Excuses de Deneuve : cette "forme de rétropédalage (...) donne le sentiment que cette prise de conscience progresse dans la société"

La militante féministe Caroline de Haas a expliqué, lundi sur franceinfo, qu'elle acceptait "évidemment" les excuses de Catherine Deneuve dans une tribune clarifiant sa position après avoir signé un texte controversé défendant la "liberté d'importuner".

La militante Caroline de Haas, à Paris, le 12 mai 2017.
La militante Caroline de Haas, à Paris, le 12 mai 2017. (PATRICK KOVARIK / AFP)

"Ces excuses (...) sont bienvenues", a salué la militante féministe Caroline de Haas, lundi 15 janvier sur franceinfo, après la tribune de Catherine Deneuve présentant ses excuses à la suite de la vive polémique suscitée par sa signature d'un texte controversé défendant la "liberté d'importuner""Ce qu'on peut appeler une forme de rétropédalage est, pour moi, très positif", a poursuivi la militante féministe. Pour Caroline de Haas, ce geste de l'actrice, "donne le sentiment que cette prise de conscience progresse dans la société".

franceinfo : Est-ce bien que Catherine Deneuve fasse une mise au point ?

Caroline de Haas : Oui, ces excuses qu'elle présente aux femmes victimes de violence sont bienvenues. Le sentiment que j'ai eu, c'est que Catherine Deneuve, mais aussi beaucoup d'autres signataires de la tribune du "Monde", depuis deux ou trois jours, se sont rendu compte que les propos qu'elles avaient tenus avaient des conséquences sur les femmes victimes de violences et plus largement sur la société. Donc, ce qu'on peut appeler une forme de rétropédalage ce matin [lundi] est, pour moi, très positif. Cela donne le sentiment que cette prise de conscience progresse dans la société. Quand on banalise les violences, quand on donne le sentiment aux femmes qu'elles sont responsables des violences qu'elles subissent, c'est grave. Cela a des conséquences. La réalité est qu'une femme n'est jamais responsable des violences qu'elle subit. C'est un peu ce que rappelle Catherine Deneuve dans le texte ce matin.

Elle dit clairement qu'elle ne défend pas le harcèlement. Pensez-vous qu'elle a été, elle aussi, un peu dépassée par tout ça ?

Quand Sophie de Menton [signataire de la tribune du "Monde"] a dit à l'antenne de France Inter que, "si on était harcelée dans la rue, ça dépendait de la façon dont on était habillée et que, au final, cela n'était pas très grave", je pense que l'immense majorité des femmes, Catherine Deneuve comprise, ne se retrouve pas dans ces propos. Le harcèlement sexuel, c'est grave. Cela a des conséquences graves et, surtout, cela n'a strictement rien à voir avec la façon dont la femme est habillée. Catherine Deneuve, avec ce texte, a voulu, je pense, remettre un peu les points sur les "i" et rappeler que les violences à l'encontre des femmes sont un fait grave. Ce qui manque, je trouve, dans la tribune de "Libération" ce matin [lundi], ce sont un peu des perspectives, puisque les communicants diront que cette "séquence" est close. La séquence n'est pas close du tout, puisque les violences continuent.

Est-ce qu'on assiste, à travers cette bataille par tribunes interposées, à une guerre de plusieurs féminismes ?

C'est assez intéressant, parce que quand Pierre Gattaz et Philippe Martinez débattent, on parle de débats politiques, d'échanges importants. Quand ce sont des femmes qui débattent de féminisme, on parle de guerre tout de suite. Il y a des débats politiques qui traversent les mouvements féministes, les femmes, les hommes, la droite et la gauche. Vous savez quoi ? C'est une bonne nouvelle. On a le droit d'avoir des débats. Ce n'est pas parce qu'on est des femmes qu'on est obligées d'être toutes d'accord entre nous, quand même !

Catherine Deneuve présente ces excuses. Allez-vous les accepter ?

Je ne peux parler qu'en mon nom, en tant femme, femme victime et militante féministe, moi, je les accepte évidemment. Je pense que, quand on se rend compte qu'on a fait une bourde, ou qu'on a écrit un texte qui avait des conséquences auxquelles on n'avait pas forcément pensé, c'est bien de s'excuser. Je pense que d'autres signataires seraient bien inspirées d'en faire de même. Je sais que Brigitte Lahaie l'a déjà fait publiquement. Il y en a encore quelques-unes qui, manifestement, persistent et signent à penser qu'une femme serait responsable des violences qu'elles subissent. Cela n'est jamais le cas.