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Trafic de drogue : "Ce n'est que la face visible", prévient une spécialiste après la saisie record de 110 tonnes de cocaïne en 2022 dans le port d'Anvers

Les douanes de Rotterdam aux Pays-Bas et d'Anvers en Belgique ont annoncé mardi un bilan record de saisies de cocaïne.
Article rédigé par franceinfo
Radio France
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Une agente des douanes sur les docks d'un port aux Pays-Bas. Photo d'illustration. (KRISTOF VAN ACCOM / BELGA MAG / AFP)

"Ce n'est que la face visible" du trafic de cocaïne international, prévient mardi 10 janvier sur franceinfo Clotilde Champeyrache, économiste et spécialiste des mafias, après la découverte de près de 110 tonnes de cocaïne saisies par les autorités belges en 2022 dans le port d'Anvers qui devient le premier port d'entrée en Europe pour ce type de drogue.

franceinfo : Avec cette saisie record, cela veut dire que des marchandises illégales parviennent à "passer" malgré tout ?

Clotilde Champeyrache : Oui, ce n'est que la face visible. Mais c'est toujours la problématique des chiffres lorsqu'on parle de criminalité. Quand on dit le port d'Anvers est passé devant Rotterdam (en volume de cocaïne interceptée), il faut peut-être relativiser. On ne sait pas exactement car il suffit de mettre plus de moyens sur le contrôle de certains conteneurs suspects pour avoir plus de saisies. Ce qui est certain, c'est que pour le moment, il n'y a pas d'impact sur le prix de la cocaïne en Europe. Ce qui veut dire qu'effectivement, les quantités saisies ne sont pas suffisamment importantes pour créer une rareté qui ferait flamber les prix.

Est-ce que cela veut dire que la demande a explosé en Europe ?

Oui, il y a d'abord saturation du marché américain. Ensuite, la demande en Europe augmente, la production de matières premières augmente puisque les plantations de coca sont en pleine expansion. Et on a aussi les plants génétiquement modifiés, même si ce n'est pas une nouveauté. Il y a donc une capacité à inonder le marché, ce qui explique aussi que le prix, finalement, ne fluctue pas à la hausse.

Comment s'opèrent les contrôles pour contrer ce trafic ?

On décide de contrôler 1 à 2% des conteneurs. La norme européenne est de maximum 5% pour ne pas entraver la fluidité des marchandises. Par conséquent, il est évident qu'on ouvre les vannes à l'entrée de marchandises illégales d'autant que le commerce maritime est un commerce en expansion. La poussée du commerce mondial via les routes maritimes est énorme. Or, là, il y a un problème entre les discours de lutte contre le crime et la réalité de l'activité portuaire qui est la recherche de l'efficience économique. En effet, la fluidité de la circulation des marchandises favorise aussi l'introduction de marchandises illégales dans les circuits.

Certains disent qu'il faudrait miser sur l'intelligence artificielle ou la détection chimique. Est-ce que ça vous paraît des pistes importantes ou intéressantes ?

C'est extrêmement compliqué. On a pas mal de douaniers qui disent qu'en réalité, c'est plus le hasard qui va les guider vers le "bon" conteneur. Mais c'est aussi des conteneurs où les marchandises sont masquées. On n'a pas un conteneur entier plein de cocaïne, elle se trouve au milieu de fruits par exemple. Mais à une époque, c'était la pêche industrielle parce que les poissons étaient surgelés tout de suite sur le bateau et le contrôle de ce type de marchandises conduisait à prendre le risque de faire perdre potentiellement toute la cargaison. Donc on sait aussi quand on est trafiquant de drogue, sur quel type de conteneurs il faut viser. Et puis la corruption est non négligeable également.

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