceinfo

Dans notre baromètre, on mesure le tabou dans différentes strates de la société et dans le monde de l'entreprise, c'est vraiment le maximum. On a 70% des Français et des Françaises qui pensent que ce n'est pas le lieu pour parler des règles. Or, nous, ce qu'on constate, c'est que ça impacte la vie des femmes et donc, évidemment, leur vie professionnelle. Pour des questions de précarité menstruelle, les femmes qui ne peuvent pas se protéger ne peuvent évidemment pas aller travailler. Pour des questions de pathologies, près de 20% des femmes ont une pathologie liée aux règles. Celle-ci peut induire des douleurs très intenses qui ne permettent pas d'aller travailler. Aujourd'hui, un médecin ne peut pas arrêter une femme pour des raisons de règles douloureuses pathologiques. Un autre problème aussi, c'est qu'aujourd'hui, ces maladies sont très mal diagnostiquées, il y a une errance médicale très importante. L'endométriose, c'est en moyenne sept ans pour avoir un diagnostic précis.

Vous organisez ce festival "Sans gêne" pour la première fois à Paris sur les défis climatiques liés aux règles et sur la perception des règles à travers l'histoire. Aujourd'hui, beaucoup de produits pour les règles ne le sont pas réutilisables ?

L'enjeu plus global de ce festival, c'est justement de briser le tabou, de parler des règles et d'en parler en les liant à des sujets de la vie de tous les jours parce que les règles de la vie de 15 millions de personnes en France. On a donc pendant deux jours ce festival au Pavillon des Canaux dans le 19ème. Il aborde les règles et l'écologie, les règles et l'histoire, les règles et la parentalité et la sexualité. Effectivement, sur le sujet des règles de l'écologie, c'est un sujet qui nous tient à cœur puisque les protections jetables ne sont pas très écologiques. Par ailleurs, la composition de ces produits n'est toujours pas réglementée. Donc, c'est aussi un sujet qui me tient à cœur et on espère que le décret qui doit réglementer ça sortira bientôt. On essaye d'adresser ces sujets pour les faire avancer puisque c'est largement impensé et cela fait qu'on a peut-être un peu de retard sur la question.

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