Fusillades à Marseille : "Aujourd'hui, on laisse la police lutter seule contre ces trafics de stupéfiants", dénonce le syndicat Alliance Police nationale

Rudy Manna appelle la mairie de Marseille, l'Etat, les travailleurs sociaux et la justice à les "aider" pour aider la police contre les trafics de stupéfiants.

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Radio France
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Des policiers dans le 14e arrondissement de Marseille, après une fusillade dans la cité des Marronniers, le 18 août 2021. (TOMASELLI ANTOINE / MAXPPP)

Deux nouvelles fusillades ont fait trois morts dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22 août à Marseille. Le secrétaire départemental des Bouches-du-Rhône du syndicat Alliance Police nationale estime qu'"aujourd'hui, on laisse la police lutter seule contre ces trafics de stupéfiants". Sur franceinfo ce dimanche, Rudy Manna appelle les "institutions", comme la mairie de Marseille, l'Etat, les travailleurs sociaux et la justice à les "aider". Il estime notamment que l'Education nationale, en laissant "hors des écoles de la République des dizaines de milliers de jeunes", ne fait "pas son boulot". Il demande par ailleurs au gouvernement d'appliquer certaines mesures, dont on nous parle "depuis 15 ans", comme la suppression des allocations familiales.

franceinfo : On parle souvent de manque de moyens, pour enrayer la violence et les règlements de comptes à Marseille. Mais le malaise n'est pas qu'une affaire de moyens ?

Rudy Manna : Bien sûr, ce n'est pas qu'une affaire de moyens. Depuis le début de l'année, on a accueilli cent policiers supplémentaires. C'était une promesse du gouvernement, il l'a tenue. On a beaucoup de policiers qui luttent au quotidien contre le trafic de stupéfiants. Et croyez bien qu'ils y mettent tout leur cœur et toutes leurs forces et que tous les jours, ils ramènent des affaires, des trafiquants de drogue, des dealers qui sont présentés à la justice. Donc ce n'est pas qu'une affaire de moyens. En fait, aujourd'hui, on laisse la police lutter seule contre ces trafics de stupéfiants. Et c'est là qu'il y a une erreur stratégique puisque la police seule ne peut pas y arriver. Et il y a vraiment plusieurs institutions qui doivent nous aider, l'Éducation nationale, les travailleurs sociaux et la justice. Et puis il faut aussi une force politique d'ensemble. C'est-à-dire qu'il faut que la mairie de Marseille commence à se réveiller un petit peu pour nous aider également.

"Il faut que toutes les instances politiques se mettent ensemble, oublient tous les egos qu'ils peuvent avoir de chaque côté et montent un plan pour qu'on puisse lutter efficacement, enfin, contre ces trafics de stupéfiants."

Rudy Manna

à franceinfo

Comment faire pour couper les filières, y compris dans les pays où l'on cultive la drogue ?

On a déjà du mal à trouver des solutions pour notre propre pays, alors imaginez comment on va faire pour dire à des pays, qui vivent quand même en partie de ça, "arrêtez de fabriquer cette merde." Je crois que ce n'est pas possible. Concentrons-nous d'abord, sur ce que nous, on peut mettre en place ici. Concentrons-nous d'abord sur les solutions qu'on peut apporter à nos jeunes et ensuite, on verra si, dans un second temps, une fois qu'on aura réduit un petit peu le trafic, on pourra avoir d'autres solutions ou si on pourra avoir des accords avec les pays qui cultivent ces drogues.

Est-ce ce qu'il ne faut pas une décision de l'Etat avec des peines beaucoup plus sévères ?

Bien sûr, mais vous savez, quand l'Éducation nationale laisse hors des écoles de la République des milliers, voire des dizaines de milliers de jeunes de 13-14 ans qui sont déscolarisés, moi, à mes yeux, elle ne fait pas son boulot, ça c'est une première chose. Les travailleurs sociaux, bien sûr, essayent de faire leur boulot. Mais c'est hyper compliqué aujourd'hui de rentrer dans les cités. Il y a quinze ans, ils pouvaient rentrer et essayer de prêcher la bonne parole. Et certains jeunes réussissaient à sortir. Aujourd'hui, ce n'est plus possible de le faire puisqu'ils n'ont plus la possibilité de rentrer dans ces cités, elles sont tellement cadenassées par les dealers. Et le dernier étage de la fusée, puisque j'appelle ça la fusée à quatre étages, c'est effectivement la justice. La justice aujourd'hui ne condamne pas assez lourdement. Alors bien sûr, elle va nous dire qu'elle manque de moyens et elle a raison. Elle va nous dire qu'elle manque d'effectifs et elle a raison. Elle va nous dire aussi qu'il manque des places de prison, et elle a raison.

On nous sert la même soupe depuis 30 ans. On nous dit qu'il manque des places de prison. Mais qu'est-ce qu'on fait alors ? Ils ont été mauvais, tous ceux qui sont passés depuis 30 ans ? Il n'y a pas de places de prison et personne depuis 30 ans, tous gouvernements confondus, n'a été capable de créer des places de prison ou en tout cas, en nombre suffisamment important pour palier l'insécurité et la délinquance qui montaient en France. Il y a plein de solutions, il faut qu'on s'y mette tous ensemble. Et croyez bien que la police va apporter sa pierre à l'édifice. D'ailleurs, on le fait déjà.

"La seule chose qu'on ne veut plus aujourd'hui, c'est être tout seul face à cette délinquance, tout seul face à ces jeunes hommes, et tout seul à lutter contre le trafic de stupéfiants."

Rudy Manna

à franceinfo

Le premier étage de la fusée éducative, c'est la famille. Or, là, il y a une carence complète dans beaucoup de familles ?

C'est vrai, aujourd'hui, comment peut-on accepter qu'un père ou une mère de famille déscolarise son enfant à 13 ou 14 ans ? C'est complètement incroyable. C'est complètement fou qu'on voit ça en France. Et pas avec dix gamins, avec des dizaines de milliers de gamins. Alors là aussi, ça fait 15 ans qu'on nous dit "on va supprimer allocations familiales." Et en fait, on ne le fait jamais, par manque de courage politique, parce que la plupart de nos élus politiques veulent être réélus derrière. Et ils se disent que mettre en place une stratégie comme ça, ça peut être mauvais pour leur réélection. Alors à ce moment-là, on ne fait plus rien, et on laisse ces gamins de 13, 14 ans, 15 ans hors du système scolaire, c'est-à-dire qui ne savent ni lire ni écrire. Ça veut dire qu'ils n'auront aucune possibilité de travailler plus tard parce que c'est à ça aussi qu'il faut penser.

Si un jour on veut les réinsérer, il va bien falloir qu'on leur apprenne le minimum de bases. Et aujourd'hui, les bases, on ne leur apprend pas parce qu'ils sont exclus du système. Et c'est là que j'en veux à l'Education nationale, de sortir ces enfants, de ne pas les récupérer et de ne pas trouver des moyens de les récupérer. Parce que si aujourd'hui vous tapez dans le portefeuille, croyez bien qu'il y a beaucoup de parents qui vont obliger les enfants à y aller. Et vous verrez qu'il n'y a pas tant que ça qui sont débordés. Bien sûr, il y en a des mères isolées qui ne s'en sortent pas. Mais souvent, il y a les deux parents qui laissent faire ça parce que ça les intéresse aussi, parce que ça ramène 150 euros par jour. Mais si on leur tape dans le portefeuille peut-être que les enfants iront un peu plus à l'école et ils apprendront à lire et à écrire. Et un jour, peut-être, ils pourront s'insérer normalement dans la vie.

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