Égalité salariale femme-homme en Europe : "La France n'est pas un très bon élève (...) mais pas non plus le pire"

La "Journée européenne de l’égalité salariale" tombe ce samedi. Pour l'économiste du travail Dominique Meurs, "la France est plutôt dans la moyenne si, au lieu de regarder l'écart des salaires horaires, on regarde l'écart de revenu annuel du travail".

Manifestation pour l\'égalité salariale à Paris le 7 novembre 2016.
Manifestation pour l'égalité salariale à Paris le 7 novembre 2016. (THOMAS SAMSON / AFP)

Les Européennes cessent - symboliquement - d'être rémunérées à compter de ce samedi 3 novembre puisque les femmes sont payées en moyenne 16,2% de moins que les hommes selon les calculs d'Eurostat. "La France n'est pas un très bon élève par rapport aux pays nordiques, mais ça n'est pas non plus le pire", affirme Dominique Meurs, économiste du travail et professeur à l’université de Paris Nanterre, interrogée sur franceinfo à l'occasion de la "Journée européenne de l’égalité salariale". Il faut que les entreprises comprennent d'où viennent ces écarts de salaire, pour pouvoir "mener une politique correctrice efficace", ajoute cette spécialiste.

franceinfo : Cette journée est-elle symbolique de la part de Bruxelles ou est-ce quelque chose d'important ?

Dominique Meurs : C'est symbolique, bien entendu, parce que le chiffre qu'ils reprennent, on peut le discuter. Il s'appuie sur les différences de salaire horaire entre les hommes et les femmes. Il y a trois dimensions dans la constitution de cette différence : le salaire horaire, votre temps de travail et votre participation au marché du travail. On peut très bien imaginer un pays où les femmes participent très peu au marché du travail, mais travaillent à temps complet et vont se retrouver dans des postes très qualifiés. Elle vont être comparées à leurs collègues masculins qui vont occuper toute la sphère du travail, donc dans ce cas-là, ce chiffre-là, venant de la comparaison du simple salaire horaire, donnera quelque chose de très peu différent, voire même avantage aux femmes.

Le salaire horaire brut des femmes est en moyenne inférieur à celui des hommes de 6% en Belgique, 5% au Luxembourg et à l'inverse 20% en Autriche, 21% au Royaume-Uni, 21,5% en Allemagne... En France, cet écart est de 15%. Est-on plutôt mauvais élève, ou est-ce qu'on peut être optimiste ?

La France est plutôt dans la moyenne si, au lieu de regarder l'écart des salaires horaires, on regarde l'écart de revenu annuel du travail, ce que fait l'OCDE. Dans ce cas-là, la Belgique est à peu près au même niveau que la France. Pourquoi ? Parce qu'en Belgique, il y a énormément de temps partiels, qui sont occupés par les femmes. Il faut toujours avoir ces trois dimensions : la participation, le temps de travail et le salaire horaire. La France n'est pas un très bon élève par rapport aux pays nordiques, mais ça n'est pas non plus le pire. Est-ce que ça a changé ? Pas beaucoup, c'est extrêmement stable dans le temps. Ca ne se résorbe pas, ou un tout petit peu, alors qu'il y a eu énormément de changements sur le marché du travail, en ce qui concerne les femmes et les hommes, notamment le développement des services, des postes de management. Tout ça aurait dû être favorable aux femmes, et finalement ça n'a pas beaucoup bougé. Là encore, le suspect le plus probable, ce sont toujours les effets de la maternité et du retour du congé maternité, qui coûtent des points de carrière aux femmes et qui vont ensuite se répercuter sur les écarts de retraite entre les femmes et les hommes.

Les entreprises de plus de plus de 50 salariés ont désormais trois ans pour réduire ces inégalités, faute de quoi elles pourraient encourir une sanction équivalente à 1% du chiffre d'affaire - c'est ce que prévoit la loi Avenir Professionnel, votée cet été. Est-ce que cela va dans le bon sens ?

Oui, c'est très intéressant comme mesure. C'est l'extension d'une mesure qui existe déjà en Suisse et qui est prônée en Europe. Il va falloir construire pour chaque entreprise un indicateur d'écart de salaires, toutes choses égales par ailleurs. Il faut tenir compte des des différences d'âge, de qualification etc, et cela donnera un chiffre. D'un côté c'est bien, parce que ça vous donne un indicateur sur lequel agir et voir le progrès dans le temps, puisque vous avez un thermomètre. De l'autre, ce qui me fait un petit peu peur actuellement, c'est que c'est très précipité. Je ne suis pas sûre que les entreprises soient armées pour utiliser ce chiffre. Vous observez 15% d'écart dans votre entreprise, et vous faites quoi ? Il faut savoir analyser d'où cela vient : est-ce que ça vient des primes qui seraient inégalement réparties entre les femmes et les hommes, est-ce que ça vient du fait qu'il n'y a pas assez de femmes managers ? Cela va demander beaucoup d'efforts aux entreprises pour comprendre ce qui se passe, pour pouvoir mener une politique correctrice efficace, mais si les entreprises et les syndicats s'emparent bien de cet instrument, cela peut être extrêmement bénéfique.