50 ans du "manifeste des 343" : "Plus le féminisme avance, plus les forces qui sont contre se redressent", témoigne une signataire

L'anthropologue Véronique Nahoum-Grappe soutient l'appel à allonger le délai du recours à l'avortement publié dans le JDD. "C'est une ouverture de l'éventail de la liberté", selon elle.

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Une pancarte défendans le droit des femmes à l'avortement, à Paris, en 2018. Photo d'illustration. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Le "manifeste des 343" en faveur du droit à l'avortement fête ses 50 ans lundi 5 avril. L'anthropologue Véronique Nahoum-Grappe qui fut l'une des signataires estime sur franceinfo que "plus le féminisme avance, plus les forces qui sont contre se redressent". Ainsi elle juge que les signataires d'un "nouveau manifeste" dans le JDD, ont raison de demander un allongement du délai de recours à l'IVG en France, au-delà de 12 semaines.

franceinfo : Quel souvenir gardez-vous de cette tribune ?

Véronique Nahoum-Grappe : C'est tellement lointain, on dirait une autre galaxie. C'était une époque où le mouvement féministe s'inventait. C'était très gai, très inventif. Je me souviens que l'idée est apparue comme une évidence. Tout à coup, elle est apparue non seulement comme faisable mais aussi comme intelligente. On signe, on rentre dans l'action. Cette question [de la légalisation de l'avortement] faisait partie des grands combats féministes de premier rang.

Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru en un demi siècle ?

C'est un chemin à la fois extraordinaire, périlleux et inachevé. Des hypothèses qui n'étaient pas du tout évidentes sont devenues partagées par des femmes, quelles que soient leur classe sociale.

Des choses, comme le travail des femmes, sont devenues évidentes alors qu'elles ne l'étaient pas du tout. Maintenant, on ne peut pas dire que le travail est achevé.

Véronique Nahoum-Grappe, signataire du premier "manifeste des 343"

à franceinfo

Plus le féminisme avance, plus les forces qui sont contre se redressent. On peut citer les masculinistes ou toutes les religions. Pourquoi s'occupent-elles de la sexualité féminine ? Pourquoi les religions qui souvent infligent, comme la religion catholique, la chasteté à leur membres professionnels s'occupent de la question de la sexualité feminine ?  Pourquoi cette idée de liberté de la sexualité feminine est-elle si dangereuse pour elles ? Comme si les femmes n'était pas capables, étaient irresponsables. Comme si ça allait entraîner des effets de désordre incroyable. On a vu que la légalisation de l'avortement n'avait entraîné aucun désordre.

50 ans après vous, d'autres femmes prennent la plume pour écrire un nouveau "manifeste des 343", notamment pour allonger le délai de l'IVG. Est-ce l'un des nouveaux combats actuels ?

Elles ont raison. Une semaine ne change pas grand chose, physiologiquement parlant. Mais pour la femme, chaque jour est hanté par la question de cette grossesse non désirée. La possibilité de le faire dans de bonnes conditions est décuplée. Ce n'est pas seulement huit jours, c'est une ouverture de l'éventail de la liberté. Lorsqu'il s'agit d'avortement et qu'il est possible de le faire dans des conditions correctes, le mot "libération" prend une force extraordinaire.

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